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HISTOI
E
DE
JACQUE-AUGUSTE
DE THOU
TOME DOVZIEME,
HISTOIRE
UNIVERSELLE
DE
JACQUEAUGUSTE
DE THOU>
Depuis 1543. jufqu'en 1607.
TRADUITE SUR L'EDITION LATINE DE LONDRES.
TOME DOUZIEME.
1593
1596.
A L O N D R E
M. D C C. XXXIV.
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'JSi'^C^Ml^C^iSi^^^
Henri IV.
SOMMAIRES
DES LIVRES
CONTENUS DANS CE DOUZI'EME VOLUME.
' SOMMAIRE DU LIVRE CVII.
Slé^e de Dreux par le Roi, Le duc de Montpenfler efl blejp dangereufement, La Vdle n étant point fecouruëfe rend, Damyilie conduit l'armée du Roi dans la Beaujfe, Ce i ç p 5^ qui fe pajfe a Paris. AJJemhlée des Ligueurs pour le ma- riage de l'Infante. Le duc de Feria propofe le duc de Guife , pour qui il demande la Royauté. Conditions de ce mariage. Mémoire publié par l'ordre du duc de Mayenne. Il propofe wie tréye avec le Roi. Ajjemblée du Louyre. Le duc de Mayenne pré fente un écrit des Etats au duc de Feria. Ré^ ponfe à cet écrit donnée le lendemain aux Etats par Taxis, Conférences fur la Tréye. Le Roi retourne â Mantes. AJfem^ liée des Prélats isr des Doreurs aufujet de la Reconciliation du Roi. Le cardinal de Bourbon sy rend dans le dejfein d'y mettre obftacle. Le Roi Je rend à faint Denis. Il a un^ fecrete .conférence ayec Arnaud de Beaune , Philippe du Bec^ picolas de Jhou , Claude d'Angennes ? <r Jacque Day'fd Toine XXL §
1} SOMMAIRES»
d^ Perron, Le duc de Mayenne conclut la Trhe malgré le
^ ?1 ^ ^ Lé(rat. Cérémonie de la Réconciliation du Roi â t Eo-life^ 1 V. / ■
j ^ ç' Di [cours de Jean Boucher y cure de faint Benoît , fur la
feinte conyerfion d'Henri IV : ils font imprimés isr dédiés aui
cardinal de Plaifance. Affemhlée tumultueufe , où on co?h
fent a la publication pure <ts^ ftmple du Concile de Trente,
^utre affemhlée où le duc de Mayenne fait refiouyeller le
Serment d'union. Difcours du Légat a cette Affembléco
Affaire de tabbé de fainte Geneviève, Le Légat tache de
faire abolir les appels comme d'abus. L'abbé de fainte Ge-
neyiéyefe fauve de [>rifon , ^ fe ret. re auprès du Roi. Le Roi
envoyé en ambaffade a Rome le duc de ISlevers. Le duc de
Mayenne de fon coté envoyé a Rome le cardinal de Joyeufe ,
<S* Claude de Beaujfrcmont -, baron de Senefcey. Go?2^ale^
Ponce de Léon publie un traité de la Difcipline Ecclé-
fiaftique , contre Fabfolution du Roi, Arnaud aOffat répond
à cet écrit. Le Roi part de faint Denys , <Cir fe rend à Me^
lun. Conférences pour régler les difputes qui /étoient élevées
fur la trêve, Confpiration de Barrière pour tuer le Roi, Bar*
ricre efl arrefté <^ rompu vif. Borité extrême du Roi. Maine
îontre les Je fuites à ce fujet* Conduite du duc de Nemours
d Lyon i // efl arrêté. Prolongation de la trêve. Troubles à
Paris ^ le duc de Mayenne fait Venir pour fa fureté la gat"
nifon de Meaux, Guerre en Bretagne, Ambaffade en An-^
gleterre aufujet de la Bretagne, Diverfes hoftilités dans les
Provinces, Le vicomte d'Aubeterre afftége Lifle en Perï^
gord. Il efl bleffé , <t3* meurt, arrivée des Vaiffeaux Efpa^
gnols j qui obligent la flotte Anglolfe â fe retirer au Bec
d'Ambex,' Exploits de Lefdiguieres contre le di c de SaVqye,
Le due de Savoy e fe fait comprendre dans le trait de la trhe.
Troubles en Guyenne.
SOMMAIRES. ' îlj
' " H E N R ï
SOMMAIRE DU LIVRE CVIII. ^^^'^
AMbaffade du duc de Neyers k Rome. Il arrive k Fofdaiano. Antoine PoJJey'm Jefuite "Vient au-deVant de lui , ayec des lettres de créance du Pape. Arrhée du duc de NeVers a Rome'yjon dtfcours au Pape dans fa première audience. Deuxième audience. Le Duc demande la prolon^ gation du terme de dix jours , quon lui aVoit prefcrit , <T prie le Pape d'admettre à haifer fes pieds ^ Iheque du Mans ^ Seguier. Réponje du Pape. Troifiéme ^ quatrième Au- ^
dience. Conférence du duc de Neyers ayec le cardinal Tolet. i 5 P !•
Cinquième <s* dernière Audience. Le duc de ISleyers prend
congé du Pape ^ qui fait un tréfent àfonfils. Proteftation du
duc de ISleyers : il part de Rome. Manifefte en fa'Veur des
Prélats François. Députés de la Ligue à Rome. Ils rendent
compte au Pape de ce qui s'e/i paffé à Paris dans laffemblée
des Etats. Montpefat , envoyé du duc de Mayenne à Ma-
dridy traite ayec Philippe. Ce qui fe pajfe en France. Edit
du Roi y ou il promet une amniftie générale. Le baron de Vi-
try quitte le parti de la Ligue : fon manifefte où il rend rai'»
fou de fa conduite. Edit du Roi pour la Ville de Me aux.
Tumulte à Paris. On ote le gouvernement de cette Ville à
Belin y (ù^ on le donne a Brijfac. Le Roy affiége en yain h
Ferté-Milon. La Vile de Lyon fe rend au Roy. Alfonfe
d'Ornanq eft reçu dans la Ville. On chaffe les anciens Echc"
Vins. Arrêt du Parlement d'Aix y qui ordonne de reconnoître
Henri IV. Villeroy traite avec le Roi de la reddition de
Pontoife 5 par le moyen de Charle d'Alincourt fon fils. Pe^
yone , Montdidier ? ^ Roye fefoumettent au Roi. Ce quife
aij
y SOMMAIRES.
pajp â Reims, La Châtre perfuade aux Orleanoïs defefoW'
Henri mettre au Roi, Sacre du Roi a Chartres,
IV.
SOMMAIRE DU LIVRE CIX.
Affaires de la Ligue, Brijfac gowverneur de Taris > traite fecr et ement ayec le Roi. Sermon féditkux dtâ Corde lier Jean Guarin y il efl obligé de fe retraSler, Arrk du Parlement pour dejfendre toutes fortes d'ajJemhUes : d'A-- mours s'éle^fe Vi'Vement contre BnJJac â cette occajton, In^ trigues fecretes des Sei\e, Reddition de Paris, Le Légat re^ fuje de yenir faluer le Roi. Le cardinal de Pelleté y pou-' yant a peine croire que le Roi fe fut rendu maître de Paris , meurt de colère. Du Bourg rend cinq jours après la Baftille au Roi, On recherche (^ on fupprime tous les libelles inju^ rieux au Roi. Pierre Pithoueft chargé de compulfer le greffe du Parlement , ^ de déchirer tout ce quil y trouyeroit Ùin-^ furieux au Roi, Rètabliffement du Parlementa Edit du Roi en fayeur des Parijtens, ^rrèt du Parlement contre la Ligue ^ Le Roi célèbre les Pâques à Paris ayec un grand concours de peuple. Les membres du Parlement fiégeant a Tours ayec Achille de Harlai arriyent à Paris. Décret de la Faculté de Théologie de Paris en fayeur du Roi. Les Je fuites <IT les Capucins perfîftent feuls dans la Rébellion, On bannit de la y die quelques Théologiens faBieux, André de Villars Bran^ cas , qui defjendoit la y die de RoUen y fait fa paix ayec le Roi. On rappelle les membres du Parlement de cette Proyince^ qui tenoient leur fiége à Ca'én. RéduBion de plujteurs autres ydles. Le cardinal de Bourbon yient à Paris, Sa mort. Af- faires des Pajis-Bas. V archiduc Ernçfi entre en triomphe à
SOMP^AIRES. V
"Bruxelles, On délibère fur les moyens defoulager les peuples. '-^ — -
Charle de Mansfeldt ajjîége iT prend la Capelle, L'Archiduc Henri écrit aux Etats Généraux^ pour les exhorter à la paix. ^ \ Héponfe des Etats Généraux, Confpiratïon de Lope^ (C^ de Remichon, Ajfaires de Frife, Maurice ajjiége Groningue. Hiftoire de la Ville ^ feigne urie de Groningue* Groni figue Je rend. Articles de la capitulation. Pierre du Four confpire contre le comte Maurice s il eft exécuté à Berghe. Réyolte des troupes du roi d'Efpagne. Elles fe retirent a Sichenen. Les Etats Généraux entreprennent le yqyage des Indes orien- tales par la Tartarie. Sigifmond roi de Pologne , eft couronné roi de Suéde à JJpfal. On lui fait jurer d' oh fermer ce qui HVoit été réglé au jujet de la confeffion d'Aushourg, Conyo- cation des Etats a Stochlm. ISlaiflance d' Henri Frédéric y fils de Jacque VI ^ roi d'Ecoffe, Retour de Sigijmond en Polo" gne, L'Empereur convoque la diète de l Empire a Ratis-^ bonne, Ernefi de Bade fe rend maître des places appartenan^- tes à Edouard Fortunat. Allarmes caufées en Italie par une flotte Turque. Cicala attaque enyain Syracufe* Il enyoye [et flotte dans le [are de Me[jhie. Il rayage <t^ met en cendré R^ggio y que les habitans ayoient abandonné. Retraite de Ci" cala. Canonifation de faint Hyaci?ithe, Morts de François de Foix , de Plaute Benci y de Claude du Puy y de Gérard Mercator y dOrlando Laffo y de Corn, Bonay* Bertram, Eaux- minérales de BolL
a lï|:
vj SOMMAIRES.
Henri IV.
SOMMAIRE DU LIVRE GX.
AFfalres du Nord, Guerre de Hongrie, L'archiduc Matthias déclaré Généralijjîme, Prife de ISfoyigrad par ce Prince. Amhajfade de l Empereur au C^ar. Places prijes par le comte de Serin. Défaite des Turcs au pont de Jafprin. Prife de cette yille. Siège de Gran par V archiduc, Defcription de cette yille. Prife de la "vieille Ville. Origine des Rafciens, Succeffion des Bulques. Ils font exterminés par les Turcs. Leyée du fiége de Gran. Exploits de l'archi^ duc Maximilien en Croatie. Prife de Petrina , ^ de quel-^ queS' autres places, ^rriyée de Sinan Bâcha en Hongrie. Il jette des troupes <(^ des yiyres dans Gran. Siège de Jaya-^ tin , autrement dit Eaab , par les Turcs. Situation de la place. Arriyée de Jean de Medicis a l'armée Chrétienne. Les Turcs attaquent Vifle de Zighet ? <S font repouffés par la Valeur de le an de Medicis , iS" des Italiens. Défaite des T art ares aupaffage duDanuhe. Sorties fréquentes des aHie-^ gés. Retraite de l'armée Chrétienne. Reddition de Jayarin. Hardeck ^ gouverneur de JaVarin fufpeSl de trahijon ^ ejl emprijonné à Vienne. Preuves de fa trahifon. Siège de Co" more par les Turcs, Levée du Jtége, Sigifmond Bathory de^ clare la (guerre aux Turcs par le conjeil du Pape <SP des Jefuites. Confpiration des Grands , <sr des parons même de Sigifmond:, pour le dépofer, Jlfe cache y fe faifit des conju-^ rés y <s* s'en défait. Il Va camper près de Temefvvar. Dé-* faite des Tartares par le général Pal fi. Cruautés des Cojaques. Sigifmond députe â l'Empereur le P. Cavillo Je fuite , is" çhtïent en mariagx h princeffe Marie Chrétienne d'Autriche^
SOMMAIRES. vîj
Affaires de France, Mort ^^ maréchal de Saint-Paul tué a Reims par le duc de Gui je, F roc es de tUni'Verfité de Paris Henri contre les Jefuites. Requête préfentée contreux au Parle- ment, Le cardinal de Bourbon <sr le duc de ISley ers pren- nent fait <^ caufepour ces Pères. Leur Requête eji rejettée, La caufe fe plaide à huis clos. Plaidoyer d'Antoine Arnaud pour flJniy er fit é. Plaidoyer de Louis Dolé pour les Curés de Paris, Réponfe de Duret > avocat des Jefuites, ^polo^ie pour ces Pères. La caufe e/i encore fur fi fe. Jean Pajferat ^ profeffeur royal d'éloque?ice , fe déchaîne contre les Jefuites dans un difcours public , prononce au collège de Cambrai* Mort du cardinal de Bourbon,
SOMMAIRE DU LIVRE CXI.
lége de Laon par l armée du Roi. V^oyage du duc de Mayenne en Flandres. Les Efpagnols marchent aufe- i 5 ^i' cours de Laon. T)éfaite de deux conçois des ennemis. Re- traite des Efpagnols, Mort de M, de Giyry, Reddition de Laon, RéduHion de Château -Thierry iS" dH Amiens a /'o- héiffance du Roi, Traité paffé entre le Roi iS Balagnyo- Beauyais O* Saint- Malo retiennent â l'obéiffance du Roi^ Le duc de Bouillon ij* le marquis de V illar s prêtent ferment :f le premier comme Maréchal de France y T autre comme Ami* rai, Propofitions du duc de Mayenne à l archiduc Ernefts Accommodement du duc de Guife. Confirmation de tEdit de Poitiers enfayeur des Proteftans, Mort de M. dO, Prife" de Layal <^ de Morlaix > par le maréchal d'Aumont, La Ville de Quimpercorentin fefoumet, Taluet qui tenoit Redon fur la Ftlatne ^ traite de fou accommodement ayec le Roi^
vilj SOMMAIRES.
1^ Sïége de Crodon^ hourg que les EJpagnols ayo'tent fortifié fur
H F. N R I /^ canal de Brejl. Valeur du Gowverneur EfpagnoL Prife ' de la place^ Belle aFlion d'un foldat Anglais à l'égard d'un EfpagnoL Le maréchal d'Aumont jette les fondemens d'une citadelle a Quimpercorentin. Corlay fe rend au Roi. Divi^ fions en Frcvence entre le duc d'Efpernon <T la 'NobleJJe, Le Roi ordonne fous-main à Lefdiguieres , de foùtenir la, TSlohleffe contre le duc d'Efpernon. Entrée de M. de Lefdi- guieres en ProVoice, Combat d'Ourgon, Le Duc fe foumet. Entrée de M, de Lefdiguieres a Aix, Evajîon du duc de Tslernours de Fierre-Encife. Le duc de Sayoye ajfiége Bri^ queras , iT s'en rend maître. Le Roi prend la réfolution de déclarer la guerre au roi d'E/pagne. Lettre de ce Frince aux Etats d'Artois ts* de Hainaut, Exploits du duc de Bouillon en Flandres, Affaires de Jean Chatel. Condamnation de cet ajfaj/tn. Son fupplice. Les Jefuites fes maîtres font bannis '•^ de tout le Royaume. Le F. Guignard Jefuite pendu en Grève.
^ S 9 S' Les F ères Gueret <ùr Hay bannis à perpétuité. Maifon de Chatel rafée. Firamide élevée à la place, Réfolution des Cu^ rés <J7* des DoSieurs de Farts ajfemblés a lEyeché fur plu-* fleurs points de la doctrine des Jefuites. Ambaffade des Ve^ nitiens au Roi. Affemblée des Etats de Flandres a Bru* celles. Déclaration de la guerre entre la France ^ l'EJpa^^ gne. Hoftilité en Franche-Comté,
SOMMAIRE DU LIVRE CXIL
L^Edit en faveur des Frote flans , après bien des contejl ac- tions ) ef enfin enregiflré au Parlement. Les Royaliftes conduits par EdouVtlle , remportent quel^u avantage a Crépi
SOMMAIRES. k
en Falots contre la^^-arnifon de Soi fions. Mauyais état des affaires du Roi dans le payis de Luxembourg, Siège de la y y Ferté par les Efpagnols. Le duc de Bouillon attaque les It- i 7 o c. gnes des ennemis, Leyée dujîége, Ajf aires de Bourgogne, Les habitans de Beaune traitent fecretement ayec Biron, Il entre dans la Vdle, Siège de la citadelle : elle fe rend, Claude de Beaufremont rend la Vdle i Aujfone, Biron fe re?îd maî- tre d'Autun, i Aujfonyille <t^ Tremblecourt , du parti du "Roi , ravagent la Franche-Comté : le Connétable de Cajlilley iiccourt. Il ejl joint par le duc de Mayenne, Le Roi ayant laijfé d Paris le prince de Conti ayec le titre de Lieutenant Général , Vient a Dijon. Il àjfiége la citadelle. Combat de ^ Fontaine - Françoife, Embarras du duc de Mayennej il Je retire a Chalons, Bonté du Roi a fon égard, Francepfue rend par ordre du duc de Mayenne , la citadelle de Dijon au Roi, Le Parlement ejl rétabli a Dijon, Les Je fuites font chaffés de la ProVmce -, <5" on les contraint de fortir du Royaume, Requête en fayeur de Charlotte de la Trimouille. Henri de Montmorenci ejl fait Connétable, Eloge de J a Mai fon. Suite de la guerre en Franche - Comté, Affaires des Payis - Bas, Huy ejl furpris par les Etats, Mort de F archiduc Erne/i. Mort de Ferdinand d'Autriche, Le Comte de Belgioiofo ap^ paife la réyolte des troupes Italiennes. Siège i^ prife de Huy par le Comte de Fuentes. Débor démens extraordinaires. Les Allemands fe fouleyent à Bruxelles, Cour [es fur notre fron^ tiere. Le duc de Longueyille eft tué k Dourlans, ISfegocia-^ lions de Paix inutiles entre ÏEfpagne iS les Etats Géné^ vaux. Mariages en Hollande, Le Comte de Fuentes y par le confeil de Rones , yeut ajfiéger Cambrai, Il rayage les en-- y irons , ù^ ^Jf^^g^- ^^ Catelet, Hiftoire de Gomeron gouyer-» 7ieur de Han. Bouillon , Saint-Pal) <^ d'Humieres ^ ajjiégent
Han. D'Humieres eft tué, Prife de Han, Regrets de la Tome XII. b
jt SOMMAIRES.
■ mort d'Humieres, Son éloge. Reqmjïtoire du Procureur G/«
Henri ^^/^-^/ co?itre le duc d'Aumale. Arrêt du Parlement qui h condamne au dernier fupplice, L'Arrêt eft exécuté. Suite de Vhiftoire de Gomeron, Prife du Cateletpar le comte de Fuen^ tes. Mort du duc de Paftrana, Siège de Dourlans par les Efpagnols, La Motte eft tué. Le duc de Bouillon ir Saint' Fol viennent au fecours de la place. Les François Jont dé^ faits par les Efpagmls, Villars ejlfait prifonnier ^ iT majfa^ cré par ordre de Contreras y intendant de l armée. Le duc de 2^yers arrive au camp. Le duc de Bouillon lui remet le commandement, Prife de Dourlans i maffacre de la garni" fon. Maurice ajfiége Grolle dans la Gueldre. Mondragon vient au fecours des ajfiégés ^ ^ le force à lever le fiége. Combat entre les Confédérés <c5r les Roy ali fies. Le Comte de N^Jfau e/i Vaincu, Sa mort, Mondragon meurt dans la ci^ tadelle d'Anvers,
SOMMAIRE DU LIVRE CXIIL
LE comte de Fuentes ajjtége Camhrai, Hiftoire de cette ville. Le comte de Saint-Pol is" le duc de BouiU Ion dejcendent dans le Boulonnois, Le duc de NeVers vifite les places des deux cotés de la Somme. Il envoyé au fecours des ajfiégés , le duc de Rethelois fon fils y aVec des troupes choifis. Il entre dans la ville fans avoir fait aucune perte, Dominique de Vie fe jette aujft dans la ville. Fré- quentes forties. Les habit ans de Cambrai députent Vers le Roi, Entrée du Roi dans Lyon. Balagny gagne Gabrielle dEftrées, On publie par tout le Royaume une trêve y pour pouvoir faire la récolte. Le Roi traite avec Laval de Bois- Dauphin. Nouvelles demandes des Protejlans, Le Roi arrive
SOMMAIRES. ' xj
à Taris. Il fait de nouyeaux Edtts Burfaux, Suite dujiége de Camhrai, Le comte de Fuejites ordonne lajfaut. Courage Henri de la maréchale de Balagny, Cambrai fe rend aux Efpa- gnols : les François fe retirent dans la citadelle , ((^ Je rendent fix jours après. Mort de la maréchale de Balagnji. Herau-^ gieres tente e?iyain de furprendre Lier es. Les Etats Géné^ vaux font une tentatiye inutile jur Ruremonde, Le Roi en- treprend le fiége de la Fere. Mort du duc de TSfeyers, An-- toine proclamé roi de Portugal , ineurt a Paris, Morts de J^erdale grand- inaitre de Malte ^ de Pafcal Cicogna y de LeVinus-Torrentius , du Taffe , de Reineccius , de ISfean- der y d'Acidalius , de Guill, Wittaker , de Philippe de Isferi, Guerre en Bretagne, Edouard ISlorris , par ordre de la Reine , retourne en Angleterre ayec fes troupes. Siège de Comper. Le maréchal £ Aumont eft hleffé, Leyée du fiége. Mort dt^ maréchal d'^umont. Son éloge, DiVifions entre le duc de Mercœur ^ les Efpagnols, La Courbe eft défait par Sour* deac y <S" périt ayec tous les fiens, Saint-Luc prend la Pre-^ . yotiere i^ d'autres places, Prife de Comper, Saint-Luc tient les Etats à Rennes, Le Baron de Fontenelle pris par rufe ^ ne fe tire des mains de Saint - Luc que par le moyen d'une forte rançon, San'^ai eft- attaqué dans Quintin par Kergo- mart. Diyifions dans le Parlement de Touloufe s une partie du Parlement fe retire à Caftel - Sarrasin. Mouyemens à Narbonne ^ à Carcaffne, Guerre contre le duc de Sayoje» Siège d'Exdles, Le duc de Sayqye battu par Lefdiguieres, Prife d'ExHlcs, Le maréchal de Montmorenci prend Vienne m Dauphiné. Prife de Cay ours par le duc de Sayoye, Lef diguieres enyoye du fe cour s à Mirebouc, Ilfe rendmakre de 'Mirebel. Prife de Saint-Genis par Ornano, Siège ^ prife des Echelles y iT de Moretel. Mort du duc de Nemours,
l^efdiguieres attaque la Baume» D'Efpagne rend Ci/leron aî^
bij
xîj SOMMAIRES.
: ^f^Q j^ Guife, Danger que court le duc dEfpernon à Bri^
i\r^ '^wo//ex# Lefdiguieres maltraite par le duc de Guife^fe re^ tire de Froyence, Affaire de la reconciliation du Roi ayec le faint Siège, Le cardinal du Perron e/l enyqyé à Rome. Re- quête préfenté au Pape pour Vahfolution du Roi. Réponfe du Pape, Procejfton a Rome à ce fujet. Conditions propofées, C/- rémonies de lahfolution du Roi a Rome. Jean Botere publie une relation injurieuje au Roi , de cette cérémonie, Tolet qui " ayoit beaucoup contribué a faire réuffir cette affaire y ejl d'a^ hord nommé Légat en France. On jette enfuite les yeux Jur le cardinal de Medicis , pour remplir cet emploi.
SOMMAIRE DU LIVRE CXIV:-
A Rrk du Parlement de Paris contre la Thefe *de plo-^ ^ S 9 S' jTa yentin Jacob , en faveur de laprétenclû^puiffance tem- porelle du Pape. Exécution de t^rret. Difcours du préjl' dent For jet à ce fujet. Autre Arrêt du Barlement contre François Surgeres doHeur indifcret. Réunion prétendue des Cophtes ^ des RuJJiens a l'Eglife Romaine, Queftion théo' logique agitée entre les Minijlres Grifons (ùr ceux de la VaU teline, au fujet de la médiat ton de Jefus-Chrifl, Ecrits pour <T contre publiés a ce fujet. Différend qui s'éleye â Emden y entre le Comte ^ les habitans. Les Etats Généraux inter^ pofent leur authorité. Affaire de la fucceffion de Juliers <(^ de Cleyes. Traité de Paix entre les Suédois is* les Mofco- Vîtes. Synode de Thorn. Affaires de Turquie y mort d'Amurath m. Son portrait. Mahomet III fon fils lui fuccede 5 fon éducation iT fes mœurs. Affaires de Hongrie. Traité de Battory ayec l Empereur pour faire la guerre aux Turcs. On lui donne une des filles de I Archiduc en ?nariage. Elle
/
SOMMAIRES, xilj
'anîye à CaJfoVie, Procès fait a Hardecks H a la tke tran^
chee à Vienne, Michel Palatin de Falachie taille en pièces Henri les Tartares, Exploits de Ger^y Ferenf^. JanhU Bogdan ^^' créé De f pote de Moldavie par Mahomet, Diètes indiquées ^ ^ ^ ^' à Preshourg <tjr a Prague , pour délibérer fur les moyens de continuer la (ruerre contre les Turcs, Sinanpour retarder les préparatifs de guerre , donne des efpérances delà paix, Ileft rappelle à la Porte p <2ir Ferhat Bâcha eft enyojié à fa place. Les Heiduques <jr les Rafciens prennent iT face agent la "ville de Sophie en Bulgarie, Extrémités ou Jont réduits les Tar^ tares dans leur camp. Michel ayec [es Valaques paffe le Danube , iT prend plujîeurs places. Il prend Giorgiu , ^ fait une tentatiye inutile fur NoVigrad, Mansfeld déjîgné Général , yient en Bohême, Il eflfait prince de l'Empire par V Empereur, Il campe près de Pruck, Il établit une féy ère difcipline dans l'armée. Il décampe , <S* y a ajjteger Gran quil prc/fd. Ofman youlant Jecourir la place , eft battu <ir tué. Le Beyglerhey de Romelie eft aujji repouffé. Le Beyglerbey de la Tslatoliefe jette dans la place ayec deux cens hommes, Mans- feld tombe malade. Il remet le commandement de I armée au marquis de Burgayy, Il fe fait porter à Comar. Sa mort <tT fou éloge, Prife de Gran s on affiége la citadelle. François Aldobrandin amené au camp les troupes auxiliaires du Pape, Le grand duc de Mofcoyie enyoye des Amhaffadeurs à lEm^ pereur , pour conclure une ligue offenfiye ^ défenfiye contre le Turc. Prife de la citadelle de Gran, Diyers ayantages des Impériaux fur les Turcs. Siège <T prife de Vi^egrad, Af- faires de Turquie, Ferhat efi étranglé. Sigifmond Battory remporte diyers ayantages fur les Infidèles. Réyolution en Moldayie, Suite des conquêtes du prince de Traiifylyanie. Guerre fur mer contre les Turcs, Pierre de Tolède , enyoye
pour pour fuiyre Amurath Rais^fe rend maître de Pair as ,
b 11)
xiv SOMMAIRES.
quilfaccage y O* retourne en Italie avec un riche lutin. Ré-- Henr i yolte des paj/ifans d'Autriche, Révolte des troupes reprimée * par Rotenavv»
SOMMAIRE DU LIVRE CXV.
Tsltreprife de Muley 'N'a^ar ^ fils de Mulej Mahamet^ contre Muley Hamet , roi de Fe^. Défaite des rebelles, Réjouijjances faites à Fe^ pour cette viBoire. Voyage des Hollandois dans la mer du "Nord, Succès de cette entrepr'tfe» Autre Voyage aux Indes orientales, 2\(ouveau voyage de Fran^ cois Drak en Amérique. Ses exploits. Sa mort, Voyage du chevalier Raleig à la Guaiane, Ses découvertes. Son retouY en Angleterre, Ajfaires du ISlord, Révolte despayifans d!Au- I 5 P ^' triche. Commencement de la guerre de Hongrie, Voyage de Sigifmond Battory vers l'Empereur, Vacia prife tST pdlée par Falfi, Siège de Lippa par les Turcs, Mort de Sinan. Siège de Temefvvar y par le P, Sigifmond, Les Turcs (jT les Tar- tares viennent aufecours. Levée dufiége, CliJJa prife par les Chrétiens , <tT reprife par les Turcs, Départ du Grand-' Seigneur de Confiantinople pour fe rendre en Hongrie, Def cription de fa marche. Voyage du cardinal Cajetan en Pologne , ' pour engager la nation â entrer dans la ligue. Succès de fa négociation. Maximdien , frère de l'Empereur , eft Jiommé Générali(]tme. Reveue de l'armée Chrétienne, Prife de Hatvvan par les Impériaux, Le Bâcha de Bofnie ajfiége en- vain Petrina, Défaite de fon armée. Arrivée du Sultan à Bude, Siège d'Agria par le Grand-Seigneur, Belle défenfe de Ter^ki, Reddition de la place. Perfidie des Turcs en cette occafion, ' Bataille de Kerefte, Défaite de l'armée Chrétienne^ Retour de Mahomet à Confiantinople, Le Bâcha de Budc
SOMMAIRES. XV
attaâ^ue enyain JFîhit^, Affaires de Suéde» Troubles dam la ' —
Frujffe aufujet de la Religion, Députation de Si^ifmond roi Henri de Fologne aux Etats de Suéde, ^polope de Charle de Su^ '
dermanie [on oncle , régent du Royaume, Mort de la Reine Anne , "veuye d'Etienne Battory , <S* la dernière de la Malfon des Jagellons, Mort de Philippe de Brunfyyich Contejlatlons JurfaJucceJJïon. Affaires de France, Siège de la Fer e par le Roi. Le cardinal Albert dAutrlche déclaré gouverneur général des Pajls'Bas. Son entrée a Bruxelles, Edlts de FolembraL accommodement du duc de Mayenne, Oppofitlon de la reine Loulfe à V enreglftrement de lEdlt, Autre accommodement ayec le duc de ]S[emours, Trolftéme Edltpour raccommodement de la yllle de Touloufe , (ur du maréchal de Joyeufe. Rétabltffe- ment du Parlement à Touloufe.
SOMMAIRE DU LIVRE CXVI.
JCplolts de Lefdlguleres en Provence, RéduSîlon de — .
Marfellle à lobélffance du Roi. Ca faux projette de Ihrer i S 9 ^' cette yllle aux Efpagnols, Ayls donnés au duc de Guifegou^ yerneur de Proyence à ce fujet. Prlfe de Martigues <tT de quelques-autres poftes parles troupes de ce Duc. Bauffety ju^ rlfconfulte j banni de Marfellle , l encourage à faire une ten* tatlye fur cette yllle, Dlfcours de Bauffet à Pierre Llbertat y originaire Corfe ^ qui étolt établi a Marfellle. Llbertat s'enga-' ge a féconder le duc de Guife. Il affemble fes amis ^ lesha^ rangues. Déllyrance de Marfellle. Mort de Cafaux. Retraite des EJpagnols. Le duc de Gulfe e(l reçu dans la yllle aux cris de y'iye le Roi. Entreyùedu Roi <(jr du duc de Mayenne. Lettres des Etats Généraux à Philippe-Guillaume de TSlaf- fa V ; fils du feu prince d Orange, Réponfe de ce jeune Prince,
xvj SOMMAIRES.
^ IntenliBion du commerce entre les fu jets des Etats Généraux , H F N R I (icp ceux du roi d'Efpagne, Ba/la Albanois jette du fecours dans ' la Fer e, Stége de Calais parles Efpa^nols, De Rofne inVe/lit cette place. Tentatives pour y faire entrer du fecours. Reddition de la yille. Prife de la citadelle. Siège d'Ardres par l Archiduc. Lâcheté de Bellin gouyerneur de Picardie s il capitule malgré les Officiers <C^ les Soldats. Le Roi lui fait faire fon procès. La Fere capitule. Les Etats de Flandres prejfent Albert de faire le fiége d'Oflende, "Négociation du duc de BoUillon <tT de M. de Smicy en Angleterre, Conférences de Greemyvich. Ligue ojfenfiye (S^ défenjhe entre les deux Couronnes, Le Roi la ratifie a Melun. Négociation des Mini [très de France auprès des Etats Généraux, Arrivée du duc de BoUillon à la Haye, Les ProVmces-Unies entrent dans la Ligue, Ar^ ticles du Traité, Expédition des flottes Angloife iT HoU landoife contre lEfpagne, Succès de cette entreprife. Arrivée du cardinal Alexandre de Medicis , Légat du Pape en Fran- ce. Son éloge. Honneurs quon lui rendit depuis la frontière jufquà Paris, Le Roi va le voir à Châtre incognito. Il eji complimenté par le jeune prince de Condé, Son entrée à Paris. Reflriclions mifes par le Parlement^ a fes pouvoirs. Sa rnO" dération s fin attention à ne point choquer nos maximes^ Arrefl du Parlement ^ qui révoque celui de I5'p4> qui dé^ fendoit de s'adreffer k Rome pour la provifion des Béné" fices. Ecrit du Procureur Général pour jujîifier ce régle^ ment.
Fin des Sommaires de ce douzième Volume.
HISTOIKE
D E
JACQUE AUGUSTE
« i
LIVRE CENT SEPTIEME.
^ E'S qu'on fe fut aflemblé de part &: d'autre
pour Fentrevûëile Roi s'apperçûr que le def- Henri lein des .députez delà Ligue étoit de traîner TV. les cîîofes en longueur , ôc de Famufer jufqu'à i S 9 3' l'arrivée de l'armée Eipagnole. C'eû pour- • siège de quoi il ne crut pas devoir laiffer échapper l'oc- Dreux par le cafion^qui fe prefentoit de s'emparer de Dreux, ville firuée dans le ptiyis Chartrain , d'où l'on envoyoit de grands convois à Paris, Ôc dont la garnifon empêchoit les troupes du Roi , de pafifer librement de la Normandie dans la Beauiïe. Ce Piince donna ordre à l'armée , qui étoit campée aux environ^ de Tome XIL ' A
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,^,,,^,^,,„,„^^ Paflî & de Nonancourt, de marcher à Dreux > dont onfitîe^-
H^" ~~ approches fur le midi le 8 de Juin. La placefur attaquée avec
^ ^ tant de lucces , que les fauxbourgs turent emportez lans au-
cune perte de nôtre part. L'incendie allumé par les ennemis, ■^ -^ ^' ôc auilî-tôt éteint, ne s'étendit que fur quelques maifons inuti- les aux Royaliftes, dans les fauxbourgs S. Thibaud ôc S. Jean. Les régimens de Pierre d'Efcodeca de BoifTe, & de Louis de Pierre-Buffiere de Chambaret , furent poftez à TEglife de S. Martin , où Biron prit fon quartier , comme au centre de l'ar- mée. Les régimens de Picardie, de Charle deRochefort de S. Angel , ôc de Jean de la Garde , furent placez près de l'E- glife de S. Denis. Ceux d'Afpenan , de Poyminot , de Beroute & de Fournil, près de celle de S.Jean; ôc ceux de Calonges^- "^ de Verdun, deFIeurigny, ôc de la Luzerne, près de l'Eglife de S. Thibaud. Les Anglois , les Suifles , les arquebufiers à che- val, ôc le refte de la cavalerie furent diftribuez dans les villa- ges des environs
Le lendemain on tira quatre lignes de circonvallation , dont la première s'étendit depuis l'Eglife de S. Martin , jufqu'à la porte Ghartrine : le maréchal de Biron fe chargea de conduire l'ouvrage. François d'Angennes de Montloûet, qui faifoit dans l'armée les fonctions de maréchal de camp, fit tirer îa fécon- de depuis l'Eglife de S. Denis, jufqu'à la grande EgHfe. La- troifiéme regardoit la porte Parifi, d'où les Anglois tirèrent la quatrième. On travailla avec tant d'ardeur, que la tranchée fut poufiee jufqu'au bord du fofle le 13 Juin.
Deux jours après, on dreffa contre la porte du grand baf- tion , une batterie de quatre pièces de canon , qui ne fit pas une grande brèche. Beroute, ôc un Gapitaine Anglois furent commandez pour l'affaut, avec un détachement de trente hom- mes , pour tacher d'emporter le baftion. On les avertit en fe- cret de faire retirer leurs gens , fi les afiiégez fe défendoient avec plus de vigueur qu'on ne le croyoit : mais \qs foldats s'étant laifTez entraîner par l'ardeur du combat, leurs chefs oubliè- rent l'ordre qu'ils avoient reçu. La plus grande partie de la No- bîeffe étant montée fur la brèche en défordre, fans attendre le commandement , rendit îa vi6loire fanglante par fa précipita- tion. Gharle de la Guêle , jeune homme de grande efperance, déjà monté au haut de la muraille , périt dans cette attaque.
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D^autres Gentilshommes , au nombre de cinquante , furent *— —^ bleflez. Le côté intérieur du baftion , que l'on nomme Coûil- Henri ion , à caufe de fa figure , fut emporté après un combat fort opi- I V.
ijiiatre.
La nuit étant furvenuë , nos foldats s'y retranchèrent , 6c -ayant lâché les éclufes, firent écouler les eaux, qui étoientdans le fofie. Le lendemain les ennemis abandonnèrent le baftion; on commença donc à attaquer vers la Porte. Les Anglois ôc les régimens de Picardie ôc de S. Angel ayant pouffé la tran- chée jufqu'au bord du folTé, on y pointa des canons par ordre du Roi. Ce Prince vit tuer, prefque à fes cotez, d'un coup de moufquer, Guadancourt , tandis qu'on plaçoit des tonneaux d'ofier. La porte Parifi fut battue à la gauche , avec fix canons. On en avoit pointé derrière la grande Eghfe, deux, qui bat- toient continuellement les quatre tours voifines. Au-deflTus du fauxbourg S. Jean, on en avoit braqué quatre autres contre la tour , ôc contre le mur qui s'érendoit à la droite.
Le 15^ de Juin les afiiégez furent fommez de Te rendre,fans at- tendre l'effet de toutes ces batteries. Mais comme on vit qu'ils différoient leur réponfe , ôc qu'enfin ils demandoient un délai de fix jours , fans faire mention de la citadelle^ on donna Faf^ -faut, après avoir tiré près de trois cens coups de canon. Il lie fe trouva perfonne fur le rempart , pour faire tête aux af- laillans : la garnifon ôc les bourgeois s'étoient retirés enfemble dans la citadelle, où ils avoient tranfporté tous leurs meubles, :à l'inftigarion de l'Avocat du Roi , qui , par la craintede la gar- jnifon , obligea les bourgeois, qui étoient d'avis de fe rendre^ à foûtenir malgré eux le fiége. Leur obftinarion leur fuc fatale» •car ayant mis, en fe retirant, le feu à quelques maifons voi- <{ines du Château , l'incendie négligé par les foldats , entraînez par l'ardeur du pillage, s'accrut de telle manière, qu'il brûla -prefque toute la ville.
Le Roi eut pitié du malheur des habitans : il donna ordre aux Suiffes d'y apporter remède, ôc ils eurent beaucoup de peine à éteindre le feu. Six régimens furent rangez dans la ville, iôc autant dehors , pour attaquer le château : on découvrit des conduits fouterrains , qui par de grands détours , communi- quoient à la citadelle par-deffous le fo(fé, entre le château ôc Ja tour, appellée communément la Tour des Vignes, que les
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___^^^ affiégez avoîent fortifiée. Il y avoit un clos défendu par desfbî-
H~ ~" dats , pour faciliter la communication de la tour avec le château^
j -rr c etoit la qu ils avoient renrerme leurs chevaux , oc leurs trou- peaux , avec un grand nombre de payifans. Biron donna ordre ^ ^ -'* d'appliquer le pétard contre la paiiflade de ce clos. Tandis qu'on attendoit quel en feroit l'efret , le foldar avide de burin entia brufquement par une ouverture , & chafTa , après un léger com- bat y ceux qui défendoient le clos. Quelques-uns furent tuez ou pris : les autres, à la faveur des ténèbres , fe retirèrent dans la citadelle , avec une partie de leurs troupeaux. On y fit un grand butin : cependant on abandonna ce pofte par Tordre de Biron, qui y étoit entré pour reconnoître de plus près le foffé du Châ- teau, ôc qui jugea que la fituation de ce clos, entre la citadeî- Je & la tour , expofoit trop les foldats. Les afîîégez effrayez de cette perte voulurent alors fe rendre. Ayant reçu du Roi un fauf conduit, ils lui envoyèrent des députez, mais par les intrigues de ce même Avocat du Roi , il s'éleva entre la garnifon & les bourgeois de la ville une difpute fur les conditions de la capitulation; ôc cette difpute rendit la négociation inutile. Ainlï le Roi fit pofter un nombreux corps de garde au tour des
vignes.
Un détachement d'Anglois Ôc de François attaqua de nou- veau le clos , ôc le reprit. Ils ôterent enfuite aux affiégez l'ufage des puits, dont ils détournèrent ou corrompirent l'eau , en y jet- tant du bled. Enfin ils firent entre la citadelle ôc la tour, pour couper la communication, un retranchement , qui fut achevé par les foins d'Odet Goyon de Matignon comte de Thorigni. Ce ne fut pas fans perte : car de Boiffe fut dangereufement bleffé au bras, ôc de Menou gentilhomme du payis, à la cuiffe. Tan- dis qu'on pouffoitce retranchement jufqu'au Château, nos fol- dats , étant defcendus , par le moyen des échelles , dans le foffé de la tour , entreprirent de miner la muraille le 28 de Juin. Les affiégez ayant alors été fommez de fe rendre, répondirent qu'ils ne pouvoient rien faire , fans confulter la garnifon du château; ee fut ce même Avocat du Roi , qui s'étoit enfermé dans la tour pour encourager les affiégez , qui fut encore fauteur de cette réponfe.
Tandis qu'on travailloit à miner la muraille , le Roi ennuyé de la longueur du fiége, ôc craignant que le duc de Mayenne
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n'arrivât avec fa cavalerie nouvellement levée ( comme les aiïie'- gez le publioient, & comme ce Duc le leur promettoit dans Ty ^ fes lettres qu'on avoit interceptées ) manda les Officiers qui r y avoient quitté fon camp. Anne d'Anglure de Givri, ôc René de Viouft de Chanlivaut , vinrent le joindre avec trois cens ehe- j ^ ^' vaux bien équipez. Ceux qui étoient dans l'Ifle de France , dans la Beaufle , & dans les cantons voifins de la Normandie en firent autant. Les aiïiégez fort incommodez par les gens de la campagne, parles femmes, les enfans, ôc les vieillards ren- fermez avec eux dans la citadelle , les avoient tous mis dans le clos , dont nous avons parlé. Lorfque ce pofte eût été pris , ils refuferent de les recevoir dans le château : ces miferables brûlez par l'ardeur du foleil, dont ils ne pouvoient fe garentir, & fouffirant les mauvaifes odeurs qu'exaioient les ordures dont le folTé étoit rempli , périflfoient malheureufement, avec la dou- leur d'être auffi barbarement traitez par les afliégez , que par les afîiégeans. Car ceux-là ne leur permettoient pas d'entrer dans le château, ôc ceux-ci les empêchoient de franchir le foffé. Le Roi croyant que le trifte fpeàacledes enfans mourans aux yeux de leurs pères furmonteroit leur opiniâtreté , les aver- îiffoit fouvent d'être moins cruels, 6c pour les leurs, ôc pour eux-mêmes.
Cependant les travailleurs avançoient toujours : tandis qiie le Roi vifitoit la tranchée , le duc de Monpenfier qui l'accom- pagnoit, y fut bleflfé dangereufement à la mâchoire inférieure d'un coup de moufquet. Cette bleflfure fit défefperer alors de la vie de ce jeune Prince , digne d'en avoir une plus longue : Elle lui eaufa dans la fuite de longues ôc de fréquentes maladies. Cet accident arriva le 29 de Juin. Quatre jours après la mine ayant été faite au pie de la tour , ôc la galerie ayant été remplie de fix cens livres de poudre , on y mit le feu , après qu'on eut inutile- ment averti les afliégez de fe rendre. La tour , ébranlée par l'ef- fet de la mine , s'entr'ouvrit en plulisurs endroits , ôc une partie s'étant écroulée dans le foffé , accabla fous fes ruines un grand nombre de leurs foldats, avec plufieurs de ceux du Roi, qui animez par l'efperance du butin , ôc méprifant le danger, eurent la hardieffe de monter fur ces ruines. Neuf d'entre les ennemis ayant été pris , furent menez au Roi, qui pour les punir de leur témérité , les fit pendre fur le champ à la vûë des afTiégez , afin
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* que ce traitement leur infpirât de la terreur. L'Avocat du Roi
H E N R I fe trouva au nombre de ces malheureux^ auffi bien qu'un pein- IV. trCj qui fut convaincu d'avoir fait des tableaux injurieux à la mé« ï 5" P 5* i^"ic)ii'e du feu Roi.
Tandis qu'on minoitîa tour, on avoir aufli conduit des gale- ries jufqu'à la citadelle, par le moyen de ces fouterrains, dont j'ai parlé. Les afliégezjqui ne l'ignoroient pas.après avoir contremi- né inutilement,n'avoient pu rencontrer les mmeurs. Ainfi épou- vantez par le fupplice de leurs compagnons y & voyant qu'ils ne pouvoient plus efperer de fecours , ils fongerent férieufement .à fe rendre , pour fe préferverdu danger dont ils étoient mena- cez: ils députèrent donc au Roi, de Sailly , & de FofTe, deux gentilshommes des environs , & le Bailly de la ville. Ces dé- putez ayant demandé une trêve de quinze jours , afin d'avoir le tems de faire avertir le duc de Mayenne, furent renvoyez dans le château , avec ordre de rapporter dans une demie heure les conditions de la capitulation , faute de quoi ils n'avoient plus rien à efperer de la bonté du Roi. Les afiiégez, devenus plus prudens, obéirent à cet ordre , ôc envoyèrent au Roi les arti- cles fignez par leurs Commandans. Le Roi remit au furlende- main à leur faire réponfe.
Enfin il fut arrêté le 5* de Juillet que Talmoutier, lieutenant ;de Vieuxpontj qui pendant tout le fiége avoit été à Verneuiî, d'où il avoir promis inutilement jufqu'alors de venir fecourir la ville, livreroitau Roi dans trois jours, à l'heure du midy, le château , avec le canon, les armes, & les munitions; Qu'en .attendant, il écriroit au duc de Mayenne : Que fi le Duc don- noit bataiile au Roi, ou l'obligeoit de lever le fiége , la garni- fon feroit dégagée de fa parole : Qu'après la reddition de la place, elle feroit conduite en lieu de fûreré, avec fes drapeaux, les armes, fes chevaux , ôc fes bagages : Que les habitans re- -cevroient une amniftie pour tout le pafiTé , ôc qu'ils feroient ré- tablis dans leurs biens ôc dans leurs mailons, après avoir fait ferment de fidélité au Roi : Que ceux qui avoient des charges publiques, prendroient de Sa Majefté de nouvelles Ptovifions. -Les afiiégez donnèrent huit otages au choix du Roi.
Le duc de Alayenne n'ayant point paru dans le tems mar- qué , pour fecourir la place , non plus que Vieux -Pont , la ville Xq rendit le 8 de Juillet , 6c la garnifon fut conduite à VeraeùiL
gweurs.
DE J. A. D E T H O U , Liv. CVII. 7 Maleftable , autrefois enfeigne de François d'O , fut fait Com- _______
mandant de la citadelle. On lui donna les compagnies de Pa- Henri luel ôc de Favols du régiment de Valiros. De Selvesquiavoit jy défendu pendant un an, avec beaucoup de courage, Firmin- i ;• o 3. court , aftez proche de Dreux j contre les Ligueurs , & d'oia il reprimoit leurs courfes , fut nommé Gouverneur delà ville. On lui donna cinquante chevaux-legers.
Après la prife de Dreux, le Roi ayant appris que Charle de Mansfeld avoir pris S. Valéry fur la frontière , ôc qu'il étoit fur le point d'afliéger S. Efprit de Rue , fit marcher fon armée vers Mante ôc Vernon, ôc lui fit pafTer la rivière. Mais ayant reçu une nouvelle contraire ^ il changea de defTein , ôc fit retirer fon armée dans la Beaufie. En Fabfence de Biron , qui avoir ac- compagné le Roi dans fon voyage de S. Denis , on donna le foin de la conduire à l'amiral de Damville.
Les Efpagnols ôc leurs partifans continuoient pendant ce Ce qui fe tems-là leurs intrigues à Paris. Mais ayant fçu que plufieurs ['^ft^e^esVI! perfonnes, ôc fur tout la Châtre, qui étoit fort confideré dans les Etats ôc dans l'armée , interprétoient défavantageufement l'incertitude ôc le délai de la nomination du prince François , qu'on deftinoit pour mari à l'Infante , ils firent en fecret une aflemblée, 011 le légat du Pape , le cardinal dePellevé, le duc de Mayenne , l'archevêque de Lyon , la Châtre , de Rofne , ôc les autres Députez afiifterent. Le duc de Feria propofa dans cette aflemblée le duc de Guife, fi recommandable par les fer- vices que fon père ôc fon ayeul avoient rendus à la Religion ^ ôc dont la délivrance , prefque miraculeufe , faifoit voir qu'il • étoit agréable à Dieu. Il demanda que les Etats lui déferaflent la Royauté, aufli-bien qu'à l'Infante d'Efpagne, que Philippe vouloit lui faire époufer, ôc que le duc de Mayenne appuyât cette éle£lion par ion autorité-
Le duc de Mayenne, qui trompé par l'archevêque de Lyon; ôc par ceux qui étoient autour de lui, ne croyoit pas que le duc de Feria eût un ordre particulier du Roi fon maître , pour l'élec- tion du duc de Guife , diflimula fon chagrin, ôc repondit qu'il re- mercioit le roi d'Efpagne de l'honneur qu'il faifoit à fa famille, d'y choifir un gendre , qu'il fe rejoûiflbit avec fon neveu de cet honneur, que les fervices de fon père lui avoient mérité ? ôc qu'il étoit prêt de traiter des conditions , il les ainbafladeurs
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I d'Efpagne avoient un ordre pour Péledion du duc de Gulfe»
p ^ Le duc de Féria prit alors la parole , ôc dit qu'il en avoit un
y Y ordre particulier, 6c qu'il étoit prêt de traiter des conditions,
Auiîî-tôt il montra cet ordre , ôc le remit entre les mains du
■^ -"^ -'* le'gat du Pape , après avoir pris la précaution de cacheter
& de plier le papier qui le contenoit i de telle forte que les
affiftans ne puiïent lire que l'article qui regardoit le duc de
Guife.
Le duc de Mayenne, qui ne s'y attendoit pas , en fut ex- trêmem.ent furpris. Mais pour ne pas fe déshonorer par une lé- gèreté déplacée , s'il refufoit de confentir à l'éleâion du duc de Guife fon neveu , il pouffa la diiTimuiation jufqu'au bout , ôc repondit au duc de Féria , qu'il donnoit les mains à cette élec- tion , & qu'il traiteroit des conditions au premier jour.
Chriftophle de BaUompierre , agent principal de Charîe duc de Lorraine , afTiftoit à cette affemblée. Il s'apperçut que le duc de Mayenne ne donnoit fon confentement qu'à regret. Four féconder fes intentions , il s'y oppofa lui-même , ôc dit que le Duc fon maître feroit mécontent d'une életlion, fur la- quelle on ne lui avoit demandé ni fon avis , ni fon confente- ment : Qu'il étoit à craindre que dans cette guerre il n'embraf^ fit la neutralités dont on lui avoit déjà parlé : Que cette démar- che leur porteroit un grand préjudice , foit à caufe de la guerre des Payis-bas, foit à caufe du paflage des troupes étrangères, que le roi de Navarre pourroit faire venir en France fans dan- ger , lorfqu'il n'auroit rien à craindre du duc de Lorraine : Que cette neutralité feroit auHi fort avantageufe au duc de Bouil- lon j dont elle favoriferoit les entreptifes fur cette frontière : Que Ton devoir faire attention- que le duc de Lorraine, irrité contre la ligue , travailleroit férieufement auprès du grand duc de Tofcane fon gendre , pour l'engager à donner en mariage au roi de Navarre, Marie de Medicis > mariage auquel il s'é- tpit oppofé jufqu'alors : Qu'il le feroit , dans i'efperance de voir £bn fils Henri marquis de Pont-à-MoufTon époufer Madame Catherine , fœur du roi de Navarre. Il ajouta à cela qu'il y avoit àcs troubles dans l'Allemagne , ôc que le Turc , après avoir conclu une trêve avec la Perfe , devoir inceflamment tourner fçs armes contre la Hongrie j qu'on faifoit des levées dans la §uabe , dans le duché de Wirtemberg , ôc au payis de Heflb, Lç
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IV.
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Le Légat ôc les AmbaiTadeurs d'Efpagiie croyant que tout «. ce que BafTompierre venoit de dire étoit inventé , à deirein de tj retarder réle£lion, fe moquèrent des raifons qu'il venoit d'al- léguer. De peur néanmoins que le duc de Lorraine n'eût lieu de fe plaindre du mépris qu'on faifoit de lui , ils dirent que BafTompierre pouvoir l'avertir, ôc le Cardinal fon fils, de tout ce qui fe paiïbit, & que le Roi d'Efpagne avoir refolu de ne rien faire contre leur avis , & fans leur confentement.
Cela arriva dans le tems que l'arrêt dont nous avons parlé fut donné. Lé lendemain de cette alfemblée on propofa des conditions de part ôc d'autre. Le duc de Mayenne , irrité de voir qu'on l'avoir joué , en propofa qui ne pouvoient être remplies par le Roi d'Efpagne , ôc par le duc de Guife. Le Légat, au nom du Pape, & le cardinal de Pellevé, s'oifrirent volontairement pour être garants de l'exécution des articles. Quelques Do£teurs de Sorbonne preflbient le Légat d'accepter fans crainte les conditions propofées par le duc de Mayenne , & de promettre tout avec aflurance : ils lui difoient, qu'il ne feroit pas obligé de garder fa parole; que la tromperie , dont auroient ufé les autres , lui donneroit lieu de s'en difpenfer en fureté de confcience.
Les Efpagnols demandoient que l'Infante ôc le duc de Gui- fe fuïTent mis fur le thrône in joliàum ; que l'on donnât à la Princeffe pour dot la fouveraineté de Bretagne : Que fi le duc de Guife fon mari venoit à mourir fans enfans mâles, elle pûc époufer un Prince François : Que fi celui-ci mouroit encore fans laifler d'enfans mâles , le frère du duc de Guife fucce- dât à la couronne : Que ces conditions fuflent ratifiées par les Etats généraux, ôc reçues par tous les Parlemens du Royau- me : Qu'on ne publiât rien au nom de l'Infante & du duc de Guife , avant la confommation de leur mariage , qui devoir ar- river dans quatre mois. Ils alTurerent que le Roi d'Efpagne fourniroit dans cet intervalle les troupes ôc l'argent qu'il avoit promis.
Le duc de Mayenne, qui de fon côté faififfoit toutes lesoc- cafions de faire naître des difficultez , fit propofer les articles fuivans par l'archevêque de Lyon , ôc par le préfident Jean- nin. lis portoient : Qu'on lui donneroit le gouvernement de ia Bourgogne , de la Champagne , ôc de la Brie ; ôc que ces
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gouv-ernemens feroient héréditaires dans fa Maifon : Que le duc H-E N R I ^^ Guife lui cédéroiî ia principauté de Joinville ^ Ôc la propriété jY de Vitri ôc de Saint Difier. Qu'on lui donneroit furie champ 200000 écus d'or : Qu'on lui en donneroit 600000 en dlfferens payemens : Qu'enim on lui feroit une penfion de 50000 écus d'or.
Le bruit de l'éle£lion du duc de Guife s'étant répandu , il eut bien-tôt une Cour nombreufe. Quelques-uns admiroient fa fortune j mais les plus fages étoient indignez d'une élec- tion, qui les alloit plonger dans une guerre dont ils ne pré- voyoient point la fin. Parmi les Seigneurs de fa Maifon , le duc d'Elbeuf, le chevalier d'Aumale , qui étoit abfent , & la ducheife de Monpenfier fa tante , fouhaittoient fon éleâion, L^archevêque de Lyon la défiroit en fecret , aufli-bien que de Rône , & tous ceux qui préferoient les troubles à la tranquil- lité de l'Etat. La Châtre, penchoit vers la paix, quoi qu'auc e- fois étroitement uni avec le duc de Guife , père de celui-ci i ôc malgré les fervices qu'il avoir rendus au fils en travaillant à fa liberté j il avoit toujours montré beaucoup d'éloignement pour i'éledion, peut-être par haine contre les Efpagnols. Cet hom- me d'une prudence confommée , confiderant d'un coté que les ambaOadeurs de Philippe avoient d'abord propofé d'élire Farchiduc ErnefI: , ôc que fur la. demande qu'on avoit faite ^ que l'Infante fût mariée à un prince François , ils avoient mcn- tré par plufieurs raifons, que Philippe ne pouvoir ni ne devoit y confeniir ; voyant d'un autre càié qu'ils changeoient fi fu- bitemenr de langage , ôc qu'ils tomboient en contradi£lion avec eux-mêmes , il fe délia des préfens ôc des promefles des Efpa- gnols, & il fupplia le duc de Guife de ne pas fe livrer par un motif d'ambition à des gens, qui cherchoient moins (on éléva- tion que la ruine de la France. Quelques perfonnes ayant dit que les chofes en étoient à ce point , qu'il falloit ou traiter avec le Navarrois, ( ce que des gens qui avoient de la religion ôc de la pieté , ne pouvoient faire ) ou fe mettre entièrement fous la prote£lion de Philippe , la Châtre dit hardiment, qu'on ne pouvoit à la vérité traiter fans honte ôc fans impiété avec le Roi de Navarre, tant qu'il feroit Hérétiques mais que s'il embraiïbit la Religion Catholique, il traiteroit plus volontiers aveclui^ qu'avec des impofteurs ôc des fourbes comme les Efpagnols,
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Cependant la Cour du duc de Mayenne étoit aulTi déferte que celle du duc de Guife , qui s'imagmoit déjà être Roi, étoit nombreufe. On ne compta que trois perfonnes dans la No- blefle , qui ne l'abandonnèrent pas 5 les autres fe retirèrent au- près du duc de Guife. Une de ces trois perfonnes étoit Louis de Monceaux fieur de Villars-Oudanc , jeune homme plein de courage , qui étoit déjà maréchal de camp. Le duc de Mayen- ne ne voyant pas d'autre moyen de traverfcr l'entreprife des Efpagnols, envoya Villars à Rouen, avec un détachement de cavalerie, pour offrir fes fervices au cardinal de Bourbon, qui demeuroit à Gaillon , ôc qui s'étoit mis à la tête d'un troifiéme parti. Le Cardinal avoir déjà été attaqué de la maladie qui le conduifit au tombeau. Cette maladie ayant déconcerté fes projets , voyant d'ailleurs toutes fes intrigues découvertes , ôc que ceux qu'il croyoit attachez à fes intérêts, s'étoient enfin re- folus , après la converfion du Roi , à relier dans l'obéïlTance , il s'excufa de profiter des offres que Vilîars lui Ht.
L'efpérance néanmoins de la venue du cardinal de Bourbon , dont le duc de Mayenne entretenoit fes partifans , ôcl'impuif- fance où l'on fe trouvoit , de continuer la guerre ^ fit que l'on refoliTt de ne rien innover témérairement.
Le duc de Mayenne, par le confeil de Baflbmpierre , qui étoit toujours auprès de lui , pour oter dorénavant toute efpe- rance aux ambafladeurs d'Efpagne , de rendre la maifon d'Au- triche maîtreffe du Royaume , en entier ou en partie , fit com- pofer par Michel Huguerie un long mémoire , comme pour Memoiie s'excufer de n'être pas entré dans leurs deffeins. L'auteur de ce ^"^\"^ ]'"'"',
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mémoire s ctoit reiugie , comme nous lavons dit plus haut, de Mayenne. auprès du duc de Lorraine , après avoir trahi fept ans aupara- vant la caufe des Proteftans , ôc expofé l'armée auxiliaire à une perte inévitable. Cet homme , qui fçavoit parfaitement bien l'é- tat où fe trouvoient les payis étrangers , ôc fur tout l'Allema- gne , donna d'abord de grandes louanges à la pieté du Roi Ca- tholique , qui avoit toujours fait la guerre avec beaucoup de vigueur dans les Payis-bas , pour y extirper l'héréfie ', qui n'a- voir confenti à faire la paix avec les Seâaires , qu'après avoir pris l'avis des Théologiens de Louvain 5 ôc qui enfin avoit fe- couru de fes confeils , de fes thréfors , ôc de fes troupes , la France- livrée aux mêmes maux. Il dit enfuite que les chofes
B Ij
12 HISTOIRE
^^ en étolent venues au point, qu'il falloit fe refoudre , après av'oir Henri i^^'J^^^c'^^i^t tenté tous les remèdes , couper les membres in^ jy feèlez : ôc qu'à l'exemple de ce qu'on avoir fait autrefois à l'é- ' gard de la première race de nos Rois , par raport aux débau- ^' ches de Childericj ôc à l'imbécillité du dernier des Mérovin- giens , & à l'égard du dernier Prince de la féconde race ; à qui on avoir ôté la couronne pour fon attachement aux princes d'Allemagne 5 on devoit de même punir la troifiéme race des exécrables débauches , des adultères , des inceftes qu'elle avoit commis^ de fes alliances avec les hérétiques, fource des malheurs du Royaume , des traitez faits avec les princes Allemands, au préjudice de la Religion > & enfin de s'être étroitement unie avec les Angloisj ces anciens ennemis du nom François, ôc les principaux protedeurs de l'héréfie dans ces tems malheu- reux : Que dans ce deff^in les Etats du Royaume s'étoient af- femblez pour élire un Roi pieux ^ éclairé, équitable , habile, qui après avoir pacifié la France, y pût rétablir la Religion ôc la Juftice, qu'une longue guerre avoit prefque éteintes : Que dans cette délibération tous à la vérité jettoient les yeux fuc le Roi Catholique , qui avoit rendu de fi grands fervices à la France , Prince reçommandable d'ailleurs par fa pieté & par fa prudence , d'une puifiance formidable , ôc qui devoit être élu, pour ne point attirer fa colère , par un refus qui changeroit fa bonne volonté en un dangereux reflentiment : Que d'ailleurs plufieurs perfonnes , ôc fur tout ceux qui defiroient l'heureux retabliffement de la Religion Cathohque dans toute l'Europe , voudroient le voir exécuter enfin le grand projet de la Monar- chie univerfelle , comme en étant très digne t fi l'état prefent des chofes pouvoit le comporter : mais que ceux qui reflechif- foient plus férieufement fur une affaire fi importante , ne pré- cipitoient pas leurs voeux, ôc la trouvoient enveloppée de tant de difficultez ôc de dangers , qu'ils craignoient à jufte titre que le roi d'Efpagne , voulant tenter la même entreprife que l'Em- pereur Charle Quint fon père, n'eût le fort de ce Monarque, qui après avoir travaillé fi heureufement à arrêter dans l'Empire les progrès de l'héréfie , perdit en un moment les fruits de fes tra- vaux , par les foupçons que les princes de l'Empire , qui lui croient attachez, conçurent, que fous prétexte delà défenlede la Religion Ôc de l'Allemagne , il n avoit agi que pour foa
t) E J. A. D E T H O U, L î V. CVIL 13
propre agrandiflement , 6c que pour rendre TEmpire hérédi- ^^^^^;^
taire dans fa Maifon. « Si un feul foupçon a caufé un (1 grand fj £ N R i
»» malheur dans l'Empire ^ ajoûtoit-il , que penfe-t'on que feront j y
3' les princes de l'Europe entière , lorfqu'ils verront Philippe
û' élu roi de France , ôc devenu (i formidable par un tel accroif-
=» fement de puilTance? Peut-on douter qu'ils ne prennent aufFi-
«< tôt les armes , ôc qu'ils ne donnent toute forte de fecours
« au roi de Navarre , quoique ce Prince foit hérétique f Quel
» motif a engagé tant de Princes à traverfer publiquement ôc
M fecretement les entreprifes du roi d'Efpagne dans \qs Payis-
t>> bas , fi non l'envie d'abaiflfer une puiflance énorme qu'ils re-
a* doutoiencf 3>
Il ajoûtoit que la reine d'Angleterre , qui d'ailleurs n'avoit sucune prétention fur ces Provinces , avoit par cette raifonpris conftamment leur défenfe depuis quinze ans , quoi qu'elle en eût refufé la Souveraineté, ôc qu'elle eût détaché le roi d'Ecof- fe des Efpagnols, qui lui avoient rendu de grands fervices , pour lui faire contra6ter une alliance avec le roi de Dannemarck , qui étoit neutre dans cette guerre : Que c'étoit auffi par cette raifon que le roi de Suéde , quoi qu'il n'eût rien à efperer du prince d'Orange , avoit néanmoins méprifé les grandes pro- mefles que le roi d'Efpagne lui avoit faites , ôc avoit refufé de lui prêter fes vaifleaux de haut-bord , dont il avoit une gran- de quantité : Que cette crainte qu'on avoit de l'ambition, des princes d'Autriche, avoit fouvent empêché la diète de Polo- gne, de choifir un Roi dans cette Maifon, de peur que reû- nilTant un fi vafte Royaume à la Bohême ôc à la Hongrie, ils ne forçaffent les HoUandois à rentrer dans le devoir , en leuE interdifant le commerce.
ce Que feroient aufTi les SuiflTes dans cette occafion , con- « tinuoit l'auteur , eux à qui le nom d'Autriche eft déjà fuf- 3' pe6t , ôc qui environnez de payis foûmis à leur puiflance , 35 en Italie , par le Duché de Milan , en Allemagne , par la 9» Suabe , le territoire de Confiance , le Brifgaw , le Com- « té de Ferrete , ôc par l'Alface , auroient tout à craindre 35 d'eux , fi maîtres de la France ôc de la Savoye , ils achevoient » de les environner entièrement? ^^ Il ajouta que plufieurs cho- fes contribuoient à rendre fufpe£le aux princes Allemands la puiflance de la Maifon d'Autriche : Que l'archiduc Ferdinand
Biij
s 9 3'
r4 HISTOIRE
étant déjà vieux , fans avoir d'enfans mâîes , àc n'en devant
HlaifTer d'autres, que Charle marquis de Burp^aw , & le cardinal E N R I . , / • ^ ir ■ ^ 1 ' • • j l'T?
j y André , qui ne palloient pas pour légitimes dans 1 iimpire t on n'avoit pas encore fait le partage des payis , que lui :, & les Princes fes frères pofledoienti marque certaine qu'on les defti- noit à un feul, & que leur deflein étoit défaire une Monarchie de ces vaftes contrées qu'ils pofTedoient dans l'Allemagne, ôc <]uidevroient être partagées félon les loix de l'Empire :Qu'outre cela ils avoient des prétentions fur les Duchez de Cleves & de "Wirtemberg , dont ils dévoient fe rendre les maîtres au premier jour : Que de la réunion de tant d'Etats^ ils en compoferoient un Royaume formidable à toute FAllemagne : Qu'ainH les Princes de l'Empire avoient toujours fouhaité de voir affoiblir leurs forces par le pattage des fuccedions : Que le duc de Saxe ne fe- roit pas , comme plufieurs vouloient fe le perfuader , plus fa- vorable à leur grandeur, qui s'augmentoit de jour en jour : Qu'on n'avoit p'as encore oublié fexemple de Maurice prince de la Maifon de Saxe , qui , malgré les grands bienfaits qu'il avoir reçus de l'Empereur , fe fervit contre lui , fur un léger foupçon, de la puiiTance même qu'il tenoit de ce Prince : Que fon frère Augulle, quoiqu'il eût recommandé à fes enfan^ dans fon teftament , la fidélité ôc robéïfTanceà la Maifon d'Autriche, avoir dans le même teftament parlé avantageufement du royau- me de France , fçachant par expérience j au'on y avoit toujours pris la défenfe des princes d'Allemagne , & des libertez de l'Em- pire : Qu'il ne falioit pas craindre que la délivrance de Jean Frédéric, que Maximiiien ôc Rodolphe avoient fi iong-tems détenu en prifon , eût regagné la Maifon de Saxe : Qu'elle fe fouviendroit plus de i'offenfe , que d'un bienfait fi tardif: Qu'aufli le refpeâ pour les volontez de fon père, ôc la crainte d'éprou- ver le même fort ( qui depuis la délivrance de Jean Frédéric , devoir caufer plus de frayeur à la Maifon d'Autriche, dont cet Eîe£teur avoit été fi maltraité, qu'à fa famille) n'avoit pu em- pêcher le duc Chridien d'envoyer Tannée précédente des trou- pes auxihaires en France , fous la conduite de Chriftien prince d' Anhalt : Que ce que le duc de Saxe avoit fait , il n'y avoit pas de doute que fes enfans Ôc les autres Princes, i'Elctleur Pala- tin, le duc de Brunfwick, le Landgrave de HelTe , dont les Maifons étoient unies depuis iong-tems, ne le fiffent auiîi : Que
DEJ. A. DE THOU,Liv. CVII i;
pour ce qui regardoit l'életteurde Bavière, quoique ce Prince uni i fût fort modéré , ami ôc allié de la Maifon d'Autriche, il étoit fur tj '
que fi la puiffance de cette Maifon s'augmentoit au point qu'on t y Je craignoit dans l'Allemagne, il feroit pour elle dans les difpofi- tions où fes ancêtres avoient été, lorfqu'ils rétablirent dans la pof- ^ ^ >' felfion de fon patrimoine, Ulric de Wirtemberg, qu'elle en avoir dépouillé : Que les Princes Eccléfiaftiques, malgré l'attachement qu'on leur fuppofoit pour le Roi d'Efpagne , par rapport à la Religion, fuivroient l'exemple des autres Princes , dont les in- térêts ne feroient pas féparés des leurs dans cette occadon 5 ôc qu'ils défendroient la liberté de l'Empire , plutôt que de paroî- tre préférera leur propre falut l'élévation d'une Maifon étran- gère, odieufe à toute l'Allemagne : Que s'ils ne le faifoient pas^ leurs vaflaux , imbus la plupart de la dotlrine des Proteftans , les abandonneroient.
« Si l'on jette les yeux au-de-là des Alpes, pourfuivoit-il^ » que ne feroit pas le grand Duc de Tofcane, quoique vaiïal de 3» l'Empereur, pour s'oppofer à la grandeur desEfpagnols, en- => touré, comme il ellde la Sicile j du royaume de Naples, de »> la Sardaigne, de Gènes dévouée à Philippe, & du duché de S5 Milan. Les Vénitiens, pour prévenir cet accroiffement de puif- » fance , fortiroient fans doute alors des bornes de leur modéra- 05 tion & de leur prudence ordinaire, fe voyant affiégez dans la sï mer Adriatique par le royaume de Naples j dans la Lombar- w die, par le duché de Milan î fur les frontières d'Allemagne oî & de Hongrie, par le comté de Tirol , par la Croatie, ôc la » Carinthie 5 fçachant d'ailleurs qu'ils poffedoient plufieurs vil- M les dans l'Italie, dans le Frioul, ôc dans la Daîmatie , que la !» Maifon d'Autriche prétend lui avoir été enlevées : ils feroient » éclater enfin contre cette Maifon, en prenant les armes, la » haine qu'ils ont diilimulée jufqu'à prefent^ ôc leur inclination 33 lecrette pour le roi de Navarre. A leur exemple , ôc par les =3 mêmes raifons , les ducs deFerrare ôc de Mantouë fe décla- » reroient. Le Pape lui-même , quoiqu'il cultive reiigieufement 3î l'amitié de Philippe , ne feroit pas exempt de cette frayeur 33 générale , qu'infpireroit l'agrandiffement énorme de cett3 83 Puiffance. Le fouvenir de la prife ôc du faccagement encore 3» récent de Rome, ôc des mauvais traitemens que Clément 03 VIL a efîuyez du connétable de Bourbon 3 feroit craindre
'i6 HISTOIRE
_„,M. . " avec ralfon à Clément VIII. d'éprouver les mêmes mal-heurs',
H E N R " ^"'" ^'^^^ n'ignorant pas qu'il n'y a rien de H faint , que la foif j y «de régner ne fafle violer. « , ^ * « Mais d'un autre côté, continuoit-il, que n'entreprendroit
^ -^ « pas le 1 urc ^ qui a emporte dernièrement la capitale de Croa- » tie , ôc qui fait fi vivement la guerre dans la Hongrie ? Perfon- 3> ne n'ignore que Henri VIII. roi d'Angleterre, allié de l'Em- » pereur Charle-Quint, & ennemi de la France > changea tout 3ï à coup après la bataille de Pavie : d'ami de Charle , il de- 3' vint aulTi-tôt fon ennemi : Elifabeth fille d'Henri VIII. qui 3> ne fait aujourd'hui la guerre que foiblement à Philippe, la lui » feroit alors avec toutes fes forces : les Princes Proteftans de M l'Empire feroient la niême chofe. Que dis-je f l'Empereur M même, quoiqu'héritier des Etats de Philippe, voyant qu'on 3ï a deftiné l'Archiduc Ernefl: fon frère, à épouler l'Infante, o> poufi^é d'une fecrette envie, a empêché par fon autorité qu'on s> ne conclut la figue, qu'on vouloir former à Laniberg, afin M d'ôter le pafiage aux fecours qu'on envoyoit d'Allemagne en. M France. De plus il n'y a pas fieu de douter que la Maifon de 35 Lorraine, quoiqu'elle ait de grandes obligations à la Maifon M d'Autriche, ne prît l'allarme, fi cette Maifon venoit à régnée « en France : elle a penfé autrefois être entièrement dépouillée 3> par Charle duc de Bourgogne, dont la Maifon d'Autriche def- 3î cend. Expofée aux premiers efforts de la guerre , elle ne " pourroit plus avoir recours aux rois de France. Enfin les plus w habiles font perfuadez que ce n'eft point Philippe lui-même, 03 qui content de fa grandeur peut fe paflcr des Etats des autres, ov mais fes Miniftres , qui forment ces projets ambitieux : on ne 35 fçait fi ce Monarque, obligé d'envoyer des troupes auxiliaires s> en France , ne contraindra pas, pour le faire plus commode- « ment^ le duc de Lorraine d'accepter en Efpagne, ou en Ita- » lie, des Terres en échange. La chofe n'eft pas fans exem- :» pie dans fa famille : Charle-Quint fon père étant en guerre w avec François I. traita avec le duc de Savoye d'un échange » pour fes Domaines, afin d'unir de ce côté là fes frontières à » celles de France. «
05 A la vérité il eft fort à fouhaiter , que cette Monarchie uni- « verfelle,à laquelle on travaille depuis fi long-tems, fe trouve »' dans la Maifon d'Autriche^ mais Philippe a afîez de prudence
DEJ. A. DETHOU,Liv. CVII. tj
» 6c d'équité, pour confiderer que l'on ne peut cntrepren-
M dre l'exécution de ce projet, que d'un côte les Princes d'I- 77
« talie n'attaquent ouvertement le duché de Milan ôc leroyau- jtt
»» me de Naples ; que de l'autre les Suifles & les Princes de
» l'Empire ne tournent leurs forces contre lui j que le duc de ' ^ ^*
*> Saxe n'envahifTe la Friiè, leletteur Palatin la Hollande, la
»î Zelande 6c le Hainautj que dans le même tems le Turc ne
w fafle ravager fes côtes fur la mer Adriatique, 6c ne faffe la
a> guerre aux Princes de fa Maifon dans la Hongrie 3 6c qu'en-
a> fin la reine d'Angleterre, fi puifiTante lur mer^ n'attaque le Por-
*> tugal. Pendant ce tems-là Sigifmond roi de Pologne ne fe
35 tiendra pas dans l'inadion. Ce Prince irrité de voir Maximi-
a.» lien retenir encore le nom de roi de Pologne, ôc l'Empereur
»» fermer les yeux fur cette a6tion, contre la parole qu'il a don-
» née, faifira l'occafion de réunir à la Pologne la Siléfie 6c la
» Moravie , qui en dépendent. Quelle puififance feroit en état
a» de réfifter aux forces de*tant de Princes conjurez contre
» la Maifon d'Autriche f Philippe pourroit-il compter fur les
9> thréfors de l'Amérique, qui retardez, ou détournez, ontex-
»5 cité fi fouvent les plaintes de fes créanciers, ou les murmures
» de fes foldats mal payez. Comment pourroit-il réparer tant
" de pertes ? Seroit-ce par les forces entièrement épuifées de la
» France , 6c attendroit-il d'elle ce qu'elle attend de fon fecoursf
*» Mais aurions-nous nous-mêmes un meilleur fort, ôc expofez
v> à la haine de toutes les nations, comme des perturbateurs du
»5 repos public, ne ferions-nous pas obligez d'abandonner l'ai'
95 liance de Philippe aufii honteufement , que nous l'aurions im-
» prudemment recherchée? »
37 On oppofe à ces raifons , que la puiflance de Philippe ôc v^ de fes alliez , rend toutes ces craintes frivoles , . puifque l'in- 35 vafion du Portugal n'a animé perfonne contre lui : mais il eft " aifé de voir la foiblefife de cette obje£tion. Philippe n'eft pas »: encore tranquille poffefleur de ce Royaume.Maîtrede tout le M refte de l'Efpagne, il a été facile à ce Prince de réunir ce petit « Royaume aux autres Provinces de ce vafte payis , fur tout en 3> profitant des divifions de la Noblefle 5 cependant il lui refte w encore à conquérir les Ifles 6c \q5 Indes, qui font le plus beau ^iîeuron de cette Couronne, ôc dont les puiflantes flottes dts E> Anglois ôc des Hollandois lui rendent la conquête fort Tome XIL G
î;p5<
iS ÏI I s T O I R E
— — — ^' douteufe. Or Philippe rencontreroit hors de la France tous
Hr xT D T " ^^s obftacles à l'exécution de fes defleins -, mais il en rencon- ENRI 'ji-i 1 iiT-> A
j Y » treroit de bien plus grands encore dans la trance même. »> L'Arrêt rendu depuis peu dans cette ville , qui après avoic M donné l'exemple aux autres villes du Royaume , du zélé «pour la Religion, a fouffert courageufement un très -long « fiége } cet Arrêt, dis- je, donné par des gens fi recomman- a» dables par leur fagefle > Ôc par la connoifTance de nos loix ; 3î nous annonce ce que les autres Parlemens font prêts de faire. >» Car que fignifîent ces paroles de l'Arrêt : ^Que félon les loix ^fondamentales du Royaume , on doit élire un Roi Catholique d^. 03 François de nation , finon l'exclufion de Philippe ôc de l'Infante 3» fa fille ? De plus fi l'on fait attention au caradére des députez » des trois Ordres , on verra qu'on a choifi les moins favorar »» blés aux Efpagnols. =^
« On aura fans doute égard aux vœux des habitans de Paris; a> qui ont appris à leurs dépens, qajel fond il faut faire fur les » forces des Efpagnols , & qui dans le dernier fiége , obligez » de nourrir une foible garnifon qu'on leur avoir envoyée, « ôc qu'on ne payoit point , ont été expofez à la fureur & à « l'avarice du foldat mutiné. On eft d'ailleurs afifùré que la No- M blefle ne confentira jamais à cette éle£lion, qui luiferoit aban- M donner la Ligue. Car le Roi de Navarre peut-il rien dire de 3» plus fort aux Ligueurs, que de leur reprocher,que de François M qu'ils étoient, ils font devenus toutEfpagnols,ôc qu'ils veulent sî mettre la couronne de France fur la tête du roi d'Efpagne. La M NoblefTe jugeant de l'avenir par le pafTé, eft perfuadée que » Philippe n'eft pas en état d'affermir fon autorité dans un M Royaume étranger^ où il a de fi puiflans adverfaires, ni d'y. » extirper l'héréfie , comme on l'attend de lui. Elle voit que de* » puis plus de trente ans , non-feulement il fait la guerre fans M fuccès dans fes propres Etats , avec toutes fes forces , mais » que même il a tout à fait perdu l'efperance de recouvrer la » meilleure partie des Payis-bas : s'il fe trouve dans le Clergé » des gens qui fouhaitent fon élection, ou celle de l'Infante sa Ifabelle, ils font en bien petit nombre 5 le Collège de Sorbon-» » ne , qui eft , pour ainfidire, la pépinière des Evêques de Fran- *> ce, demande un Roi, dont les moeurs ôcle langage foient «François» »
DE J. A. DE THOU, Liv. CVII. ip
C'eft en vain que l'on voudroit pefer les droks, que Philippe
3>
73
OU fa fille peuvent avoir à la couronne de France. Peut-on û s'imaginer que les François veuillent jamais s'avilir jufqu'à obéir à une femme ? Mais que l'on examine les droits du Roi a> ôc de l'Infante : fi le Roi Catholique tire le fien du chef de » Marie , arrière petite-fille de Philippe de Bourgogne , le der- » nier des enfans du Roi Jean , ne doit-on pas lui préférer les a» defcendans de Louis d'Anjou fon aîné. A l'égard des droits i> de l'Infante, on doit au moins faire ce qui a déjà été fait, » par rapport à la même fuccefTion , lorfque l'on a mis l'oncle ' » avant le fils de fon frère aîné , ôc préférer Marguerite * aux » enfans d'Elifabeth , * quoique fon aînée. :»
« Quelles fuites pourroitjdonc avoir une éledion, dont le » Clergé , la Noblefle & le peuple font fi éloignez , finon de 3* fréquentes révoltes , des féditions , & des troubles de tous » côtés, qui ne pourroient être que funeftes à la Religion Ca- » tholique , & favorables aux deffeins de fes ennemis f Les Fran- » cois ont fait une feule fois la faute que l'on veut aujourd'hui » leur faire encore commettre , lorfqu'ayant chafTé Childeric » pour fes honteufes débauches, ils couronnèrent Gildon capi- » taine Romain , qui étoit alors à Soiffons, croyant qu'il appor- 3> teroit parmi eux les mœurs Romaines : mais bientôt s'étant » repentis de ce changement , ils rappellerent leur Roi , de la » Germanie , où il s'étoit retiré. Doit-on citer l'exemple de » Henri VI. fîls de Henri V. ôc de Catherine de France '^ ? Car » quoique ces tems palTez paroilTent avoir quelque reffemblan- » ce avec le tems prefentda fource des mouvemens qui agi- a> toient alors la France , étoit bien différente de celle des trou- » blés d^au jourd'hui. Henri V. ne fut pas choifi par les Etats » généraux du Royaume , mais par un Roi imbécille : ce ne » fut pas après une mûre délibération, ôc pour l'intérêt de la Re- » ligion ôc de l'Etat; mais par la fureur "d'une femme ^, ôc par » un défir aveugle de vengeance, qu'il monta fur le Thrône. » Des motifs 11 illégitimes eurent le fuccès qu'ils méritoient : » non- feulement Henri fut chaffé d'un Royaume ufurpé, mais
I . Le cardinal Charle de Bourbon.
z. Marguerite de Valois, femme de Henri I V. 8c depuis répudiée.
5. Elifabeth de France, femme de Philippe IIo 6c mère de l'Infante Ifa-
belle Claire Eugénie. 4. Fille de Charle VI. & femme de Henri V. roi d'Angleterre.
5*. Ifabeau de Bavière femme de Charle VI.
E N R I
IV.
1 5 P 5-
20 HISTOIRE
» il fut encore dépouillé des Provinces héréditaires , qu i[ pof- TT » fédoit en France. »
jy «1\ eft donc plus fur de laiiTer la liberté aux Etats, fans bri-
» guer , ou corrompre les fufFrages. Autrement il arrivera que .^^' » les Confeillers de Philippe l'ayant aveuglé, nous aveugle- =' ront aufïi à nôtre tour : alors un aveugle étant conduit par un « autre aveugle , ils fe précipiteront dans l'abîme paruneim- =» prudence funefte à tous les deux. Philippe ne fe fou vient-il plus » qu'il a été obligé par cette raifon , de renoncer à fes préten« 3> tions fur l'Empire , que Charle-quint avoit laifTé à fon frère 3' Ferdinand? Quelques Electeurs ayant parlé d'élire le roid'Ef^ « pagne , Maxiniilien , fils de Ferdinand , en fut Ci indigné , que »' fous prétexte de voir Augufte duc de Saxe, il fit avec les au- y* très Princes de l'Empire un traité fecret, au grand préjudice » de la Religion , & qu'il s'engagea à établir dans l'Empire la » Confe/îion d'Aufbourg. AinfiPhihppe reconnut, quoiqu'un » peu tard^ la faute qu'il avoit commife , en demandant l'Em« » pire : il fe défifta de fa demande , & ne voulut pas irriter davan- 5> tage Maximilien fon coufin germain , qui devoir lui fuccéder M en cas qu'il mourût fans enfans. Qu'il ait aujourd'hui la même « prudence ôc la même modération, pour ne pas jetter dans le » défefpoir des peuples dont il a pris la défenfe , & pour ne. » pas mettre la Religion en danger dans un Royaume ^dont fon- M éleâion entraîneroit la perte. »
« Il efl: indubitable par tout ce qu'on vient de dire, ajoûtoit- » on , que l'état prefent des affaires ne permet pas au P^oi Ca- a» tholique , de fonger à devenir roi de France , Ôt par confé- » quent d'en être le Protecteur. Car la France étant le premier « Royaume de l'Europe, ce feroit déroger à fa dignité , & à une n fi belle prérogative , que de fe mettre fous la protection d'un 3> Royaume qui lui eft inférieur. Si elle avoit befoin du fe- 3' cours d'autrui , elle n'imploreroit pas la protection de tel ou 3> tel Prince en particulier ( cette manière de demander du fe- » cours, ne convient point aux François ) mais elle feroit pour fa. » défenfe , avec tous les Etats de l'Europe , une alliance fera- » blable à celle que tous les Princes Chrétiens firent entre eux X contre Charle-Quint , lorfque François I. étoit détenu pri- » fonnier enEfpagne. Cette protection d'un Prince particulier » dégéneroit enfin en domination. C'eft ainfi qu'on a affùjettî 55 les royaumes de Bohême ôc de Hongrie , autrefois çleCtifs »
^à
DE J. A. DE THOU, Liv. CVII. '21
^> & la république de Gènes, fous ombre de la protéger. La pro- ^
ï« teâion d'un inférieur eft inutile j celle d'un éo;al infruâeu- Tl
=» fe j & celle d'un fupérieur fufpe61:e ôc dangereufe. La France 1 t7
» ne reconnoît aucune PuifTance fupérieure , ni même égale : ' ,
=>» pourroit-elle , fans s'avilir, fe foumettre , à une PuiiTance in- ^ ^ ° ^"
»> férieure ? Les autres nations ne pourroient fouffrir que les Ef-
9» pagnols fuflent les maîtres de la France : mais que diroient-
» elles , il elles les en voyoient les protecteurs , fçachant fur tout
a» que \qs Miniftres de Philippe ont fait leurs efforts , pour le pla-
» cer fur le thrône de France ? Elles penferoient que n'ofant à
w prefent travailler ouvertement à fa grandeur, ils le font indi-
»> reniement, fous prétexte de défendre ce Royaume, fans dou-
s» te dans le deffein d'y entretenir la guerre , jufqu'à ce que le
» fils du roi d'Efpagne foit en âge de régner. Enfin ils n'ont pour
» but, que de ruiner entièrement la Nobleffe, en la détruifant pat
» elle - même dans cette guerre pernicieufe ; d'accoutumer le
» peuple aux mœurs de l'Efpagne 5 d'accabler ôc d'affùjettic
» ce Royaume , déjà épuifé , ôc femblable à un corps , oii il n'y
» a plus ni de fuc ni de fang. On ne peut oter ce foupçon aux
» François, Ôc fi d'autres perfonnes veulent perfuaderle contrai-
» re à Philippe, cène peut être que des étrangers peu inftruits
» de l'état de la France, ôc qui ignorent le génie de la nation:
» s'ils font François , ils en impofent à ce Prince. Mais ils por-
a> tent leurs vues plus loin, qu'ils ne le font paroître : les Fran-
» çois ne peuvent fe paffer d'un Roi. Les interrègnes font toû-
» jours le tems des féditions, des fa étions, ôc des troubles , ÔC
» donnent occafion à l'ennemi de s'affermir ôc d'affembler de
» plus grandes forces. «
« Les chofes étant dans cet état , il n'y a point d'autre moyeix » de remédier à tant de maux , dont la France eft affligée , que M d'élire librement un Roi Catholique ôc François , qui aidé des « forces de l'Efpagne , conferye dans le Royaume la religion, » de fes ancêtres , ôc y rétabliffe la paix : Philippe y eft obligé » par les loix divines ôc humaines. La religion y eft intereffée: s» un bon Prince doit en pareille occafion fecourir fes voifins- » Enfin on attend de lui le même fecours que fes ancêtres ont. ^ jadis reçu de nos Rois. Il arrivera de-là que les autres Prin- » ces voyant que Philippe n'a en vue dans cette guerre , que la s» gloire de Dieu , l'extirpation de l'héréfie , ôc la confervation 3 d'un Royaume puiffant , auquel ils ont recours dans les temps
C iii
^ S9 S'
2.2 HISTOIRE
, , , '> fâcheux , ne conferveront plus de jaloufie ni de foupçons con-
7~T ~~ =» tre lui j qu'ils feront paroître autant d'ardeur pour contribuer
j y « a cette guerre li julte , qu ils en ont paru éloignez des le
9» commencement 5 qu'ils joindront leurs forces à celles de la
3> Ligue , ôc abandonneront le parti des ennemis , qu'ils ont
»> fecretement favorifé jufqu'à prefent. «
« Les princes Proteftans d'Allemagne , d'ailleurs modérez M ôc amis de la paix , s'adouciront un peu en faveur de la »> Ligue : on en peut juger par la conduite qu'ils ont tenue dans »> la guerre de Cologne. Après avoir poufle Gebbard Truchfes « leur allié , ôc qui étoit le parent de plufieurs d'entr'eux , à M prendre les armes , voyant que le roi d'Efpagne avoit pris a> la protedion d'Ernefl: de Bavière , ôc qu'il follicitoit les au- s' très princes Eccléfiaftiques à fe joindre à lui, ils s'ennuye- » rent enfin des troubles qui s'élevoient dans l'Empire , Ôc aban- »» donnèrent la défenfe de Truchfes, Or puifqu'ils quittèrent » alors le parti d'un homme qui leur étoit fi étroitement uni , M ils le feroient fans doute à l'égard d'un Prince étranger , qu'ils » ontplufieurs raifons de ne pas trop aimer. Et qu'on ne dife « pas qu'ils efpereroient , en foutenant ce Roi furlethrône , de » voir rétablir dans le royaume la Religion qu'ils profeflent: M l'intérêt de cette même Religion ne l'a point emporté dans M ces Princes , par raport à l'affaire de Gebbard , malgré Pef- o> perance qu'ils avoient que ce Prélat , après fon retabliffe- » ment , fepareroit l'EleiStorat de Cologne de l'Epifcopat j ôc » que fon exemple pourroit être fuivi des deux autres Ele6leurs » Eccléliaftiques. »
« Si le roi d'Efpagne laiffe la liberté aux Etats d'élire un Roi •> Catholique, ôc veut bien donner en mariage au Roi élu la 9> féréniffime Infante , cette alliance reûnilTant les forces des 3î Maifons d'Autriche ôc de France , aura l'approbation du mon- » de Chrétien. Cette alliance néanmoins pourroit encore ex- M citer quelque ombrage. Comme les autres Princes redou- » tent l'ambition de laMaifon d'Autriche , les Efpagnols pour- » roient aufli appréhender que la France ne rendît , pour ainfi » dire , cette Maifon Françoife. Il feroit polTible néanmoins » de faire des conditions qui éloigneroient la crainte de cet » événement. «
Le duc de Mayenne croyant s'être fuffifamment excufé par toutes ces raifons , pour reparer la faute que fa créduhté lui
DEJ. A. DETHOU, Liv. CVII. 2^
avoit fait commettre , cherchoit tous les jours des prétextes 5 i«i».i»inmir.«m tantôt en faifant naître des difficultez fur les conditions ; tan- Henri tôt en reveillant un troifiénie parti , qu'il croyoit devoir por- j y. ter préjudice au roi de Navarre j fans danger pour les Ligueurs 5 i ç 0 3, tantôt par l'oppofuion de Baflbmpierre , ôc la crainte de quel- ques révolutions. 11 fe fervit enfin d'un moyen fur, pour em- pêcher l'éledion : il fît voir la neceffité d'une trêve , que la No- blefTe, & le Tiers-état avoient déjà propofée,ôc que lui-même n'avoit pas alors rejettée. La Châtre , qui tenoit le premier rang dans la NoblefTe , en renouvella la propofition : il la fit avec la même liberté , qu'il s'étoit déclaré contre la politique des Ef- pagnols. Il afTura que la trêve étoit utile ôc necefîaire, & que le duc de Mayenne ne devoir avoir aucun égard àl'oppofition du Légat , puifque fi le Pape lui-même étoit préfent , il ne la defaprouveroit pas , ôc la croiroit necefîaire à la conferva- tion du comtat d'Avignon ôc du Venaiffin. Il avança que le Clergé lui-même y auroit confenti , s'il n'avoit été retenu par le refped qu'il avoit pour le Légat : qu'ainfi le duc de Mayen- ne devoit intervenir dans cette affaire, ôc appuyer de fon au- torité l'avis du plus grand nombre. Que le Roi de Navarre étant fur le point de fe rendre Catholique , ôc de caufer par là une grande révolution , il y auroit un étrange aveuglement à vouloir faire un Roi , qui dans la difette de troupes ôc d'ar- gent où étoient les Ligueurs , feroit par fa foibleffe hors d'état de foûtenir un parti déjà prefque abattu. Qu arriveroit-il de là , fi non que ceux qui pouvoient maintenant prefcrire des con- ditions , feroient obligez de fe livrer à la difcretion de l'Efpa- gne , après que cette éledion funefte auroit fait perdre toute efperance de fe reconcilier avec l'ennemi f
Ce fentimem prévalut enfin : de peur néanmoins qu'on ne femblât rejetter le fecours des Efpagnols, on refolut de leur faire AfTembîée reponfe fur leurs dernières demandes j mais de manière qu'on ne du Louvt©. parût pas tant vouloir ôter toute efperance de confentir àTélec- tion, que la remettre à un tems plus avantageux , ôc qu'on ex-' cufât ce délai par la necelîîté qu'impofoit le malheur public^ Ainfi l'affemblée des Etats fe tint au Louvre le^de Juillet : i'é- vêque de Digne y célébra la Mefife. Après que l'évêque de Vannes y eut fait un difcours, le duc de Mayenne falua le duc de Ferla , ôc lui préfema un écrit , en accompagnant cette
24 HISTOIRE
"'^'^^^'"'"^^^TT»,, a£lion de grandes démonftrations de refpe£l & d'attachemeiiÊ Henri P^"^ ^^ ^^^ d'Efpagne. Dans cet écrit les Etats remercioient ly Philippe, des conditions honorables qu'il leur avoit offertes, i c g Q. en conformité de leurs demandes du 21 de Juin. Ils y difoient que fur ce que le duc de Feria , & les autres ambaffadeurs de Sa Majefté Catholique, demandoient que l'on procédât à l'é- lection d'un Roi , ils ne croyoient pas que l'état préfent des af- faires , permit de penfer à cette élection , qui feroit pernicieu- fe à la Religion ôc à l'Etat > n'ayant point de troupes prêtes pour la foutenir : Que néanmoins perfiftans dans le deflein de fatisfaire fur ce point Sa Majefté Catholique , ils demandoient du tems pour endéUberer : Qu'au refte on ne devoir agir que lorfqu'il y auroit une armée fur pié , pour faire exécuter les dernières refolutions des Etats : Qu'ainfi ils prioient le roi d'Ef- pagne, ôc fes Ambaffadeurs , de faire avancer les troupes qu'on leur avoit promifes , de peur que l'ennemi ne prît occafioii de les attaquer , lorfqu'ils ne feroient pas en état de lui faire tête. Les Ambaffadeurs ayant reçu cet écrit , dirent qu'ils y fe- roient une prompte reponfe. Le lendemain Jean-Baptifte Ta- xis la donna aux Etats par écrit. Les Ambaffadeurs y difoient, qu'ils étoient fâchez qu'on eût ceffé de délibérer fur l'éleftion d'un Roi : Qu'elle étoit l'unique remède des malheurs de la France, ôc le feul contrepoifon qu'il falloir oppofer à la feinte converfion du Navarrois : mais que les Etats l'ayant ainfi jugé à propos , ils fe confoloient d'avoir tout mis en ufage , 6c de leur avoir fait toutes fortes de promeffes au nom du Roi Catholi- jque , pour les déterminer à prendre un parti 11 falutaire. Ils ajoûtoient que Sa Majefté Catholique n'étoit pas dans l'inten- tion d'envoyer des fecours à l'avenir , fi on differoit d'élire un Roi : Qu'ils étoient perfuadez que les efforts qu'on avoit faits , Se que les dépenfes qu'on feroit encore , feroient inutiles : Que pour montrer néanmoins qu'ils préferoient le falut public à leurs intérêts particuliers, ils fourniroieet les fubfides ordinaires, au- tant que la guerre de Flandre pourroit le permettre , ôc jufqu'à ce qu'ils euffent informé de tout le Roi Catholique , ôc qu'ils en euffent reçu des ordres particuliers : Qu'ils le feroient enco- re plus volontiers j fi on ne faifoit point de trêve avec l'enne- mi, ôc fi on revoquoit le dernier arrêt 5 parce que la trêve Ôç l'arrêt étoient permcieux à la caufe commune : Qu'ils ne
repondoieiu
i s 9 3'
DE J. A. DE THOU,Liv. CVII. i;
repondoient point à la fincenté avec laquelle ils enavoienttoû- ,
jours ufé avec eux ; ôc qu'ils détruifoient enfin toute leur au- JJ g ^ R i
torité. j y^
Ce fut ainfi que le duc de Mayenne éluda le piège, où les Efpagnols , qui le regardoient comme un homme qui chan- geoit à chaque inftant , vouloient l'arrêter. Ces politiques ac- coutumez à tromperies autres, furent en-même trompez, & perdirent l'efperance de faire élire un Roi î éledion qui auroit rendu la guerre éternelle en France.
Depuis ce tems-là Schomberg , Bellievre , de Thou , RevoL Baflbmpierre , Behn, Sebaftien Zamet, eurent plufieurs con- férences fur la trêve à la Villete, à la Chapelle , à AubervilUers , fur le chemin même de S. Denis , en caroffe la plupart du tems, pour ôter toute défiance aux Efpagnols. La Châtre fut une fois de ces conférences.
Le Roi ayant quitté fon camp pour aller à S. Denis le 1 2 de Juillet , eut le lendemain un long entretien avec un Théolo- gien , nommé Jean de Chavignac curé de S. Sulpice, que l'on avoir fait venir de Paris. Il retourna à Mantes , fur la nouvelle qu'il reçut que la maladie du duc de Montpenfier augmentoit. Il en conçut un grand chagrin , croyant voir pour la dernière fois ce Prince fon parent, qui lui avoit rendu de grands fervi- ces , & à qui il vouloir donner fa fœur en mariage. Le Duc fe porta mieux depuis l'arrivée du Roi.
Enfin le 21 de Juillet le cardinal de Bourbon, que le duc de Mayenne avoit fauvent foUicité de fe mettre à la tête d'un troifiéme parti, en lui offrant même Soiflbns & d'autres vil- les de fureté , n'efperant plus de faire reû(îir fes defleins , alla de Gaillon à Mantes , & enfuite à S Denis avec le chancelier de Chiverni , &: les autres qui dévoient fe trouver à l'afTem- blée. Il voulut voir , fi fa préfence ne pourroit pas porter quelque préjudice aux affaires du Roi : ce qu'il n'avoit pu faire par une révolte ouverte. Il refolut en même tems de mettre obftacle> par les difîicultez qu'il feroit naître , à la délibération que l'on devoir faire fur la reconciliation du Roi avec l'Eglife. Ceux qui d'abord lui avoient confeillé de s'y oppofer , lorfqu'ils croyoient que cette démarche auroit un heureux fuccez , lui donnèrent avis , après le changement des affaires , d'ufer de dif- ûmulation. Mais ce jeune Cardinal, emporté par fa paffion , Tome XIL D
26 HISTOIRE
,,„^^„^^„^^ ne put s'empêcher dans l'aiTemblée des Prélats ôcdes Dodeurs, Tj qui fe tenoit chez lui , & ou aiïiftaieiit René Benoît curé de S^
T Y Euflache , Claude de Morene curé de S. Merri , 6c ce Chavi-- gnac dont nous avons parlé , de dire hautement , qu'il ne falloit ^ -^ ^* recevoir le Roi dans le lein de l'Eglife, que du confentement ôc par l'autorité du Pape. Cependant la chofe ayant été mile en délibération , à la referve de quelques parrifans du Cardinal ; on fuivit le fentiment de ceux qui croyoient qu'on devoit ad* mettre le Roi dans l'Eglife , après qu'il auroit donné des mar- ques publiques de ia Catholicité , ôc de Ton repentira qu'enfuite onpourroit députer au Pape, ôc le prier , tant au nom du Roi,' qu'en celui de l'Eglife Gallicane , de lui donner l'abfolution» Ce fentiment étoit fondé fur les raifons fuivantes , qui fu- rent alléguées ôc expofée&fort au long, par plufieurs perfonnes recommendables par leur pieté , leur doûrine , ôc leur zélé pour le repos du Royaume. Ils dirent qu'ils n'étoient point obligez de déférer au bref du Pape , que le cardinal de Plai- fance faifoit fonner li haut. En effet il n'avoit point été reçu ôc publié félon les anciens ufages , dans un Royaume où ces fortes de décrets ne font d'aucun poids, avant qu'ils ayent été approuvez , Ôc qu'on ait examiné s'ils ne contiennent rien de contraire à l'autorité des Rois > aux droits du Royaume ^ ÔG aux libertez de TEglife Gallicane -, ce qui s'obferve aufii dans les Payis-bas , foûmis à la Maifon d'Autriche , comme on le voit par l'Edit de Philippe de l'année 14^7, ôc par celui de Charle Quint de l'année ij^ojoù ileftdit, que l'on ne pro- noncera la fentence de l'excommunication contre perfonne ; avant de l'avoir averti. Ils ajoutèrent que les loix canoniques i'ordonnoient , ôc qu'Innocent IIJ. f avoit ftatué , en déclarant injuftes les fentences publiées fans un avertiffement antérieur : Qu'il s'enfuivoit de-là, qu'une cenfure dénoncée contre toutes fortes de règles n'empêchoitpas que ce qu'on n'avoit fait qu'en vue de l'intérêt public , ne fût très valide : Que c'étoit le fenti-» ment de tous les Canoniftes dans Texplication du décret d'Inno-^ cent III: Que d'ailleurs on voyoit plutôt dans la Bulle de ijSy^ une déclaration du décret donné contre les Hérétiques , qu'une nouvelle excommunication lancée contr'eux : Que quand mê- me cette Bulle auroit été pubhée dans les règles , on ne pourroii nier qu'une excommunication lancée pour caufe d'hcréfie^ ne
DE J. A. DE THOU.Liv. CVII. 27
fût de la compétence des Evêques, comme le Concile de La- ■
tran l'a décidé : Que quand le Pape auroit le droit de s'en i^e- H e N R i ferver la connoiffance , ( ce dont on ne convenoit pas ) cela jy n'empêchoit pas qu'un Evêque n'en pût accorder l'abfoîution : i ^ q\ Que le Concile de Trente avoit décidé, qu'il étoit permis aux Evêques d'abfoudre dans le for de la confcience , par eux-mê- mes, ou par leurs grands Vicaires , des criminels qui leur étoient fournis, même dans les cas refervez au Pape : Qu'ils le pou- voient même dans le crime d'hcréfie , mais par eux-mêmes feulement , ôc non par d'autres : Enfin qu'il étoit confiant qu'ua homme excommunié pour quelque crime que ce fût, dont la connoiflance étoit refervée au S. Siège , pouvoir être abfous par fon Evêque, Ci un obftacle légitime l'empêchoit de fepré- fenter au Pape , pourvu qu'il s'engageât à le faire dès que cet obftacle ceflTeroit : Que parmi les obftacles légitimes , on ne doutoit pas qu'il ne fallût compter les haines déclarées, ôc les dangers des voyages : Que les Grands étoient exceptez de cet- te loi , comme Alexandre III. l'avoir décidé 5 décifion néan- moins dont Clavafin en traitant de l'excommunication , ôc An- toine Agoftini , prouvoient l'altération par l'addition de la par- ticule négative ; ainfi qu'on peut le voir par les éditions des Con- ciles , faites à Venife ôc à Cologne : Que par toutes ces rai- fons , il étoit jufte d'accorder fans délai l'abfoîution au Roi : Que les Evêques le pouvoient ôc le dévoient , à condition de demander au Pape , avec le refpeêl convenable, la confirma- tion de tout ce qui fe feroit : Que fi on agilToit autrement , le délaine pourroit être que fort dangereux. Car qu'arriveroit-il, fi les Etats affemblez à Paris éUfoient un E.oi , ôc jettoient par ce moyen les fémences d'une guerre éternelle , également pernicieufe à l'Etat ôc à la Religion i fi le Roi qui eft mainte- nant bien intentionné pour la Religion Catholique , irrité du refus de l'abfoîution , changeoit de fentiment, ôc en venoit aux dernières extrêmitez 5 Ci enfin la neceflTité des temps obligeoit de faire un Schifme f Car quelque foit le réfultat de l'afiemblée de Paris , quels que foient les décrets de Rome, les François, &L fur tout la Noblefi^e, conferveront toujours leur amour pour la liberté, ôc fans abandonner la religion de leurs ancêtres , fe fepareront du S. Siège , à l'exemple des Anglois, plutôt que de fubir le joug des Efpagnols,
Dij
sg HISTOIRE
_ On ajoûtoit qu'il falloir donc avoir égard aux temps & aux
TT ~ lieux, comme Ta dit fagement le Pape Honoré III, ôc relâcher j Y ^^ P^^ ^^ ^^ févérité de la difcipline , en faveur de la qualité des perfonnes j que fur ce principe Yve de Chartres avertif- ^ foit le pape Pafcal , de tempérer un peu la rigueur de fes ju-
gemens contre Phihppe premier, de peur de faire dire de lui cette parole de Salomon , ^t mouche trop , tire dufang j qu'u- ne fage condefcendance n avoit jamais déplu à perfonne , que c'eft ainfi que S. Cyrille difoit au prêtre Gennade , que comme ♦ceux qui font dans un vaifTeau , fe voyant attaquez par la tem- pête , jettent une partie de leurs marchandifes dans la mer , pour conferver l'autre j de même les Evcques n'étant pas fûrs de tout conferver , doivent fe relâcher fur quelque chofe , de peur de tout perdre : Qu'il n^éroit pas fans exemple de ne point attendre le jugement du S. Siège en pareille conjondure , pour éviter un plus grand malheur : Qu'au rapport de Jean Vafeo , on Hfoit dans les hiftoires des Efpagnols que l'an io85, Fla- vius Recarede , par la grâce de Dieu , avoit quitté l'Arianifme pour embraffer la vraye foi j & qu'ayant eu une conférence avec les prêtres Ariens, il les avoit ramenez à la foi Catholi- que , plutôt par la raifon , que par l'autorité , & avoit rapellé à l'unhé de l'Eglife toute la nation des Goths ôc des Sueves. « Ces chofes , continuoit-on , fe pafTerent au commence- »» ment de fon règne : mais quatre ans après les Evêques d'Ef- » pagne ôc du Languedoc, au nombre de foixante-deux, tin- w rent le 8 de Mai le quatrième Concile de Tolède, auquel » préfiderent Manfona évêque de Mérida, ôc Leandre évêque » de Seville, en quaUté de Métropolitains. Dans ce Concile, •» le roi Recarede, avec la reine Balde fa femme, ôc tous les 35 Goths , abjura l'Arianifme , ôc fit profeflion de la foi Catho- » lique , déclarant qu'il croyoit l'égalité des trois perfonnes » dans la Sainte Trinité ,213 ans après que cette erreur eut in- >5 fe<Slé toute TEfpagne. => Luc de Tuy raconte que Leandre préfida à ce Concile en qualité de légat du Pape ; mais le con- traire paroît par les a6tes duConcile imprimez à Cologne ôcà Venife : ce fentiment de Luc de Tuy a été refuté fort au long par Ambroife Morales de Cordouë , écrivain d'une exactitude ôc d'une habileté reconnue.
Les Ligueurs ayant appris la refolution de l'afremblée des
DEJ. A. DETHOU, Liv. CVII. ù.^ Evéques , ( car les Ligueurs étoient informez de tout ce qui fe paflbit , par la trahifon de quelques-uns d'entr'eux ) le Légat jj p n R ï : engagea les Do£teurs de Sorbonne à délibérer entr'eux , s'ils j y^ !
ne retrancheroient point de leur communion & de celle de % % q ^. i
i'Eglife , les curez Benoît , Chavignac ôc de Morene, qui s'é- toient retirez chez les ennemis , comme des transfuges , ôc avoient quitté l'unité de I'Eglife , pour favorifer les Héréti- 1
ques. Il ne manquoit pas d'y avoir des vautours faméliques j \
qui brûlant du defir de s'emparer de leurs bénéfices , les ac- \
cufoient d'avoir dit publiquement dans leurs fermons des cho- fes contraires à la foi , lefquelles avoient caufé du fcandale aux '
fimples, & de l'indignation aux autres. Mais les plus prudens parmi eux arrêtèrent le cours de cette délibération , & furent , \
d'avis de céder au tems, ôc de ne rien faire que fur des preu- ves inconteftables, contre des perfonnes eftimées pour la pure- té de leur dodrine. ; Sur ces entrefaites on intercepta des lettres de Jofeph Foui- ! îon abbé de Sainte Geneviève, écrites à Louis Seguier doyen I de Notre-Dame de Paris. Seguier tenoit le premier rang dans l'abfence du cardinal de Gondi évêque de cette ville , cela ne ' l'empêcha pas d'aller trouver le Roi, pour l'aider de fes con- feils dans Timportante affaire de fa réunion à I'Eglife : il s'étoit l rendu à la Cour , à l'iMigation de Jean fon frère , lieutenant i Civil. Dans cqs lettres Foullon témoignoit fon attachement pour le Roi, ôc la joie qu'il avoir de voir qu'il fongeoit enfin ] ferieufement à rentrer dans I'Eglife ; ajoutant à la fin des ter- \ mes ambigus , qui le firent foubçonner d'avoir quelque deflein :■ fecret. Foullon avoit chargé de ces lettres un de fes Religieux i nommé Colletet , qu'il avoit autrefois puni félon l'ufage de ces j fortes de Maifons, ôc à qui il avoit depuis rendu fon amitié. Ce # Colletet croyant avoir trouvé l'occafion de fe vanger , porta ces \ lettres , par une horrible perfidie , au duc de Mayenne , ôc en- ' fuite par fon ordre au Légat. Ayant conféré enfemble fur ce ' fujet, le Duc ôc le Légat refolurent de garder une copie de ces lettres ) ôc de les faire porter par Colletet à Seguier , afin de connoître par fa réponfe les deileins fecrets de Foullon , Ôc de le convaincre.de trahifon par cette double preuve. Mais Se- guier ayant reçu ces lettres , Ôc foupçonnant par les inftances réitérées du porteur , qu'il y avoit de la fourberie de fa part ,
D iij
50 HISTOIRE
lefura de lui donner fa réponfe. Ainfi le duc de Mayenne Henri f^'onipé dans fon efperance , quoiqu'il n'eût plus les lettres en I V. foii pouvoir, fit venir Foullon, de l'avis du Légat, ôc lui ayant I r p 5. montré la copie de fa lettre , il lui demanda s'il ne l'avoit pas écrite ? Foulion nia le fait conftamment , & demanda qu'on lui reprefentât l'original : le duc de Mayenne chargea de le gar- der à vue Mathurin de Force, qui étoit Sergent Major dans Paris.
Déjà le jour approchoit^que le Roi devoit fe faire inftruire par les Prélats qu'il avoit affemblez. Voyant le 22 de Juillet que le duc de Montpenfierfe portoit mieux, il revint de lian- tes, & fut reçu avec de grands applaudilfemens par les fiens, & par les bourgeois mêmes de Paris, qui fur le bruit qui s'étoit répandu de la converfion du Roi, étoient fortis en foule ^ quoi- que le duc de Mayenne eut défendu, fous de griéves peines, d'aller à S. Denis. Les Royalifles s'aflemblerent aufli aux por- tes de la ville , où ils rencontroient leurs parens , leurs frères , leurs amis , qui les embrafibient. Ils fe félicitoient mutuellement comme s'ils euffent été de retour d'unlong voyage, & nepou- voient retenir leurs larmes, foit par le fou venir de leurs malheurs paffez, foit par la joye que leur caufoit cet événement inefperé. Après un long filence , à peine dirent-ils quelques paroles inter- rompues par leurs foupirs j obligez d« fe quitter, le palTé Ôc l'avenir leur firent encore verfer des larmes.
Le lendemain , qui étoit un Vendredi , Renaud de Beaune archevêque de Bourges, Philippe du Bec évêque de Nantes, Nicolas de Thou évêque de Chartres , Claude u'Angennes évê- que du Mans ^ & Jacque David du Perron , nommé à j'évêché d'Evreux , eurent de grand matin une fecrette conférence avec le Roi. Le cardinal de Bourbon s'y étant rendu, le P^oi qui la'ignoroit pas toutes fes intrigues, ne voulut point qu'il y alTif- tât , croyant qu'il venoit moins pour être témoin de la confé- rence, que pour y faire l'office d'efpion. Il ajouta même, pour fe iiiocquer de lui, que s'il falloir décider l'affaire entr'eux deux , quoique peu fçavant enThéologie,il n'auroit pas de peine à rem- porter lavidoire fur cet ignorant Cardinal. Le Roi depuis fix heures jufqu'à onze, écouta avec attention les Evêques. Ce fut l'archevêque de Bourges, Prélat très-habile, & d'une grande modération , qui pada pendant tout le tems. Le Roi s'étantlevé
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DE J. A. DE T HOU, L IV. CVII. 31
leur dit , qu il les remercioit de lui avoir appris ce qu'il igno- roit jufqu'alors j qu*aprcs avoir invoqué les lumières du Taint ^r Efprit , il fongeroit plus férieufement à tout ce qu'ils lui avoient ^ , , enfeigné , afin de prendre fur leurs pieufes inftruclions , une ré- folurion falutaire pour lui & pour l'Etat, ^ S 9 j'
Le même jour, le duc de Mayenne 3 pour ôter toute efpe- rance d'une élection, conclut la trêve par le confeil des Sei- gneurs Ôc des Etats, malgré l'indignation du Légat , qui s'y op- pofa par le moyen du Cardinal de Pellevé, & qui menaça de quitter Paris j comme le Pape lui avoit ordonné, fi on pafToit outre. Mais on lui envoya deux fois les députez des Etats , pour le prier de ne pas conclure , de ce qu'ils vouloient interrompre la guerre pour quelque tems , qu'ils euflent defTein d'abandon- ner une caufe ii jufte, & de vouloir bien pardonner cette fuf- penfion d'armes à la néceilité, où l'on étoit d'aflembler de nou- velles forces, ôc de laifier refpirer les peuples de la campagne ôc des villes , fatiguez d'une fi longue guerre. Ils l'afiiirerent qu'il pouvoir être perfuadé qu'ils étoient fous fa puifTance , &c louo celle du Pape, ôc qu'ils feroient toujours fournis à fes or- dres refpe6lables.
Le Légat parut content de cette foumillion. Voyant que fort oppofition étoit inutile , ôc que fon opiniâtreté ne feroit que manifeiler fa foiblelle, au lieu de redoubler fes menaces , il leur fit des remercimens 5 & pour pouH^er jufqu'au bout la difiimu- lation, il dit qu'il avoit reçu des ordres contraires du Pape, qui lui laiiToit la liberté de refter à Paris : qu'ainfi vaincu par leurs prières, il avoit réfoîu d'y demeurer , ôc qu'il étoit prêt ^ comme auparavant, à leur rendre fcrvice , quand ils en auroient befoin. Cependant ne voulant rien omettre, de ce qui pouvoit mettre obUacle à la réconciliation du Roi, il fit publier le mê- me jour une Déclaration, dans laquelle il prétendoit que Hen- ri de Bourbon, foit difant roi de France & de Navarre, décla- ré nommément par Sixte-Quint, hérétique , relaps , impénitent, chef, fauteur, ôc défenfeur public des hérétiques, ne pouvoir être abfous que par le Pape , des peines portées contre les héré- tiques, relaps ôc impénitens; qu'ainfi tout ce que feroient les Prélats qu'il avoit aflemblez, feroit nul, parce qu'ils u'avoient pas le pouvoir de l'abfoudrejêc que ceux qui favorifoient le roi de Navarre, n'en feroient pas moins fujets dans la fuite aux
32 HISTOIRE
^...L— x»uMo>» cenfures Eccléfiaftiques. Il avertifToit les Catholiques , qui Jul^ Henri ^^'^ prefent étoient reftez dans le fein de rEglife Catholique, j Y^ Âpoftolique ôc Romaine, de ne pas fe laifTer tromper dans une i ^ ç y, affaire de cette conféquence. A l'égard des partifans de ce Prin- ce, il lesconjuroit par les entrailles de la mifericorde divine, de ne pas ajouter de nouvelles fautes aux premieres,& de ne pas eau- fer un fchifme qui ne pouvoit être que très'-pernicieux:que quoi- qu'il fût perfuadé que les Evêques Catholiques ne viendroient pas dans une ville occupée par les hérétiques , il croyoit qu'il étoit de fon devoir de les avertir de ne pas fe trouver aux aflem- blées illégitimes qui s'y tenoient, ôc que s'ils en agiffoient au- trement, ils encourroient les cenfures, & perdroient les Bé- néfices ôc les dignitez qu'ils avoient dans l'Eglife.
Cette dernière tentative du Légat, pour ébranler la fidélité dehi'^récoTd- ^^^ Prélats attachez au Roi , ôc pour réprimer l'allégrefle des hationauRoi peuples, fut inutile. Ainfi malgré les défenfes réitérées qu'on a l'£ghfe. avoit faites de fortir de Paris , le peuple tranfporté de joye , fans craindre les peines dont on le menaçoit, ôc fans demander de pafleport, comme le Roi l'avoit ordonné, vint à S. Denis le ibir de la veille du Dimanche deftiné à la réconciliation du Roi. Il y eut plus d'habitans de Paris , que de Royaliftes , qui affifte- rent à cette cérémonie. Le Roi fe rendit à huit heures du ma- tin, à la porte de la grande Eglife, vêtu de blanc, accompa- gné d'un nombreux cortège de Princes, de Seigneurs, ôc de Gentilshommes, ôc fuivi de fes gardes Suifles ôc Ecoffois , ma- gnifiquement habillez. L'archevêque de Bourges aflis dans une chaire couverte d'un tapis blanc , où étoient reprefentées les armes de France ôc de Navarre, ôc tenant dans fes mains les faints Evangiles, l'attendoit dans l'Eglife avec le cardinal de Bourbon^les évêques de Nantes , de Sées , de Digae , de Mail- lezais, de Chartres, du Mans ôc d'Angers, avec René d'Ail- ion nommé à l'Evêché de Bayeux, ôc David du Perron nom- mé à celui d'Evreux j les Curez de faint Euftache , de S. Suîpice , de S. Merri ôc de S. Gervais. L'Archevêque lui ayant demandé qui il étoit, ôc ce qu'il demandoitî il répondit qu'il étoit Roi, ôc qu'il demandoit à être reçu dans le fein de l'E- glife Catholique, Apoftolique ôc Romaine. L'Archevêque lui ayant demandé s'il le vouloitfincerement, le Roi répondit en- core qu'il le fouhaitoit de tout fon cœux 3 ôc fe jettant à genoux>
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DE J. A. DE THO U, Liv. CVII. SB
il protefta devant Dieu qu'il vouloit vivre ôc mourir dans l'E- mi—*— .giife Catholique , Apoftoliqueôc Romaine, la défendre envers Henri ôc contre tous, au péril même de fa vie, & qu'il renonçoit à j y^ toutes les héréiies qui lui écoient contraires. Enfuite après avoir j ^p ,^ donné à l'Archevêque une profelïion de foi , lignée de fa main, il fut relevé par ce Prélat , 6c par le cardinal de Bourbon , ôc après avoir fait ouvrir avec beaucoup de peine par fes gardes la foule du peuple qui étoit dans l'Eglife, on le mena par la nef au grand Autel, au bruit des acclamations du peuple. Il répéta fa proteftation , & ayant fait le figne de la croix , il bai- fa l'Autel. Enfuite il fe retira fous un pavillon élevé derrière l'Autel , où l'archevêque de Bourges entendit fa confelTion, & lui donna l'abfolution, tandis qu'on chantoit en Mufique le Te Deum : après quoi , conduit fous un dais femé de fleurs de lys d'or, il entendit la MelTe, que l'évêque de Nantes célébra. Toute l'Eglife retentifToit des acclamations du peuple , ôc des fouhaits qu'il lui faifoit d'une longue vie. Le Roi leur fît jetter de l'argent , ôc retourna avec la même pompe au Monaftére de S. Denis: ôc méprifant le danger où il expofoit fa vie, fur laquelle les affafîins pouvoient alors attenter , il voulut qu'on îaiiTàt entrer tout le monde. Le concours fut Ci grand dans la (aile où il mangeoit, que la table penfa être renverfée. Après le dîner, il aflifta au fermon que prononça l'Archevêque de Bourges , ôc il entendit les Vêpres.
Le duc de Mayenne avoit ordonné inutilement qu'on fer- mât les portes de Paris. Pendant ce tems-là les Théolo- giens ligueurs , laiflant, comme ils le difoient, à ceux de faint Denis cet endroit de l'Epître de S. Paul aux Romains , où il parle de la foûmiflion de la chair, prirent occafion de l'en- droit de l'Evangile , où Jefus-Chrift avertit de fe garder des faux Prophètes, pour fe déchaîner avec une fureur inconcevable contre la converfion du Roi. Ils s'étendirent fur les exemples de Confiant ^ , qui ayant été admis par Vitalien dans l'Eglife , fit faccager enfuite la ville de Rome par fes foldats j ôc de George de Bohême, qui après avoir fait fa profefTion de foi.
I Confianùi , il faut lire Conflanth:
c eft une faute ou de Gopilte , ou d'im-
preffion ; peut-être même une faute de
fcience ou de mémoire , dans ces Pré-
Tome XIL
dicateurs plus furieux qu'éclairez , que M. de Thou appelie Theologajiri , & non pas Theologi
54 HISTOIRE
^^ voyant le royaume fournis à fa puifTance , fît mettre en priforiJ Henri les légats du Pape. Ils déclamoient fur-tout contre les faux évê- Iv. ques , qu'ils accufoient d'avoir donné lieu à ce fcandale^ de '^593* s'être foûlevés contre l'autorité de l'Eglife , & contre fon fou- verain chef? d'avoir déchiré par un fchifme honteux la robe fans couture de Jefus-Chrift j d'avoir profané le miniftere facré? d'avoir divifé le peuple ôc conduit ceux qui les avoient fuivis à Bethel, pour adorer les faux Dieux 5 enfin d'avoir par une hor* rible impieté arraché l'Eglife de France du fein de l'Eglife univerfelle fa mère. Ils difoient que l'Apôtre ordonnoit que tout fefit dans l'Eglife avec ordre: que les hérétiques étoient anathematifés tous les ans , & retranchés de la communion des fide!es par le fouverain Pontife: qu'ainfi ils ne pourroientêtre rétablis que par lui , ôc non par d'autres , fur-tout lorfqu'il s'a- giiToit d'un grand Prince : Qu'il falloit rapporter les caufes ma- jeures au fiége apoftolique : Que ceux qui avoient abfous Hen- ri de Bourbon des cenfures portées contre lui , avoient encouru eux-mêmes cqs cenfures , ôc que deftitués de- toute autorité légitime , ils relTembloient à des aveugles , qui conduifent d'au- tres aveugles: Que leurs affemblées étoient des conjurations, leurs prières des blafphêmes contre Dieu , leurs bénédidions des anathêmes, leurs abfolutions de nouvelles cenfures, leurs- Sacrifices un pain de douleur , qui foùilloit ceux qui le man- geoient: Que S. Pierrette prince des Apôtres, avoir dit avec vérité , que 11 quelqu'un étoit avec ceux qui n'étoient pas ré- conciliés avec le Pape , ôc parloit à ceux à qui il ne parloir pas; il étoit au nombre de ceux qui veulent exterminer l'Eglife da Dieu : Que paroifTant être avec nous de corps , ils n'y étoient pas d'efprit Ôc de cœur : Que les Evcques avoient beau dire qu'ils n'avoient agi que par précaution , ôc uniquement pour abfoudre le roi de Navarre dans le for intérieur , qu'il ne falloit ufer ni de précautions ni de finefies , mais agir avec fincerité & fimplicité , n'avoir égard qu'au falut ôc à la vie éternelle , Ôc non à à^s vues poUtiques , à des raifons d'Etat , à dQs in* lerêcs qui ne regardent qu'une vie périifable ôc paffagere : Qu'il falloit venir à l'Eglife parle grand chemin, c'eft-à-dire félon les régies prefcrites , par les Conciles ôc les Papes î qu'on de- voit y entrer, non par les fenêtres , mais par la porte , ôc avec celui qui aies clefs du ciel : Qu'ainfiils exhortoient les peuples
DE J. A.DE TIÎOU, Liv. CVÎÎ. ^f
â tie fe pas laifTer ébranler i mais à perfeverer dans la foi ôc à attendre le jugement de celui , qui éclairé par le S. Efprit Jes Henri conduiroit dans la voye du falut par la puiffance qu'il a re(;ûë j y de Dieu fur les âmes , 6c régleroit toutes chofes avec fageffe ôc i ç o *?. équité.
Parmi ces Do£le«rs Jean Boucher curé de S. Benoit , après avoir fi fouvent déchiré le feu Roi par des difcours furieux ôc outrageans , n'épargna pas fon fucceffeur. Il prononça dans i'églife de S. Méry neuf difcours fur la feinte converfion de Henri de Bourbon prince de Bearn , ôc fur l'invalidité de Tab- folution qu'on lui avoir donnée : il les fit imprimer l'année fuivante le premier de Mars , ôc les dédia au cardinal de Plai- fance. Ayant été obligé dans la fuite de quitter Paris , il les fit réimprimer à Douai : ni le changement des affaires , ni les différentes conjonâures ne purent calmer la fureur de cet ef- prit féditieux. Quelque tems après Jean Guarin , cordelier -Savoyard j eut l'impudence , après avoir prononcé un difcours iur le même fujet , d'exhorter les auditeurs à prier Dieu de ne pas permettre que le Pape, qui éroit toujours , difoit-il, con- duit par le S. Efprit , ôc qui ne pouvoit jamais errer dans la foi ) fe laiffdt fléchir par les prières du Bearnois , ôc lui accor- dât Tabfolution.
On ferma pendant tout ce tems-Ià les portes de Paris. Le peuple auiïi inconftant dans fa haine , que dans fon amour, faifoit éclater fon indignation. Plus on le retenoitdans la ville, plus il témoignoit d'attachement pour fon Roi , ôc fembloit aimer avec tranfportun Prince, qu'il avoit autrefois détefté. Enfin le premier d'Août on publia une trêve générale de trois mois. Le duc de Savoye en étoit excepté j on lui offroit néan- moins de l'y comprendre.
Six jours après , jour de la fête de la Transfiguration j iî fe fît fur le foir , par les foins du Légat , une aflemblée tumuîtueu- fe, où l'on confentit à. la publication pure ôc fimple du con- cile de Trente , qui avoit toujours été rejette auparavant , lorf- que le Royaume étoit tranquille. Ce Concile n'avoit été reçu depuis peu que fous de certaines conditions. On remit cette publication à une aflemblée plus nombreufe , qui fe tint deux jours après. Le duc de Mayenne, pour appaifer le Légat irri- té de la çondufioa de 1^ trêve j ôc pour afFçrniîç en même tems
Eij
55 * HISTOIRE
» fa puiflance , fut d^avis de faire renouveller le ferment d'union -, jj £ {^ 1^ j Ôc le fit lui-même le premier , après avoir prononcé un difcours JY^ étudié. Il renvoya enfuitc TafTemblée des Etats au mois.de j ç p 3 Septembre fuivant. Les députez dévoient s'y trouver, pour exa- miner les articles dont on n'avoir encore pu délibérer. Il ajou- ta qu'il étoit libre , à ceux qui le voudroient,de fe retirer pen- dant ce tems-là. Il fit enfuite entrer le Légat , avec qui tout étoit concerté. On lut tout haut l'ordonnance, touchant la ré- ception pure ôc firnple du concile de Trente. Difcours du Tout le monde gardant un profond filence , le Légat prit ^^o^^' la parole. Comparant le royaume de France à un vaiffeau bat-
tu de la tempête , il dit qu'un pilote prudent devoit plier les voiles, ôcjetter i'anchre, jufqu'à ce que les vagues s'étant ab- baifiées , la mer reprît fon ancien calme 5 qu'il pouvoir alors continuer fa route , ôc hifler fes voiles : Que cette illuftte af- femblée, éclairée des lumières du S, Efprit , avoit fuivi cette fage conduite ; ôc que voyant les orages excitez dans le Royau- me par les hérétiques , elle avoit , pour éviter de faire naufrage > jugé qu'il falloir prudemment céder aux rems pour conduire au port ce grand vaifleau , également chargé des intérêts de la religion & de ceux de l'état : Qu'elle avoit en attendant jette deux anchres foîides , pour le mettre à couvert des flots ; que ces deux anchres étoient la réception du concile de Trente , & le renouvellement du ferment d'union : Que cette double a£tion procureroit à l'aflemblée une gloire immortelle : Qu'il la remercioit en fon nom , & en celui de fa Sainteté : Qu'il of-- froit de partager avec le duc de Mayenne , qui avoit heureu- fement jufqu'alors tenu le gouvernail , le foin de conduire ce vaiffeau : Qu'il avoit réfolu de prendre part au péril commun, & de regarder du haut du mât les flots couroucez, jufqu'à ce que la tempête étant appaifée , il découvrît ces feux propices, à- la lueur defquels on pût reprendre courage, & arriver enfin par le fecours du ciel à cet heureux Port, objet des vœux de tous les Catholiques : Que fi tout ne réûfliiToit pas félon leurs defirs , il faudroit s'armer de patience, ôc rendre toujours grâces à Dieu des fuccez qu'il avoit accordez^ ôc le preffer continuellement, pour attirer les grâces qu'il avoit voulu différer : Qu'il les ex- hortoit donc de venir avec lui à l'Eglife prochaine, prier Dieu^ pour le falut public.
DEJ. A. DETHOU,Liv. CVII. ^7
Le cardinal de Pelîevé , que la vieilleile avoit rendu fort babillard , prit après lui la parole , ôc aima mieux faire un dif- tt ^ j^ |^ \ cours ridicule , que de ne pas prendre part aux éloges que l'on j y. donnoit à la publication du concile de Trente. On alla enfuite .,
à l'églife de S. Germain l'Auxerrois j & on y chanta avec beau- ^ ^" coup de pompe le T^ Demn.
On reprit incontinent après l'affaire de l'Abbé de StQ Gène- Affaire de vieve. Il fut d'abord interrogé par des CommifTaires nommez l'Abbé de Ste par le duc de Mayenne. Enfuite , à la réquifirion du Légat , ^«"«vieve. le Duc confentit aifément à lui renvoyer la connoiflance de cette affaire. Le Légat nomma pour juges Gilbert Genebrard archevêque d'Aix ôc les évêques de Senlis & de Vannes j mais l'archevêque d'Aix, fut exclus du jugement, parce qu'il avoit fi- gné des lettres , où l'on offroit le royaume de France au Roi d'Efpagne. On lui fubftitua donc Jean du Vivier, confeiller au Parlement ôc Chancelier de l'Univerfité. Ces juges ayant fom- mé l'Abbé de répondre aux accufations qu'on formoit contre lui , il leur demanda avant tout , de qui ils tenoient leur autori- té; enfuite il demanda qu'on lui montrât l'ordre , ôc qu'on lui dît le nom de fon accufateur. Les juges ayant refufé de ré- pondre à ces demandes, l'Abbé appelia comme d'abus, & fit fignifier par un huiffier fon a£te d'appel aux évêques de Sen- lis ôc de Vannes , avec une affignation à comparoir en leur nom au Parlement fur fon appel. On avoit inféré dans cet a£te, avant d'y mettre le fceau royal , une claufe , par laquelle on di- foit que l'affaire fero'it jugée fans bruit , félon le concile de Trente. L'avocat des Evêques demanda qu'on différât le ju- gement , prenant pour prétexte je ne fçai quels obftacles ', mais en effet pour avoir le tems de parler au Légat , dont l'autorité ctoit intefeffée dans cette affaire.
Le Légat voulant profiter de cette occafion , faifoit tous fes Le Légat ta- efforts pour faire abolir les appels comme d'abus , remède fa- ÏK^;?^,Jf !^! îutaire que nos ancêtres ont établi contre les injuftes entrepri- peis comme fes de la cour de Rome. Il croyoit que s'il pouvoit obtenir ^^^^^^ cette abolition , elle ne lui feroit pas moins glorieufe à Rome , que s'il fût venu à bout de faire élire un Roi. 11 preffoit donc ex- trêmement le duc de Mayenne d'ôter au Parlement la connoif- fance de cette affaire. Ce Duc fouhaitant d'un côté de faire pkifir au Légat 5 mais de l'autre fçachant que la fupprelBon de^
E iîi
3S HISTOIRE
appels entraîneroit la ruine de l'autorité Royale , & confe- quemment de la fienne , fe trouva dans une conjon6lure très- délicate î il prit le parti d'empêcher par fes menaces l'abbé de Ste Geneviève de pourfuivre le jugement de fon appel contre les Evêques , ôc d'ôter à ceux-ci la connoilTance de cette affai- re. Sur ces entrefaites l'Abbé , qui étoit toujours détenu en pri- fon, prétexta une maladie, qu'il fit attefter par les médecins; par ce moyen il obtint fon élargiflement , en donnant cautioa de fe reprefenter quand il en feroit befoin. Mais il profita de fa liberté pour fe retirer auprès du Roi. De cette manière il fe tira d'un fort mauvais pas ; & délivra en même tems le duc de Mayenne des inquiétudes que lui caufoit le Légat au fujet de cette aifaire. Le Roi en- Le Roi après fa réconciliation avec FEgîife avoit écrit à tous SadeVRo- '^^s Parlemens du Royaume , ôc particulièrement à ceux de me le duc de Tours & de Châlons , auffi bien qu'aux gouverneurs des pro- jN'evers. vinccs , & aux çommandans des places , pour les en inftruire.
Il fongea enfuite à envoyer au Pape une ambaffade folemnelle. Pour cet effet , il jetta les yeux fyr Louis de Gonzague duc de Nevers , feigneur né en Italie , qui y avoit beaucoup d'allian- ces ôc de terres. Il avoit d'ailleurs toutes les <^ualitez de l'ef" prit, néceffaires pours'acquiter de cette importante commif- lion. Le duc de Luxembourg fut piqué de cette préférence : il croyoit qu'après avoir été envoyé à Rome par les Seigneurs & les Princes François au commencement du régne de Henri ÎV. & avoir porté au Pape l'efperance de la converfion de ce Prince, on auroit dû le charger de cette ambalfade. On joi- gnit au duc de Nevers Claude d'Angennes évêque du Mans, prélat que fa do£lrine ôc fa pieté rendoient très-recommanda- ble; ôc Louis Seguier doyen de fEglife de Paris. David du Perron nommé à l'évêché d'Evreux, ôc Claude Gouin doyea du chapitre de Beauvais , connu par fa probité ôc par fon habi- leté dans le droit canon , eurent auflî ordre de faire ce voya- ge > mais le dernier s'en défendit fur fon grand âge , ôc le pre-» mier allégua d'autres raifons de fon refus.
Le duc de Mayenne de fon côté députa à Rome le cardinal de Joyeufe ôc Claude de Eeauffremont baron deSenefcey. Il envoya dans le même tems en Efpagne Henri des Prez de Monrpezat^ fils de fa femme ^ avcQ Pelifîier. Il avoit écriç
De J. a. de THOU, Liv. CVII. 5$
auparavant à Rondinelli , agent des affaires du duc de Ferrare à "^
la cour d'Efpagne , pour tâcher de juftifîer les obftacles qu'il Henri avoir mis à l'élettion du duc de Guife : il en rejettoit la faute I V. fur les intrigues, les artifices, les délais ôc lanibition demefu- i 5 p > rée des Efpagnols , qui s'étoient comportez avec peu de fincé- rité dans cette affaire j ôc il fe plaignoit de la crédulité de Ron- dinelli , qui avoit ajouté foi fi aifément aux bruits calomnieux que l'on avoit femcz de fa conduite , ôc n'avoit pas refuté ces calomnies , lui qui connoiffoit fa candeur , ôc qui fçavoit qu'il n'avoit jamais voulu autre chofe dans cette guerre, que mar- quer fon refped ôc fon attachement pour Philippe, dans tout ce qui ne bleffoit pas la Religion , fon honneur ôc la gloire du Royaume , dont on lui avoit confié le gouvernement.
Le duc de Nevers ayant demandé au Roi fon congé , pour fe préparer à fon départ , prit le chemin de Nevers , ôc donna ren- dez-vous àLangrespourun certain jour à l'évêque du Mans, ôc au doyen de Paris. On dépêcha devant eux Ifaie Brochard de la Clielle , avec des lettres en datte du 1 8. Août, dans lefquelles h Roi inftruifoit le Pape de fa fincere réunion à l'Eglife Catho- lique, qu'ilattribuoitàla grâce de Dieu ôc aux folides inflruc- tions des Evêques ôc des Théologiens François , ôc il lui pro- niettoit de lui envoyer bien-tôt une ambaffade folemnelle.
Dès que la CHelle fut arrivé à Rome , on y parla diverfe- ment du fujet de fa venue : les uns étoient furpris delà conver- fion du Roi j les autres s'en réjouïffoient en fecret , ôc atten- doient avec inquiétude les fuites d'un événement fi inefperé. "Les Efpagnols déclamoient contre cette converfion, qui ren^ verfoit tous les projets qu'ils avoient formez depuis tant d'an- nées. Ils faifoient tous leurs efforts, pour empêcher le Pape d'é- couter les conditions que lui propoferoit le Roi j tantôt on lui donnoit l'allarme j tantôt on lui faifoit efperer qu'on éliroitun Roi, comme il le fouhaitoit. Un Efpagnol , nommé Gonzalez Ponce de Léon, camerier du Pape, affez habile, ôc qui avoit déjà fait imprimer quelques ouvrages , publia à Rome un traité de la difcipline eccléfiaftique, dans lequel il tâchoit de prouveï qu'un relaps ne pouvoir être abfous ôc reconnu Roi, même par l'autorité du S. Siège. Ce livre fut imprimé cette année, Arnaud d'Offat, dont nous avons déjà fouvent parlé, Ôc qui fut dans la fuite élevé aux honneurs que méritoit fa vertu , répondit
40 HISTOIRE
^ à cet écdtpar un autre, qui courut manufcrit.dans Rome, où H
H E N R I ^^^ ^^^^ ^^^^ ^^^^ * ^"^ l'écrit de l'Efpagnol i'avoit été mal j Y Voici les raifons principales , que d'Offat employoit dans cet j ,- ^ ouvrage. « Un relaps pénitent peut & doit même être abfous ^' a» dans le for de la confcience par le fouverain Pontife, quel 3' que foit le nombre & la grandeur de fes péchez. Car dès »' que le plus criminel des pécheurs veut fincérement rentrer « dans la voye du falut , Dieu le reçoit avec bonté , puifque a' lui-même prend la qualité de médecin. Comment fe pour- " roit-il faire qu'il guérît le corps ^ la partie la plus vile de " l'homme , ôc qu'il ne délivrât pas l'ame , infiniment plus di- » gne de lui, & qu'il a rachetée de fon propre fang f Cette clé- M mence s'étend fur-tout au pécheur , hérétique , apoftat , ôc 8» fouillé des plus grands crimes. Dieu n'en excepte perfonne , « lui qui a pardonné tous les péchez, ôc qui peut iespardon- 3' ner au pécheur le plus endurci dans le crime, & à celui qui y 3' auroit perfeveré pendant quarante ans ôc même jufqu'à fon » dernier foupir. Il y a de l'impiété à defefperer de la miféri- î» corde de Dieu , comme s'il ne pouvoir pas fecourir en tout 0» tems un homme qui a recours à lui , ôc délivrer du fardeau » de fes péchez celui qui fouhaite effetlivement de s'en dé- 35 charger. La bulle de Lucius III. portée contre ceux qui "auront été convaincus d'être retombez dans l'héréfie, après 3s l'avoir abjurée , ôc avoir été relevez de l'excommunication M de leur Evêque , ne donne aucune atteinte à ces veritez; car M on ne doit pas entendre ce qui y eft dit, du for de laconf- « cience , ôc de tout ce qui a rapport au falut de famé j mais* w de la vie, des biens , des honneurs ôc des dignitez , comme « l'expliquent S. Thomas d'Aquin , ôc Alexandre IV. au li- 3ï xiéme livre des Décretales , chofes dans lefquelles on a befoin » de la difpenfe du Pape.
» Du refte voici à quoi fe réduit toute la queftion jc'eft de fça- m voir I °. Si le Pape peut. 2^. S'il doit permettre l'ufage de ces » biens extérieurs à un relaps pénitent ? Il eft indubitable qu'il as le peut : car lesconftitutions de Lucius, ôc autres femblables, 03 ne font que des loix arbitraires, que le Pape préfent par la plé- » nitude de fa puifTance peut abroger. Penfer ôc enfeigner 35 autrement, c'eft tomber dans une erreur grofÏÏere ; c'eft dif- î3 puter au S, Siège le pouvoir des clefs , que Jefus-Chrift lui a
confiées.
DEJ. A. DE THOU, Li V. CVII. 41
» confiées. Mais la queftion roule plutôt fur le fait , que fur ,..„,„_««.
« le droit, lorfqu'on demande, fi le Pape doit ufer dmdulgen- H '
»' ce envers un relaps f Car il eft vrai en général que pour ces ^ ^,^ ^
=» fortes de pécheurs , on doit avoir la feverité prefcrite par les
» loix , & que l'on ne doit la tempérer que pour des raifons ^ S 9 3'
=' bien importantes. Il s'agit donc de fçavoir fi Clément VIII.
'> doit permettre à Henri de Bourbon , quoique relaps , de
=» monter fur le throne de France f II eft certain que quelque
»> parti qu'on prenne , il fera ou très-utile , ou très-pernicieux à
» la Chrétienté. «
ce 11 eft fans doute à fouhaiter que le Roi ne donne aucun « foupçon fur fa Catholicité, en montant fur le throne •: puifque » le moindre foupçon fur cette matière feroit la ruine mfailli- »' ble de la Religion Catholique , ôc du Royaume de France. '> Mais après avoir mûrement examiné toutes les raifons qu'on » peut apporter de part ôc d'autre , il paroît avantageux à la =» Chrétienté de tempérer la rigueur des loix, & d'ufer d'in- « dulgence envers le Roi. L'utilité ôc la néceftité de l'Eglife o' eft laraifon principale , ôc à laquelle toutes les autres fe rap- *> portent. On peut compter entre les avantages que l'Eglife « en retirera , la tranquillité ôc la confervation du Royaume de =■> France , la réconciliation des Catholiques divifez entr'eux , S' ôc féparez du Pape, la ceflation de leur commerce avec les y» Hérétiques , le retabliffement de la Religion Catholique, « Apoftolique ôc Romaine , qui court rifque par ce Schifme 3> d'être abolie en France , le renouvellement de l'ancienne « difcipline entièrement défigurée, le recouvrement des biens a^ Eccléfiaftiques , ufurpez en partie par des Laïques , la repa- * ration des Monafteres ôc des Eglifes , qui font déferres de- « puis plufieurs années, ôc qui menacent ruine , la célébration w de l'Office divin, que la guerre a fait négliger dans les bourgs 35 ôc dans d'autres lieux j enfin la fupprefllon de ce nombre 05 infini de crimes , qui fe commettent impunément fans ref- ^ pe£i: pour la Divinité , ôc fans égard pour la charité Chré- 3' tienne, a»
«c On ne doit pas regarder comme le moins important de
55 tous ces avantages, la confervation du Royaume deFran-
3' ce , qui a toujours fecouru fi utilement l'Eglife : il n'eft à la ve-
o> rite d'aucune utilité pour le prefent j il caufe même beaucoup
. Tom.Xll F
i^i HISTOIRE
« de maux aux autres Etats î mais s'il reprend fa première fplen-
Henri" ^^"^** ^^ ^- Siège ôc les autres Royaumes y trouveront toû- T Y '* jours de puifTans fecours contre leurs ennemis i fes forces , ï T 9? " ^"^ s'épuifent depuis Ci long-tems fans aucun fruit, & même M à la ruine de la Religion, feront employées à la défenfe du !» Chriftianifme , à repoulTer les efforts des Turcs, qui voyant 3' les troubles dont l'Europe Chrétienne eft déchirée , viennent: » fondre fur elle. Le Pape alors délivré de toute inquiétu- M de , des dépenfes & des peines que lui caufent ces trou- ai blés , pourra pourvoir avec plus de facilité aux autres be- 35 foins , ôc les autres Princes Chrétiens pourront imiter fou a» exemple. »
« La néceiïité où l'on eft d'accorder au Roi une difpenfe, ^ fe tire des mêmes principes , ôc d'ailleurs de l'impolTibilité s» de pacifier le Royaume , ôc d'y affermir la Religion par une « autre voie , après qu'on a inutilement éprouvé tous les au- « très remèdes. Car (i Henri de Bourbon , qui poffede plus 3' de la moitié de la France, ôc qui a pour lui la plus grande M partie de la Nobleffe , a toujours eu le deffus , lors qu'étant « Hérétique il avoir à combattre des ennemis ii puiffans , il ell s» à préfumer qu'il remportera de plus grands avantages ^ après s» que fa converfion aura affoibli la puiffance ôc rallenti lafu- =î reur de fes ennemis. Mettre fa confiance dans les alfaffinats; » ôc dans les emprifonnemens qui menacent la vie de ce Prin- » ce, outre que e*eft un attentat abominable devant Dieu, Ôc « aux yeux de tous les gens de bien, un crime detefté par les » Payens mêmes, c'eft d'ailleurs une entreprife longue , diffi^» 9> cile , prefque toujours malheureufe ôc funefte , non-feule- 3» ment au criminel , aux auteurs ôc aux complices de fon cri- » me, mais aux perfonnes les plus refpe£lables , aux Rois, à 35 l'Empereur, au Pape, fur la vie defquels elle donne droit à oï un miferable d'attenter. Elire un autre Roi , outre qu'on Fa s» déjà inutilement tenté, ce n'eft faire autre ehofe qu'allumer » dans la France une guerre dont on ne verra jamais la lin j ôc M détruire la Religion Ôc le Royaume, s»
« Ces avantages ôc cette nécefîîté demandent qu'on reîa- «iî che un peu de la févérité des loix , afin de procurer à la » France de plus grands biens , ôc de détourner un déluge » de maux. Car on eft fouvent obligé^ félon faint Cyrille^
DE J. A. DE T H ou, Liv. CVII. 4§
d'abandonner quelque chofe de fon droit, pour gagner da-
vanta2:e. Puifqu'il eft donc manifefte que le Pape ne peut tt ^ ^, „ , en même tems , ôc retenir la leverite de la dilcipline , Ôc j y- conferver la Religion Catholique , ôc le Royaume de Fran- ce, il faut facrifier la difcipline au bien de l'Etat ôc du Chri- ^ ^ ^ ^* flianifme. On ne difconvient pas qu'à examuier la chofe en elle-même, fans égard aux circonftances des tems , il ne foit très dangereux de voir un Royaume gouverné par un Prince relaps , quoique rentré dans l'Eglife : bien des gens ont perdu leurs peines , en compofant de grands ouvrages fur cette ma- tière. Mais il eft bien plus dangereux de voir la Religion Catholique détruite dans un Royaume, par la continuation des guerres civiles. " « On peut compter d'ailleurs parmi les raifons que l'on a de w tempérer i'aufterité de la difcipline , la multitude des crimi- £^ nels. Cette multitude eft innombrable dans les troubles qui » agitent la France , & il eft bien difficile à ceux qui fçavent 33 l'état des chofes , 6c qui en jugent fainement, de décider quel M eft le plus coupable des deux partis. Mais enfin de quelque S5 côté que foit la juftice , la Religion Catholique en fouifre , » la difcipline eft anéantie , ôc les biens Eccléfiaftiques font o> ufurpez. Ce n'eft pas feulement en France , mais encore par- as mi les Nations étrangères , que les troubles de la France oc- M cafionnent de grands crimes -, en Angleterre , en Allema- 3> gne , chez les SuifTes , en Efpagne , en Italie, & à Rome M même , où les oreilles du fouverain Pontife entendent tous 33 les jours le tumulte qu'excitent les fanions. «
« Le droit Canon exige encore qu'on ait égard à la perfon- 35 ne de celui à qui on veut accorder une difpenfe : & quoi- » que la vie pafTée de Henri de Bourbon ait befoin d'indul- 35 gence , cependant comme on doit avoir égard plutôt à la 05 puiffance Ôc à la dignité des perfonnes dans ces fortes d'af- 31 faites , qu'à toute autre chofe , il faut examiner fi la févérité w n'eft pas plus dangereufe que l'indulgence > car quoiqu'il « ait fait, dit, ou penfé jufqu'à prefent , c'eft un Prince iflu de 35 la plus illuftre Maifon de l'univers , & le plus proche parent w du feu Roi. Si on examine fa perfonne , c'eft un Prince bra- M ve ôc puiflant , qui eft revenu à fEglife dans un tems oui les » Ligueurs ne pouvoient l'y contraindre , 6c qui ne pouvant
- Fij
i4 HISTOIRE
« être puni ni privé de fon Royaume à caufe du pafTé , fe fou-
Henri '' ^^^ néanmoins au Pape & au S. Siège. Il promet de mefu-
jy M rer à la grandeur ôc à la durée de fa faute fon zèle à pren-
i ^ Q :f, *' are la défenfe de la Religion, & à l'étendre déformais avec
" ardeur. Il déclare qu'il eftprêt d'en donner telle caution qu'on
3' exigera de lui. ^
« O'n doit donc prendre garde encore une fois , que par une »5 animofité particulière , ou par une haine perfonnelle , on ne ^ meprife des offres fi confiderables, que la Religion ne fe per- « de dans ce Royaume , que le S. Siège ne foit privé de fon « bras droit , Ôc de fon principal appui , & que la Chrétienté w ne foit enveloppée dans d'affreux malheurs , que cauferoit » une exceflive févérité. On peut ajouter à cela les vœux ôc les •1 defirs de tant des Catholiques , foit dans le Royaume , foit « hors du Royaume , qui conjurent le Pape de s'adoucir 5 car »» la plus grande partie du Royaume eft encore Catholique ^ Ôc »' a fignalé fa pieté Ôc fa valeur , en combattant fous Charle IX, » ôc fous Henri III, contre les Hérétiques ôc contre le Roi w de Navarre lui-même , lorfque l'intérêt de l'Etat n'étoit M point mêlé à celui de la Religion. Ils fupplient maintenant 0» Sa Sainteté en faveur de ce même Roi de Navarre , qui s'efl: 0» fournis à elle. Prefque tous ceux du parti contraire , fi on »• excepte quelques hommes ambitieux , prelfez des remords » de leur confcience , remettent toute cette affaire au juge- « ment du Pape, ôc attendent de lui cette paix, qu'ils fouhai- 05 tent avec tant d'ardeur. Ainfi l'on peut dire qu'ils prient ta- M citement le Pape d'ufer de clémence envers Henri de Bour- » bon : les François ôc tous les Princes étrangers , à la referve w d'un feul , fouhaitant de voir la paix régner en France , dé- firent la reconciUation du Roi avec le Pape , parce qu'ils regardent fes intérêts comme les leurs propres. Il ne feroit ni Chrétien, ni utile , ni fur, de meprifer le danger auquel font expofez tant de Catholiques , ôc de rejetter leurs prières ôc leurs vœux. =^
ce Qui pourroit empêcher le vicaire de Jefus-Chrift , de faire » grâce à un Prince, pénitent , en faveur de tant de peuples, » après que Dieu lui-même a crû qu'il étoit jufte de pardon- » ner , en faveur de dix juftes , les crimes de tant d'impies en- ^ durcis dans le péché ï On a coutume de dire que la guerre
a)
93
DE J. A. DE THOU, Liv. CVII. '4;
qui défoie la France > a été entreprife pour le falut du Royau-
>' me , ôc pour la défenfe de la Religion. Mais la chofe mérite Henri
0» bien qu'on examine en quel état l'un & l'autre fe trouvent j y^
3> maintenant j car il feroit honteux à ceux qui doivent juger 1 ? o ■>.
« cette affaire, de fe tromper dans une chofe de fi grande im-
» portance. Quels ont été les fruits de cette funefie guerre,
» qui dure depuis tant d'années f Elle a produit une divifion
M fanglante parmi les Catholiques : elle a donné de la confian-
« ce & de la tranquilité aux Hérétiques. Ce même prétexte
w de Rehgion a mis les armes à la main depuis 1585, contre
«> Henri III. Prince véritablement Catholique , ôc qui a été en-
3' fin cruellement aflaffiné. Cet attentat a ouvert le chemin du
» thrône à un Prince hérétique : fous ce fpecieux prétexte, on
05 a commis impunément les crimes les plus énormes , les fa-
M crileges , les parjures : on a pillé les Eglifes & les Monafte-
» res5 les incendies , les rapts, les inceftes, ôc les parricides ,
3' font devenus fréquens : la difcipline Eccléliaftique a été al-
» terée & abolie : les biens de l'Eglife ont été conférez à des
»> Laïcs, & à des femmes, & ufurpez dans plulieurs lieux. En-
» fin l'ofiice divin a été négligé, ôc le fouvenir de Dieu prefque
3' efi^acé de tous les cœurs. 3>
« Cependant les Ligueurs fe vantoient alors i qu'ils avoient » pris les armes pour reparer les maux que la négligence de » Henri III avoit caufez , pour rétablir la gloire du Royau- » me , ôc pour ramener le fiécle d'or. Ce font eux qui non-feu- 33 lement ont dégradé , mais anéanti la Majefté Royale : ils » ont mis la confufion dans tout le Royaume : ils ont dépouillé M de leurs charges les Magiftrats légitimes , ôc les ont fait mourir 9> indignement par ceux dont ces Magiftrats avoient juftement 9î puni les forfaits : ils ont transféré l'autorité à des gens décriez » par leurs crimes , ôc célèbres par leur feule audace : ils ont ex- » pofé les vies , les biens , les femmes , ôc les enfans de leurs »■> concitoyens à la brutalité , à l'avarice , à la violence ôc à la 3) fureur d'une foldatefque effrénée : ils ont détruit le goût des M fciences , le commerce , ôc les travaux des artifans : ils ont 35 fait difparoître tout à coup la juftice , l'ordre, les loix, les ju- 3> gemens , la difcipline , tant civile que militaire , les bonnes 35 mœurs, l'humanité , enfin la différence du vice ôc de la ver- « tu. Quand leur rage enfuite s'eft un peu ralîentie y ils oat
F iij
^6 HISTOIRE
« établi , feîoii le génie des peuples , ôc la nature des lieux; de » nouvelles règles de gouvernement. On a vu s'élever dans » plufieurs endroits de petits tyrans , qui ufurpoient les Provin- ^ S 9 3» " ^^^' ^ ^"^ s'emparoient des citadelles ôc des Forts confiez aux » Gouverneurs , & aux Commandans. Ils ont voulu rendre leur? 30 ufurpations héréditaires > & par le moyen de ces places , il? » ont captivé les Provinces ôc les villes. On a vu naître au mi- » lieu de la défolation , de la famine^ de l'éxil^ ôc de tous les 33 autres maux , un fiécle de fer , à la place de ce fiécle d'or qu'ils 53 faifoient efperer ', en forte que ceux qui fe plaignoient tant » de Henri III, ont fouffert plus de maux de la part de ces pré- ?» tendus réparateurs , qu'ils n'en avoient aprehendé fous la do- » mination d'un Roi légitime. Auflî les peuples ont-ils fait écla- ?» ter leur haine contre les auteurs de la guerre. »
« Les plus équitables & les plus modérez parmi les Ligueurs 53 ont montré combien ils deliroient la paix ^ par l'emporte- » ment qu'ils onr témoigné contre le Légat , qui s'oppofoit à =9 la conclufion de la trêve , & par la difpute qu'ils ont eue a> avec lui fur les devoirs ôc fur l'autorité du Pape. Mais à pré- » fent qu'ils ont goûté par le moyen de la trêve la douceur » du repos , comment pourra-t'on les replonger , pour fervir la 23 paffion d'autrui , dans une guerre fi pernicieufe ? Les chefs to même , quoique dévorez d'une ambition démefurée , ayant » néanmoins épuifé tous les moyens de retenir dans leur parti 50 les peuples , ôc les payis étrangers , perdront toute efperan- ?3 ce de fecours : la réconciliation du Roi à l'Eglife leur ôtera » bien-tôt tout prétexte de continuer la guerre. »
« On efi: certain qu'ils n'ont pas été trop unis enfembîe dès » le commencement de la guerre , qu'ils ont des vues ôc des in- » terêts differens , ôc qu'ils fe font toujours oppofez les uns aux 3> autres. Cette divifion les rend odieux aux peuples, fufpeds au » Princes étrangers, Ôc ennemis mortels les uns des autres. Il efî: 3» à préfumer, que déchus de l'efperance qui les animoit, inquiets » fur l'avenir, ôc voyant qu'ils ne peuvent pas ce qu'ils veulent, » ils voudront enfin ce qu'ils peuvent, ôc prêteront l'oreille aux » conditions avantageufes qu'on leur propofe. La honte ôc la » crainte de ceux dont ils reçoivent des fecours , les retient » encore : mais la volonté ne leur manque pas î ôc lorfqu'ils » en auront l'occallon, fi Sa Sainteté n'interpofe bien tôt foa
DE J. A. D E T H O U , L I V. CVIL 47»
*' arutorité , ils furmonteronr cette honte j ôc libres de leur crain-
'» te, ils feront la paix , fans attendre la difpenfe de Rome. Sa t^ j. ^ =» Sainteté eft donc très-intereflee à l'accorder , afin de con- t y » ferver fon autorité en France , d'éviter le Schifme , ôc '
» d'obliger Henri à accepter certaines conditions , pour la -
» fureté de la Religion 3 conditions :, qui le contiennent dans » le devoir, ôc lui laifTcnt moins de puiflance , après fon ab- » folution , qu'il n'en auroit, fi on ne la lui donnoit pas. »
« Mais fi Fon envoyé d'Efpagne & de Flandre une armée en a> France , comme on le publie, ôc fi la guerre fe rallume avec »' plus de fureur, combien de maux ne naîtront pas de cette « gaerre ? Le Roi en fouffrira le moins. Ce Prince élevé dans » les armes, regarde comme un jeu les fiéges, les batailles , ôC .» toutes les fatigues militaires : il vait avec plaifir des dangers » qui lui préparent de vaftes moiffons de gloire. Plus cette ar- as méc fera nombreufe , plus elle fera capable de hâter le fchif- » me ôc la ruine de la Catholicité ? elle favorifera davantage les 3» progrès derhéréfie, en donnant un nouveau fujet aux Fran- o-> cois , ôc aux autres peuples de détefler ceux , qui fous pré- m texte de défendre la Religion, expofent la Religion même ; » on en prendra occafion de décrier la bonté paternelle du fou- 2> verain Pontife, qui pouvant pacifier d'un feul mot le royau* » me de France ^ ôc prévenir par fa prudence tant de malheurs » qui menacent d'une ruine prochaine la Religion ôc TEtat j- p n'aura pas daigné le faire. »»
ce Enfin on doit confiderer , combien l'autorité du S. Siège eu- » diminuée aujourd hui 5 que F Afie , l'Afrique , ôc la plus grande => parti de l'Europe étant occupées par les Mufulmans Ôc les î» Sedaires , elle ne fe conferve plus entière, que dans l'Italie » ôc dans TEfpagne , ôc plût à Dieu que l'obéifTance que l'on 35 lui rend dans ce payis-Ià , fur auiïi fmcére qu'elle le paroît au » dehors , ôc que leurs Princes euffent plutôt en vûë le ref^ 3î ped dû au S. Siège ^ que leur grandeur ôc leur utilité parti» S) culiere. «
« Dans ces circonflances j on ne doit pas s'arrêter à de vaines ':» formalitez , ni méprifer un Roi pénitent, dontlapuiiTanceeftii •5 bien affermie : on doit avoir égard à l'intérêt d'un fi grand a Royaume , Ôc aux prières de tant de Princes , de Seigneurs ;, » ôc de peuples, Si^ pour quitter les payis étrangers^ nous voulons
4^ HISTOIRE
=' jetter les yeux fur ce qui eft plus prés de nous ,6c fur îa Cour de
^" ~" « Rome elle-même, il n'eft pas indigne de la prudence du fcu- j y M verain Pontife d'examiner , Ci les circonftances des tems per- M mettent d'avoir tant de févérité pour ceux qui font éloignez de ^ ^ j* M nous. Car s'il veut y faire attention, il remarquera aifément que 5' les vices qui régnent dans les autres Cours, le luxe Ja vanité, 3> le fafte , l'ambition , l'envie , la haine , la difïimulation , ôc l'ar- M tifice> ne font pas bannis de la Cour Romaine j que l'on n'y s> voit régner , ni une fainteté digne des Evêques , ni la chafteré, =» ni la do6trine, ni la modeftie , ni la charité , ni le mépris des « biens de la terre j que dans le maniment des affaires^ on n'a »> pas avec le Pape lui-même cette candeur, cette intégrité, « cette fimplicité , cette bonne foi, qu'il convient d'avoir avec »' le Succefîeur des Apôtres ; qu'on employé plutôt les reve- 3' nus Eccléfialliques à enrichir fes parens , qu'à nourrir les pau- a» vres, ôc à orner les Eglifes & les Monafteres. Ainfi puifqu'il 3> voit tant de chofes contraires à la régie , qui ayant befoin de 3> condefcendance ôc de patience, ne peuvent être réformées 3? fans ufer d'une violence intolérable , il eft de fa prudence de o3 confiderer , fi la févérité des Canons , qui font violez dans « Rome même ôc fous fes yeux, ne doit pas être tempérée, & >»5 adoucie, quand le bien de la Religion ôc de toute la Chré'- 9ï tienté l'exigent abfolument. «
Tandis que ces chofes fe pafibient à Rome , le Roi avec tou- te fa Cour, partit de S. Denis le 2 1 d'Août, ôc ayant paffé par le Fort de Gournai , par Crecy , & par Brie-Comte-Robert , il fe rendit quatre jours après fon départ à Melun , en prenant fur Je chemin le divertiflement de îa chaffe : il fongeoit à rétablir au miheu de ces troubles , le château de Fontainebleau , ex- trêmement défiguré , & prefque entièrement ruiné. Durant tout ce tems-là, Schomberg, de Thou, Revol, Villeroi, Belin, Ôc le Préfident Jeannin eurent des conférences , pour régler les difputes qui s'étoient élevées fur la trêve , à l'oçcafion de la- quelle ils traitèrent de la paix> d'abord à Pontoife , enfuite à Andrefy , ôc après le départ du Roi , à Milli ôc à Fleuri , châ- teau fitué en Gatinois , appartenant à Henri Clauffe Grand-Maî- tre des eaux & forêts de Tlfle de France, Le Roi qui aflifta de tems en tems à ces conférences, parut avoir un grand défir de la paixi ôc il parla d'une manière fi éloquente ôc fi touchante, que
les
D E J. A. D E T H O U , L i v. CVIL 4^
les députez même des Ligueurs ne purent s'empêcher de ver- 'm^^
fer des larmes. Henri
Sur ces entrefaites, on prit à Melun l'aflafFm Pierre Barrière, jy^ voiturier fur la Loire, demeurant à Orléans, envoyé autrefois i c- o ^. par le duc de Guife, pour délivrer Marguerite reine de Na- varre > tandis qu'elle étoit gardée par Marc de Beaufort, mar- quis de Canillac , à qui le Roi , frère de cette Princefle , en avoit donné le foin. Ce malheureux après avoir délivré la Princeffe, confpiration étoit devenu amoureux d'une fille qui étoit dans fa confidence : ^^ Bamere ayant enfin perdu l'efperance de l'époufer, il prit le parti du RqÏ ""* défefpoir. Ne défirant plus que la mort , ôc pouffé par fa fureur, il réfolut de tuer le Roi ? action que l'on difoit en fecret devoir être fort agréable à Dieu, ôc très- méritoire. Dans ce deffein^ilpaf- fa de l'Auvergne & duVelai,àLyon : il y voulut parler de fondef- fein à un grand Vicaire de TArchevêque , qui étoit Carme, à un Capucin , & à un ou deux autres Prêtres aufliimprudens, enfin à unDominicain Florentin,efpion deFerdinand grand duc deTof- cane , pour apprendre par fon moyen les deffeins des Ligueurs.
Ce Dominicain lui répondit , qu'il y penferoit mûrement j ôc îui ayant dit de revenir le lendemain chez lui , il avertit un des Gentilshommes de la reine Loûife, femme du feu Roi, nommé Brancaleon , qu'il fçavoit être attaché au Roi , de fe trouver à une certaine heure chez lui, pour lui montrer cet homme? afin que Brancaleon ayant remarqué exa£lement les traits de fon vi- fage 6c fa taille , pût le reconnoître dans quelque lieu qu'il le rencontrât, ôc le défigner aux autres, s'il étoit befoin. Le len- demain Séraphin Barchy ( c'étoit le nom de ce Dominicain ) les reçut tous les deux chez lui, ôc après avoir donné une réponfe ambiguë à ce miferable , qui couroit à fa perte , il le renvoya. Enfuite il découvrit à Brancaleon , pourquoi Barrière étoit venu le trouver, ôc l'exhorta à partir pour l'armée où alloit cet affafiin^ ôc à prévenir fon exécrable deffein, en le découvrant. Brancaleon partit aufii-tôt pour Nevers , où le Duc de ce nom étoit arrivé : craignant d'être pris en chemin , parce que la trêve n'étoit pas encore conclue Ôc publiée , il fit peindre l'hom- me qu'on lui avoit montré , ôc ayant donné ce portrait à une per- fonne qui alloit trouver le Roi par un autre chemin , il partit lui même pour Melun. Le duc de Nevers lui promit de payer fa rançon j s'il étoit pris.
TomeXlL ' G
50 HISTOIRE
^ Il fe paffa un tcms fi confiderable :, que Barrière eut le loifir
7Z de venir à pié de Lyon à Paris : il fe fît conduire d'abord chez
j y^ Chriftophle Aubri Curé de S. André des Arcs , natif d Eu , ville qui appartenoit à Henriette de Cleves, veuve du feu duc de > ^ ^* Guife, ôc par cette raifon^ plus attaché à la Ligue. Il lui décla- ra fon deiïein, difant qu'il lui étoit venu un fcrupuîe^ fur ce qu'il avoit appris que le roi de Navarre s'étoit fait Catholique ,, ôc il lui demanda s'il devoit perfifter dans fon deffein. Ce Curé féditieux le raffermit, ôc lui reprefentant la converfion du Roi, comme feinte & fimulée , il lui perfuada que le feul moyen de mettre la Religion en fureté, étoit de tuerie Béarnois j il don- na des louanges à fon zélé pour une caufe il fainte, ôc voulant encourager cet homme d'ailleurs intrépide, il le conduillr chez le Redeur du Collège des Jefuites , nommé Varade. Ce Reli- gieux lui ayant levé tous fes fcrupules, en lui alléguant les mê- mes motifs que le Curé, il l'anima de nouveau à pourfuivre l'exécution de fon projet, ôc le fit confefTer ôc communier par un autre Jefuite, qui ignoroit toute l'affaire. Barrière ainfi ani^ mé acheta un couteau , qu'il aiguifa tellement fur une pierre , qu'il lui donna un double tranchant. Barrière eft Barrière alla à S. Denis où le Roi étoit alors , ôc il le rencon- arrété. tra qui fortoit de la grande Eglife , après avoir entendu la iMef-
fe, environné d'une grande foule de monde. Quoiqu'il fût fort près de lui, une fecrette horreur l'empêcha de commettre fon crime ; il fembloit qu'on leretiroit en arriére , comme s'il avoit été lié d'une corde par le milieu du corps. De S. Denis il fui- vit le Roi à Gournay, à Crecy, à Champ-fur-Marne, à Brie- Comte-Robert, où il futconfeffé ôc communié par un Prêtre, ôc enfin à Melun , où il trouva plufieurs fois l'occafion de tuer le Roi , dont il ne profita pas mieux , par la permiflion de Dieu. Enfin Brancaleon arriva à Melun, ôc le fit arrêter par les Ar- chers du grand Prévôt. Brancaleon fut confronté avec Barriè- re , qui voyant que c'étoit cet homme, qui étoit chez le Domi- nicain , lorfqu'il lui demandoit confeil , avoua qu'il avoit à la vérité formé à Lyon le deffein de tuer le Roi, mais qu'ayant fçû que ce Prince étoit rentré dans l'Eglife, il avoit abandon- né ce projet, ôc que dégoûté de la vie, par les raifons dont j'ai parlé plus haut , il avoit voulu fe retirer chez les Capucins : Que dans cette intention, il étoit venu à Paris j mais qu'ayant
DE J. A. DE THOU, L IV. CVII. yi
été renvoyé à Orléans lieu de fa naiflance, il s'étoit en chemin arrêté à S. Denis, pour recevoir de l'argent, ôc des lettres de recommendation de François de Balzac d'Entragues, autrefois "■ ^ij ^ ^ Gouverneur d'Orléans. Ce fut ainfi qu'il expofa d'abord la cho- .
fe , afFe£lant une grande fécurité. Quand on lui montra ce ^^93* couteau à deux tranchans, qu'on avoit trouvé, il jura qu'il ne l'avoir deftiné à d'autre ufage , qu'à couper du pain ôc de la vian- de. Il vomilToit un torrent d'injures contre les Hérétiques ôc contre les Juges même nommez par le Roi. Il déclaroit qu'il étoit prêt de fubir la mort la plus cruelle par l'ordre de fes bourreaux , comme il les appelloit. Perfonne ne doutoit qu'il ne fût venu dans le delTein d'aflalïiner le Roi , ôc qu'il n'eût exécuté dans la fuite cet horrible delfein, fi Dieu ne l'en eût empêché. Ainfi il fjt condamné à la mort , d'une conVmune voix, par fes juges , qui ordonnèrent qu'il feroit auparavant ap- pliqué à la queftion , pour tirer de lui le nom des auteurs de fon crime, ôc de fes complices.
On remit fon fupplice au lendemain ^ parce qu'on voulut au- paravant arrêter le Prêtre qui l'avoir confefle à Brie- Comte- Robert. On mit pendant ce tems-là des gens auprès du crimi- nel, qui ignoroit encore fa fentence, pour lui reprefenter la grandeur de fon crime, ôc lui remontrer que ceux qui vouloient afTaflTmer les Princes , s'expofoient à être damnez éternellement. Le Dominicain Ohvier Berenger, qui avoit fuivi le parti du Roi pendant toute cette guerre , fit comprendre à Barrière l'énor- mité de fon projet. Le lendemain devant être appliqué à la queftion, ce malheureux parut tout à fait changé i ôc ayant en- tendu prononcer fa fentence , il demanda qu'on détachât les cordes qui le lioient, criant qu'il reconnoilToit fa faute, ôc qu'il étoit heureux de n'avoir pas commis le déteflable crime, qu'il avoit projette , ôc d'être tombé plutôt entre les mains des ju- ges , dont l'arrêt , en lui faifant perdre la vie temporelle , l'em- pêcheroit d'en perdre une infiniment plus précieufe. Enlui- te levant les yeux au ciel , il détefta fon crime , ôc ceux qui le lui avoient confeillé , ôc l'avoient expofé à un fi grand pé- ril, ôc à la perte de fon falut , en l'affûrant que s'il mouroit dans l'entreprife, fon ame enlevée par les Anges s'envoleroit dans le fein de Dieu , où elle joûiroit d'une béatitude éternel- le ; il dit qu'ils l'avoient averti ^ que s'il lui arrivoit d'être pris ,
G ij
^2 HISTOIRE
jjj^^j^jj^ & appliqué à la queftion , il fe gardât bien de nommer aucun
H^ ^^ „ de ceux qui lui confeilloient cette action i qu'autrement il fe-r E N R I . /-A Aa / 1, , , ^
jy roit lur d être éternellement damne.
Les juges avoient été d'avis la veille , en portant fa fenîence^ qu'à caufe de fon opiniâtreté ^ on tenailleroit d'abord avec un
pu vif. ^^^~ ^^^ chaud les parties charnues de fon corps -, qu'enfuite on lui brû- leroit le poignet, ôc qu'on l'expoferoit fur la roue , après avoir été rompu , pour arracher de lui par la grandeur du tourment, un aveu qu'ils n'efperoient pas tirer de lui par la queftion. Mais voyant qu'il avoûoit ingénument fon crime , même hors des tourmensj & qu'il paroifToit pénétré d'un fincere repentir, ils adoucirent fon fupplice. Barrière eut les membres rompus , Ôc ayant averti qu'on fe défiât de deux Prêtres de Lyon i dont il dépeignit la figure , ôc qu'on avoit engagez au même crime , un des juges chargé d'affifter au fupplice fit étrangler le criminel. On voulut empoifonner cette a£tion , en la rapportant au Roi ; Bonté extrê' mais ce bon Prince , bien loin de blâmer le juge , le loua de
cieduRoi. cette a6lion. Il déclara même qu'il auroit fait grâce au crimi* nel touché de repentir , fi on l'avoit amené devant lui , com-^ me il l'avoit fou vent demandé. Cela fe pafTa le dernier du mois d'Août. On s'enquit du coupable dans les tourmens , quels étoient fes complices, mais les juges ne lui demandèrent le nom de perfonne en particulier. Barrière dit que ceux qui l'avoient excité à tuer le Roi, lui avoient avant tout défendu à Lyon de découvrir fon deifein au duc de Nemours, ôc à Paris au duc de Mayenne ? en lui difant que ces deux Princes craignant le même fort pour eux , Ôc plus inquiets fur leur propre conferva- tion, que fur la fureté publique, le détourneroient de l'exécu- ter. Cette dépofîtion ayant été rapportée au Roi ^ il ne voulut pas qu'on l'inférât dans les régiftres, de peur que ces Princes; avec lefquels on efperoit de faire la paix , en ayant été infor- mez , ne fuffent choquez que le Roi eût eu de fembiables foup- çons d'eux , Ôc eût fait à leur fujet interroger un aflaiïin. Hainecontre ^^ jugement augmenta la haine qu'on avoit contre les JefuI-^
les jefuites à tcs j qui non contens d'avoir excité les premiers cette funellc
ce fujet. guerre,avoient encore expofé aux coups des alTaffins la perfonne facrée d'un Roi,foit par leurs fermons féditieux, foit en infmuant dans les confelîions le venin de leur effroyable do£lrine fur le parricide des Rois •> crime énorme ôc exécrable, que la colère du
DE J. A. DE THOU.Liv. CVII. s^
ciel ne tarde point à venger. Sixte-Quint, difoit-on , n'a excom- ^^^^^^^i». munie le roi de Navarre & le prince de Condé, que par la nécef- Henri fité ou le mettoit fa dignité de confirmer à cet égard les a£les de j y^ fonprédécefleur, trompé par les Jefuites.Ce Pape fe repentit en- i f p :?, fuite de cette démarche j ôc ce fut par cette raifon , qu'il rélégua à Lorette le Jefuite Claude Mathieu , qui faifoit figner enEfpa- gne ôc en Italie le ferment de l'union. Un autre Jefuite ^ ligueur furieux, & aufli fanatique qu'un Corybante , nommé Odon de Pegenat, mourut à Rome , dans les accès de fa rage ^ tandis qu'il exhaloit fa fureur dans fes fermons. C'eft ce qu'on publia alors dans des livres imprimez , pour rendre les Jefuites odieux.
Après la publication de la trêve j dont le duc de Savoyeavoit ^ ,• ,
,,i /^iij-R/r Ti- r r ■ Conduite dU-
cte excepte , le duc de Mayenne voyant que ce rnnce remioit duc de Ns-- de s'y faire comprendre, ôc que fon frère le duc de Nemours ^ mours. faifoit plufieurs démarches qui le rendoient juftemenr fufpedl aux Ligueurs, commença à devenir inquiet fur la ville de Lyon: car il avoir fçû des habitans que le duc de Nemours j après avoir quitté Paris pour venir à Lyon , fier de la gloire qu'il s'étoit ac- quife au fiégedc la Capitale, s'étoit comporté, comme s'il avoit eu deflein de fe réunir entièrement avec le duc de Savoye^ ô£ de fe féparer des Ligueurs , ôc par conféquent du duc de Mayenne. Il lui avoit d'abord envoyé Teniffei , avec des inf- tru£lions touchant réle£i:ion d'un Roi. Mais Nemours ayant appris dans la fuite qu'on n'avoir fait aucune mention de lui dans l'aflemblée des Etats tenue à Paris, il ne voulut point y envoyer de députez des Provinces qui lui étoient foûmifes. Il avoit aboli l'autorité des Magiftrats légitimes de Lyon, ôc s'é* toit fait un confeil compofé de gens qui lui étoient dévouez ^ la plupart étrangers. Ce Prince ne pouvant bâtir une citadel- le dans la ville même , avoit fortifié des poftes avantageux;, comme Toifîei , Tifi , Charlieu , S. Bonnet , Montbrifon , Bel-^ leville , Virieux , Condrieu , Vienne ôc Pipet , ôc avoit mis de fortes garnifons par tout. Il fongeoit a£tuellement à con» flruire deux citadelles dans Lyon , car celle que le Roi y avoir^ ne contentoit pas fon ambinon, Méprifant les ordres du duc de Mayenne , ôc n'ayant dans la bouche que le héros de Machia^ vel , il fuivoit dans le gouvernement public les maximes perni- cieufes de ce Politique, quiprefcrit de paroître religieux fans i être 3 de faire de grandes promefTes ^ de les garder quand nôtre
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jf4 HISTOIRE
■ intérêt n'exige pas que nous les violions , 6c de les vîolef
H E N R I ^'^'^"'^ ^^ ^^^^ nous en revenir de grands avantages. C'étoitlà
j Y le but des entreprifes fecretes qu'il avoit inutilement formées
ï c 4)'? ^^^ Mâcon , fur Lourdon , fur le château de l'abbé de Clugni,
quoique fon allié , ôc fur Bourg en Brefle , appartenant au duc
de Savoye fon parent. D'ailleurs le refus qu'il faifoit^ de pren-^
dre dans fes ordonnances publiques le titre de gouverneur
des Provinces qui lui étoient foûmifes , donnoit aflez à con-
noître qu'il afpiroit à une domination indépendante des loix.
Ce qui augmenta encore les foupçons que l'on avoit con- çus du duc de Nemours , fut que Claude de Beaufremont de Senefcei gouverneur d'Auxone en Bourgogne , ayant reçu une grofle rançon pour la liberté d'Alfonfe d'Ornano , qu'il avoit fait prifonnier , ce Duc irrité de cette attion , fit renfermer les enfans de Senefcei dans le château de Pierre-Ancife : il ne re- demanda plus la ran(^on d'Ornano ; mais il voulut qu'on lui livrât Auxone , menaçant Senefcei de lui envoyer la tête de fes enfans , s'il refufoit d'obéir à fes ordres.
Le duc de Mayenne informé de toutes ces démarches , ôc voyant à quoi elles tendoient , crut qu'il falloit prévenir les projets ambitieux du duc de Nemours. Il pria donc l'arche- vêque de Lyon d'aller en cette ville à l'occafion de la trêve : il lui recommanda d'attacher de plus en plus par fa préfence les habitans à fon parti , & de tâcher de faire échouer les en- treprifes du Duc , qui vouloit opprimer la liberté publique. L'Archevêque s'acquita heureufement de fa commifîion. Ce Prélat étoit piqué de voir que le duc de Nemours méprifoit fon autorité , dont il étoit extrêmement jaloux : il chercha donc une occafion d'exécuter fon deifein^ mais il voulut paroître plu- tôt l'offenfé, que l'agrefleur.
Le duc de Nemours avoit donné le gouvernement devien- ne , dont la perfidie de Scipion de Maugiron l'avoit rendu maître l'année précédente , à Dizimieu qui lui étoit tout dé- voué. Il lui avoit ordonné de venir le joindre avec l'élite de fagarnifon, ôc il l'attendoitle 18 deSeptembre pour s'emparer de Lyon avec fon fecours. L'Archevêque inf rmé de tout, fit garder la porte du Rhône par les habitans : ceux-ci repouflerent Dizimieu , qui s'y étoit prefenté hardiment avec fes foldats. Il y eut à cette porte un combat léger , où un des foldats qui
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gardoient la porte fut tué , & Dizimieu fut pris. Au bruit de ce " mouvement toute la ville courut aux armes , ôc l'on fit des bar- Henri ricades; comme on en avoit drefle cinq ans auparavant dans I V. Paris. Le duc de Nemours lui-même étant venu à cheval au i c p 3» fecours des fiens , fut arrêté par les habitans au bas du pont , ôc ramené à fa maifon , où l'on mit une forte garde. Le len- demain, qui étoit un Dimanche , il alla à la Cathédrale enten- dre la Mefle avec quelques gardes, afin de conferver les mar- ques de fa dignité. Mais la fureur du peuple s'étant augmen- tée, après qu'il eut entendu la Meiïe, non-feuîement on lui ôta fes gardes & fa fuite ordinaire , mais on le reflerra plus ^^ ^"^ "^^ étroitement. On fe faifit en même tems dans la ville de plu- anétéàLvon. fleurs perfonnes , que leur attachement pour ce Duc rendoient fufpedes : le plus remarquable fut Claude du Rubis, ligueur fu- rieux , qui déclamoit contre le Roi 3 ôc fomentoit la révolte par des écrits féditieux. On s'aflura auili d'une grande partie de la Noblefie.
Ces chofes fe paflerent dans Pefpace de deux jours. L'Arche- vêque fe voyant maître de la ville , alla au château de Pierre- Ancize^ dont on s'étoit emparé dès le premier jour du tumul- te : il en tira Charle de Coligni d'Andelot , que le duc de Ne- mours y avoit fait enfermer fur des foupçons , ôc l'y fit con- duire lui-même , avec une garde de SuilTes , ôc des habitans de la ville : Anne d'Ell, mère du duc de Mayenne , ôc qui aimoit tendrement le duc de Nemours , qu'elle avoit eu d'un fécond mariage , fe trouvant à Paris lorfqu'elle apprit cette fâcheufe nouvelle , ôc ayant fçu que tout s'étoit fait par l'ordre du duc de Mayenne , lui reprocha fa dureté , l'accabla d'injures j ôc au defefpoir de voir fon fils traiter fi indignement fon frère utérin > elle le menaça de le pourfuivre jufqu'à la mort. Le duc de Mayenne en rejetta la faute fur le peuple en fureur, ôc promit à fa mère de faire cefier ces foupçons injurieux , en délivrant le duc de Nemours. On commença donc à traiter de fa liberté avec les habitans de Lyon , par le moyen defquels l'Arche- vêque , qui avoit été fait gouverneur de la ville Ôc agréé par le duc de Mayenne , propofa ces conditions : Que le duc de Nemours abandonneroit les poftes qu'il occupoit aux en- virons de la ville Be Lyon : Que le marquis de faint Sorlin re* niettKoit entre les mains de perfonnes choifies dans le corps de
$é HISTOIRE
• la Nobleffe , toutes les places qu'il tenoit en Auvergne : Qu eii
Henri ^^^^"S^ ^^ ^^^ ^^ Mayenne lui donneroit un gouvernement T Y convenable à fa qualité ^ à cent ou du moins à quatre-vingt lieues i ^ q\ de Lyon. Le duc de Mayenne lui donna le gouvernement de Guyenne, avec les titres & les pouvoirs qu'y avoit eus le Roi de Navarre y ôc il le laifla maître de mettre garnifon dans quel- ques places que la Ligue avoit dans la Gafcogne. Ce traité fut fait à Lyon le 22 de Novembre , & ratifié l'année fuivante îe 4 de Janvier à Paris par le duc de Mayenne : mais il ne fut point exécuté , foit par les remifes du Duc , foit par les obftacles que les habitans de Lyon y apportoient tous les jours. Enfin les Lyonnois ennuyez de la guerre, abandonnèrent dans la fuite le parti de la Ligue, ôc remirent le duc de Nemours entre les mains du Roi , pour en ordonner à fa volonté.
Sur ces entrefaites , la trêve , qui devoit expirer à la fin d'Oc- tobre , fut continuée jufqu'au mois de Janvier. Il s'éleva dans Paris des troubles , en forte que le duc de Mayenne craignant pour fa perfonne,fit venir dans cette ville la garnifon de Meaux. Le peuple , lafîé de la guerre , n'afpiroit qu'au changement. L'augmentation des impôts fit naître des difputes très-vives , Ôc des plaintes très- aigres de la part des Parifiens, qui prefen- terentdes requêtes d'un air plus irrité, que fuppliant. Les per- fonnes judicieufcs regardèrent alors tous ces mouvemens^ com- me des pronoftics d'une révolution prochaine. Guerre en Lcs affaires avoient eu differens fuccès dans les Provinces : Bretagne. j^ -^^^ ayant envoyé Jean duc d'Aumont en Bretagne, avoit fait prendre les devants à François d'Efpinay de S. Luc, avec deux regimens d'infanterie levez en Poitou, avec fa compagnie de cavalerie, les chevaux-legers de du Border & de du Puis, 6c avec d'autres troupes de moufquetaires à cheval. Il fe joignit aux Anglois, qu'il fit paffer au nombre de trois cens, à la fa- veur de la chauffée d'un moulin , fur le port Raingeart baigné par la Mayenne , ôc éloigné d'une lieuë de Laval , que les Li- gueurs occupoient. L'ennemi s'étant apperçu de ce mouve- ment , ôc aimant mieux attaquer les Royaliftes détachez que réunis , tomba fur ce petit nombre d'Anglois , qu'il repouffa facilement jufque fur l'autre bord de la Mayenne. Mais l'ar- rivée de S. Luc ôc de Norris ranima les combattans , qui rom- pirent enfin l'ennemi , ôc le menèrent battant jufqu'aux portes
de
DE J. A. DE THOU.Liv. CVIL 57
de Laval. Les Anglois , animez par le fouvenir du carnage , que leurs compatriotes avoient elTuyé à FAubriere Tannée pré- cédente , tuèrent plus de deux cens Ligueurs.
Cependant le duc de Mercœur faifoit fortifier à la hâte , af- fez près de cet endroit, à fept lieues de Rennes, la Guerche, place qui avoir été démantelée quelque tems auparavant. Il avoit laifle dans la place , pour couvrir les travailleurs , quatre mille hommes, qui ravagcoient continuellement le payis aux environs : les habitans de Rennes prièrent S. Luc, quiatten- -doit le duc d'Aumont à Entraives & à Povancé , d'arrêter les courfes des ennemis, faint Luc repaffa la Mayenne une fé- conde fois , ôc ayant mandé Montmartin gouverneur de Vitré avec fa garnifon , il lui donna ordre d'amener deux cou- levrines fur leurs affûts , ôc alla camper devant la Guerche avec fa com.pagnie de cavalerie. La place fe rendit plutôt qu'il ne i'avoit efperé : la garnifon ne demanda pour toute condition que la vie fauve j les armes ôc le bagage furent pris, ôc les en- nemis s'en retournèrent avec un bâton à la main. Raton ,qui commandoit l'artillerie , fut dangereufement bleffé à la tête , en paflfant la rivière. Le colonel de la Lotiere périt à ce fié- ge. S. Luc retourna à Entraives , où il avoit laifle fon bagage ôc le gros de festroupes , ôc renvoya Montmartin à Vitré, avec les deux coulevrines qu'il avoit amenées.
Peu de tems après :, le duc d Aumont vint à Sablé dans le Maine , où les troupes le joignirent de tous cotez : le bruit qui fe repandoit qu'on avoit fait une trêve , l'arrêta pendant quel- ques jours auprès de Château-Gonthier, ôc aux environs des dvieres de Sarte ôc de Mayenne. Le duc de Mercœur s'étant ap- proché de Rennes , les habitans , dans la crainte qu'il ne l'affié- geât, à la faveur des intelligences qu'il y avoit, prièrent le duc d'Aumont par des lettres qu'ils lui écrivirent , de ne pas les aban- donner dans les conjondures prefentes , ôc de mettre à cou- vert de l'ennemi la capitale d'une Province confiée à fa gar- de. Le confeil de guerre fut d'avis, que S. Luc femît en che- min pour Rennes avec les chevaux-legers , le plutôt qu'il pour- roit. S. Luc partit de S. Loup au-deffous de Sablé , Ôc ayant paffé la Mayenne, il arriva à Vitré fur le foir : le lendemain il fe mit en marche dès le matin , ôc entra le 17 de Juin dans Rennes à la vue de l'ennemi , fans avoir perdu aucun des fiens: Tome XII. , H
Henri IV.
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yS HISTOIRE
■ 1 1 îl logea fes troupes dans le fauxbourg. Le duc de Mercœur
Henri ^^^^^ campé affez près de la ville ôc de Fontenay , place appar- j y tenant à BrifTac : il y eut quelques efcarmouches , fans qu'il i c 0 ? ^^ paflat rien de remarquable 3 feulement quelques Royaliftes ''* furent pris. Le duc de Mercœur voyant que fes defTeins fur Rennes n'avoient aucun fuccès , marcha vers Lamballe , & al- la former le fiége de Montcontour. Sarroûette , brave homme qui s'étoit enfermé dans la place par l'ordre de S. Luc , fit une longue & très-belle refiftance , quoique Je foflié ôc les murs ne valuflent rien. Il fit continuellement des forties , ôc incommo- da fi fort l'ennemi par fa moufqueterie , qu'il ne lui lailTa pref- que pas le tems de dreffer fes batteries , ôc de poufi^er la tran- chée. Il étoit fécondé par du Plefiis la Roche , enfeigne de S. Luc, qui fortant d'une fortereffe voifine , avec fagarnifon compofée de quatre- vingt cuiraffiers , Ôc de cent arquebufiers à cheval , harceloit fans ceffe les afliégeans.
Enfin le ducd'Aumont arriva à Montfort, avec quatre mille hommes d'infanterie , ôc cinq cens cavaliers compofez de la Nobleiïe de la Province : ce fut vers le tems que la trêve fe conclut. Le duc de Mercœur defefperant de prendre Mont- contour, ôc ne cherchant qu'un prétexte honorable pour fe re- tirer de devant cette place, ratifia le 14 d'Août la trêve, ôciî î'obferva fidèlement. Les Efpagnols croyant qu'elle étoit con- traire à leurs intérêts , ne laiflbient échaper de leur côté aucu- ne occafion de l'enfraindre , ôc mettoient tout en œuvre pour ranimer les peuples laflez de la guerre , ôc pour reveiller la haine dans les efprits. Don Juan d'Aquila chef des Efpagnols en ces quartiers, refufa de remettre en liberté un grand nom- bre de Gentilshommes , qui avoient été pris dans leurs niai- fons, où ils s'étoient retirez pour fe remettre des fatigues de la guerre : le duc d'Aumont les redemanda inutilement , ôc le duc de Mercœur ne put rien obtenir par fes inftances. Le duc d'Aumont reçut .alors des lettres , ôc des couriers , qui l'aver- tiflbient de pourvoir à la fàreré de la Province , ôc que tou- tes les efperances de paix qu'on avoir eues jufqu'alors, étoient vaines ; que la guerre alloit recommencer avec la même ani- mofiré qu'auparavant , lorfque la trêve feroit expirée, ôc qu'il falloir trouver des fecours dans la Province même. Il fît donc aflembler les Etats à Rennes , au mois de D ecembre.
DE J. A. DE THOU, Liv. CVII. ^o
On y refolut , fous le bon plaifir du Roi , d'envoyer Montmar- tin avec la Piglaye , la Mabouliere , ôc de Lauret en Angleter- Henri re ôc en Hollande. Montmartin alla demander l'agrément de l V. SaMajefté, qui étoit alors à Mantes 5 & étant enfuite rêve- j r'p ^. nu trouver le duc d'Aumont , il paiTa en Angleterre avec les AmbafTjde autres députez. De la Fin fieur de Beauvais , ambaiïadeur du au^"/jcT* Roi , les prefenta à la Reine : Montmartin remercia d'abord B^etagne.'^ Elifabeth , au nom du Roi ôc de la province de Bretagne , des fecours qu'elle y avoir envoyez 5 ôc ayant expofé en peu de mots l'état de la Province , il dit que le danger de la Breta- gne intereflbit particulièrement l'Angleterre : que les Efpa- gnols n'avoient tant d'envie de l'envahir, que pour s'afTurer d'un payis , d'où ils puflent , quand l'occafion feroit favorable, faire une defcente dans la grande Bretagne : Que pour exécuter ies projets des Efpagnols , il n'avoit manqué à cette flotte re- doutable , l'ouvrage de tant d'années, ôc qui avoit allarmé l'Eu- rope entière , qu'un Port, par le défaut duquel elle avoit péri miferablement , après avoir combatu plutôt contre les vents, que contre les Anglois : Qu'il prioit donc la Reine de ne point rappeller les troupes auxiliaires , mais au contraire de les groflir jufqu'au nombre de quatre mille cinq cens î d'envoyer du ca- non , des boulets , de la poudre , ôc autres munitions de guerre, afin de chafler les Efpagnols ôc les Ligueurs des places de la Côte : Qu'ils étoient prêts , avec l'agrément du Roi , dont ils avoient des ordres précis à ce fujet , d'obliger la Province à rembourfer à la Reine les frais qu elle feroit pour cette expé- dition.
Elifabeth fit rcponfe aux Députez , qu elle ne vouloit pas abandonner fon très-cher frère Henri , qui foutenoit la caufe commune dans un tems 011 il avoit plus befoin de fecours : Qu'elle entendoit que les Anglois qui étoient en Bretagne y reftaffent, pendant que le général Norris pafTeroit en Angle- terre, afin de prendre avec lui de juftes mefures au fujet des fecours qu'on lui demandoit : Qu'en attendant on afligneroit un endroit commode aux Anglois , qui étoient malades , ôc aux bleilez : Que Pimpol leur avoit fait plutôt du mal , qu'ils ne s'y étoient rétablis , foit parce que cette place eft trop refferrée; foit à caufe de l'intempérie de l'air. Sur cette réponfe Mont- martin retourna , de l'avis de l'ambafTadeur Beauvais , vers le
Hi;
6o HISTOIRE
m Roi, afin de prendre fes ordres, & de les porter au duc d'Âu- Henri ^'^^o^^^' Les autres Députez allèrent en Hollande, pour engager jY^ les Etats à fournir des fecours de leur côté. i t n y. Peu de tems auparavant Sablé , ville du Maine , dans la- quelle Candebry étoit avec une garnifon, fut furprife de nuit par Tennemi : la perte de cette place fut plutôt un effet du de- fefpoir, OUI les vexations du Gouverneur avoient mis les ha- bitans , que d*aucune haine particulière contre le Roi. Ils ga- gnèrent à force d'argent un des domeftiques de Candebry> qui les introduifit dans la citadelle , ôc ils tuèrent le Gou- verneur. Diverfes Avant quc la trêve eût été conclue , Charle de CofTé comte
les Pionnccs ^^ Briflac , qui s etoit enfermé dans Poitiers , vit bloquer cet- te ville , ôc élever des Forts tout au tour pour fermer les pafTa- ges : on efperoit que cette grande ville, ne recevant plus de vivres de la campagne , feroit obligée de fe rendre. Jean de Sourches de Malicornes gouverneur de Poitou , Claude de la Trimouille duc de Thouars , Louis de Châtaignier d'Abin , Gafpard de Rochechouart de Mortemar , Jean Baudean de Parabere lieutenant de Malicornes , Pierre de Chouppes , ôc d'autres officiers étoient à la tête de cette expédition , pour la- quelle la Province eut ordre de fournir une grande fomme d'argent : tout le fruit qu'on retira de ce blocus , qui n aboutit à rien , fut que l'argent qui ne put être levé avant la trêve , entra dans les cofres du Roi , ôc eut une toute autre deflination. Sur ces entrefaites , le capitaine du Bois , qui étoit à la folde de Claude de la Châtre gouverneur du Berry , furprit pendant la nuit la ville de Celles , que François de Bourbon prince de Conti avoit emportée l'épée à la main deux ans auparavant : du Bois s'étant rendu maître de cette place , fit de continuels ra- vages aux environs.
Quelque tems après David Bouchard vicomte d'Aubeterre; gouverneur du Perigord , remporta l'avantage dans un combat contre les Ligueurs. Pendant la trêve, que le maréchal de Ma- tignon , gouverneur de Guyenne , avoit conclue devant Blaye qu'il afïîégeoit , on apprit que Henri des Prez de Montpezat ayant ramaffé des troupes dans le Quercy,ôc dans l'A génois, alloit entrer dans le Perigord, qui n'étoit pas compris dans la trêve. Le vicomte d'Aubeterre fe prépara à l'aller chercher entre la
DE J. A. DE THOU, Liv. CVII. 6r
Vezere ôc la Dordogne. Il avoit deux pièces de campagne , ôc ^ ^i.-« .^-.
trois regiiiiens d'infanterie, commandez par Rignac, Mezie- Henri res & Saufenac. La Nobleffe des environs, qui étoit du parti j y^ du Roi , fe joignit à la cavalerie du Vicomte : la compagnie de i ç o "-> / Jacque Nompar de Caumont de la Force , commandée par ^/
d'Efcodeça de Boiflc , ôc la compagnie du baron de Benac vinrent aufl] groffir fes troupes.
Le Vicomte ayant été informé que l'ennemi étoit campé de- vant Fontenilie proche Villefranche, prit les devants avec Pons de Lauziere de Themines ; mais ayant trouvé la place déjà rendue , ôc l'ennemi qui fe retiroit à Govionac , fa diligence ne lui fervit de rien, 11 reprit Fontenilie , qui fut abandonnée parMontpefat, ôc il ramena fes troupes à Bellevez. On lui avoic dit que la diifention regnoit dans cette ville , ce qui l'avoit engagé à s'en approcher j mais ayant eu avis que l'ennemi mar- choit à grandes journées à Carennac , place forte , pour s'en emparer , dans la vue d'avoir fous le canon de cette ville une plus grande facilité pour traverfer la Dordogne, il aima mieux prévenir l'ennemi : il donna la commiiïion à Themines de paf- fer la rivière à Domme , afin de furprendre la Noblefle du Pe- rigord ôc du Limoufin , qui s'avançoit en hâte pour joindre Montpezat. Le Vicomte fit pafler la Dordogne à fes troupes à Sivrac le 6 d'Avril , ôc feignant d'en vouloir à S. Quentin , vil- le voifine de Sarlat , il laiiîà le régiment de Mezieres devant la place y ôc s'étant avancé au-delà de Salignac , il marcha à Borreze. Il manda enfuite Themines qui étoit à Calignac ', Ôc ayant donné ordre au baron de Benac , qui conduifoit l'artil- lerie , de fe rendre auprès de lui , il rappella Mezieres , qu'il avoit laiffé à S. Quentin : il prefla fa marche vers Carennac , ôc rangea fes troupes en bataille devant l'Hôpital proche Tu- renne..
Ce fut dans cet endroit qu'il fçut que Montpezat avoit fait pafTer la rivière à prefque toutes fes troupes , ôc qu'il les avoit logées à Verac ôc aux environs : il étoit encore incertain Cl l'ennemi pafleroit la Vezere à Terraifoni ou à Monrigniac^ c'efi: pourquoi on retarda un peu la marche. Cette incertitu- de fe diffipa bien-tôt, à la vue d'une lettre de Montpezat à Beauregard ôc à Raftignac , qu'on avoit furprife î il leur man- doit que Lignerac l'avoit averti d'éviter de pafler par la vicomte
H 111
<^2 HISTOIRE
de Turenne , où II y avoit du danger, ôc d'aller à Limoges : que Henri Suivant cet avis il avoit deflein d'aller à Cournil , place qui 2 Y^ avoit deux châteaux, peu éloignée de Gimel , oii il les prioit i <r g :> de le venir trouver dans deux jours. Le vicomte d'Aubeterre voyant que l'ennemi prenoit un chemin oppofé , changea aufïï fa route. Il fit prendre les devans à Themines avec un déta- chement de cinquante chevaux, & autant d'arquebufiers, de- vancez par Bourfoles , qui étoit à la tête de vingt arquebufiers : il conduifoit lui-même le corps de bataille avec de Boifle, de Boisjourdan , ôc cent Gentilshommes. Il arriva le cin- . quiéme jour fur le foir au bourg de Chaftain, dans le tems que l'ennemi alîoit de Puech-Darnac à Cournil. Il avoit avec lui un détachement de fix cens hommes d'infanterie levez en Lan- guedoc & en Gafcogne. Ils fe retirèrent dans le bourg , à la vue des Royaliftes. Themines paffa devant eux , ôc marcha à Cournil.
Pendant ce tems-là , la cavalerie s'approcha de cette place t qui eft fituée entre deux châteaux , dont l'un eft au-deffus ôc l'autre au-defTous. Themines attaqua l'un de ces châteaux, où l'on ne peut arriver que par un fentier étroit , que les enne- mis avoient bordé d'arquebufiers des deux cotez. La Morelie; qui commandoit les chevaux-legers, s'étant avancé à la faveur de ces arquebufiers , engagea Tadlion trois fois : il fut enfin repouffé par Themines, qui y perdit fon cheval; un grand nombre de No- blelfe fut aufiTi démontée dans ce choc. Le Vicomte étant arrivé avec fa cavalerie , fe prépara à attaquer la ville , dans laquelle Montpezat s'étoit enfermé : mais il en fortit habilement, à la fa- veur d'une colline qui le couvroit, pendant qu'on croyoit qu'il fe preparoit à la défenfe.
On peut entrer dans Cournil par trois difFerens cotez. Le Vicomte ayant pris le chemin du milieu, tomba fur la More- lie qui étoit aux mains avec Themines, ôc le mit enfin en dé- route. Il le pourfuivit jufqu'aux portes du château qui eft au- deifus de Cournil , qu'on lui ouvrit. Dans le même tems The- mines s'étant jette fur ceux qui fuyoient au travers de la ville, il les pouffa jufqu'au château , qui eft au-deffous , ôc tua ceux qui ne purent s'y retirer. Après cette expédition , les chefs allèrent à Chaftain pour attaquer l'infanterie ennemie, qu'ils croyoient être encore dans ce bourg. La nuit ctoit déjà obfcure : ils
DE J. A. DE THOU, Liv. CVII. €3
lai/Terent au tour des deux châteaux , Montagrier de Cherman ^ Mauriac, ôc Boisjourdan , avec cinquante cuiralfiers, & Tj ■
avec aflez d'arquebuHers, pour en continuer le fiége. Mais la !" Jl ^ ^ ! Vergne avoir déjà pris fes précautions : il avoir divilé fes trou- j
pes , dont il avoit envoyé une partie à Carennac par un chemin ^ S ^ h i
oppofé, avec une pièce de campagne : s'étant mis à la tête ?
de quatre cens hommes , il arriva par des chemins difficiles à j
Fun des châteaux, où il entra par les derrières, qu'on n avoit I
pu inveftir, faute d'un aflez grand nombre d'arquebufiers. Le t
Vicomte en ayant été informé, pourfuivit les fuyards pendant \
toute la nuit, 6c renvoya Themines, aufli-tôt qu'il eût fait re- ^
paître les troupes, pour prefTer le fiége des châteaux: il s'em- ;
para d'une pièce de canon, que l'ennemi avoit été obligé de i
laifler dans le chemin, & revint le lendemain à Cournil.
La Morelic ôc la Vergne avoient déjà battu la chamade i
pour fe rendre. Les conditions du traité furent, que ces deux :
Officiers , ôc les autres Capitaines auroient la vie fauve , ôc fe ;
retireroient où bon leur fembleroit , ôc que la garnifon qui étoit |
compofée de cinq cens hommes, refteroit à la difcretion du |
vainqueur, qui les renvoya fans leur faire aucun mal. Ceux qui \
croient enfermez dans l'autre château , après avoir tenu bon pen- dant toute la journée , fe rendirent enfin le lendemain aux mê- mes conditions : il y avoit parmi eux, Boisjourdan, Valloiréj i Ligardie, ôc environ trente cavaliers armez de toutes pièces j ; Ôc un pareil nombre d'arquebufiers. On prit en tout quatre cens : chevaux : on s'empara des drapeaux , de tout le bagage , ôc me- \ me de la caflette de Montpezat, dans laquelle on trouva des ; papiers concernant fon ambaffade en Efpagne , ôc touchant le ; fecours qu'on devoit envoyer , pour faire lever le fiége de Blay e. i
Quelque tems après ^ le Vicomte d'Aubeterre ayant affiégé j^^^.^ , ..^ \ Lifle , petite ville en Perigord , mourut , neuf jours après avoir comte d'Awr i
été blelfé d'un coup de moufquet : il fut beaucoup regretté ^ ôc il ^^^^"^^^^ meritoit de l'être par fon grand courage, fon efprit, ôc fes ta- îens pour la guerre. Il étoit né à Genève , où fon père s'étoit ré- l
fugié, avec fa femme (lorfqu'on perfécutoit en France les Pro- \
teftans , dont il profeffoit la religion ) laiflTant de grands biens |
dans le Royaume , dont Jacque d' Albon maréchal de S. An-< i
drè obtint aifément d'un Prince trop facile, la confifcation à ;
fon profit j à titre de donation : il y avoit alors malheureufement ■
€^ HISTOIRE
plufieurs exemples parmi les Grands , de s'emparer par ce ri moyen du bien d' autrui. La mère du Vicomte étant revenue
ht E N R I ç.^ France à la faveur des Edits^, après la mort de fon mari en Savoye^ eut bien de la peine, après avoir fait rendre plufieurs ^ S 9 3* Arrêts du Parlement, à rentrer dans fes biens, que les Sei- gneurs d'Achon avoient trouvez dans la fuccefiTion du Maré- chal leur oncle , & dont ils joûiflbient, comme s'ils leur euffent appartenu. David d'Aubeterre s'avança en âge, ôc vécut avec fes frères dans la religion de fes ancêtres, que fon père & fa mère avoient abandonnée ? ôc il combattit conftamment pour fa <iéfenfe dans les guerres précédentes en Guyenne. Il avoir époufé Renée de Bourdeille, dont il laiffaune fille en bas âge, unique héritière de la nobleife ôc des grands biens de fa Alaifon.
L'année précédente le maréchal de Matignon ayant aiïiégé Blaye , s'empara des fauxbourgs , où il fe maintint dans la fuite. Bernefcut ôc du Barail , fon frère naturel , périrent dans les for- ties qui fe firent d'abord : Paul d'Efparbez de Lulfan , gouver- neur de cette ville , demandoit des fecours de tous cotez. Fran- çois de la Motte, baron de Caftelnaut, gouverneur de Mar- mande, parent de Jacque, qui avoit péri trente-trois ans au-= paravant par la main d'un bourreau à Amboife , lui envoya .cent arquebufiers , ôc vingt piquiers fous la conduite de Jean Je Gouft de Lihoux, de la Rivière , ôc de Jacque Gillet. Ils s'embarquèrent à Pregnac , ôc ayant paifé devant Bor- ■deaux , oii la flotte de la reine d'Angleterre étoit à l'anchre , ils rencontrèrent quelques vaiffeaux du Roi ôc des navires Anglois au Bec d'Ambez : ils prirent le parti de defcendre, d'abandonner leurs barques , ôc d'éviter les ennemis , en fe fau- vant par terre. Ils tuèrent des payifans qui s'oppofoient à leur paffage , ôc fe rendirent fains ôc faufs à Blaye. Leur premier .exploit fut d'attaquer la garde avancée des Royaliftes , qu'ils taillèrent en pièces.
Sur CCS entrefaites feize vaiiTeaux Efpagnols arrivèrent au iîiois d'Avril, à la vue de la flotte Angloife, qu'ils obligèrent de fe retirer au Bec d'Ambez. L'attaque fut vive en cet endroit : ■on fe fépara fans aucun avantage de part ôc d'autre, ôc il y eut un vaifTeau brûlé de chaque côté. Cependant le maréchal de Ma- .tignoiî ne s'endormoit pas : il écrivit au capitaine la Limaille
en
E N R ï
DE J. A. D E T H Ô U , L ï V. CVÎI. €s
en Saintonge , d'entrer dans la Garonne à la faveur des Ma-
rées , avec dix vaifTeaux de guerre bien armez ; il refolut d'at- tt taquer lui-même la flotte Efpagnoîe , de concert avec les An- i y glois , avec quinze vaifTeaux qu'il avoir équipez. Les Efpagnols ne dévoient pas lui échaper , étant environnez de tous cotez j mais foit par la faute de la Limaille , foit à la faveur du flux & du reflux , ou du vent , ( prétextes que le capitaine la Limaille prit pour fe difcuîper) ils fe dérobèrent àlapourfuite de notre flotte, & fe retirèrent en lieu de fureté : il arriva encore d'Efpagne le 17 de Juillet fix vaifTeaux , qui jetterent des troupes :, ôcdes mu- nitions de guerre & de bouche dans Blaye. Les afliégez recom- mencèrent alors à faire des lorries, dans lefquelles lesregimens de Bayeul , de Poyanne , ôc de PanifTaut , furent très- maltraitez. Antoine Gourgues parent de Dominique Gourgues, fi fameux par fon voyage aux Lides*, fut tué à ce fiége, Ôc fut beaucoup * Voïez ïe regreté : il avoit avec une grande valeur repris fur l'ennemi , Liv.XLIV. peu de tems avant fa mort , Caftillon en Medoc. '
Le maréchal de ?vlatignon voyant qu'il n'avançoit en rien devant Blaye, & que les fecours qu'on lui avoit promis n'ar- rivoient point , mit fon canon ôc les bagages en fureté , ôc le- va le fiége. Les aiîlégeans avoient été fort incommodez par îe capitaine la Fontaine commandant du Fort-la-Vergne, il- tué dans un lieu marécageux , ôc où l'on ne peut aborder que par un chemin très -étroit. La Fontaine , qui avoit une bon ne garnifon , fortoit continuellement de fa place , ôc rafrai- chifToit la ville de vivres ôc d'autres munitions , qu'il y faifoit palier fur des barques par les canaux qui coupent les terres ea cet endroit.
Les troupes de Savoye ayant pris depuis peu Moretel , dans la Vallée de Greyfivaudan , ravageoient tout le payis des envi- rons : les habitans de Grenoble prierent-Lesdiguieres de pafTec en Dauphiné, pour s'oppofer aux courfes de l'ennemi : ce Gé- néral ufa de reprefailles fur les terres de Savoye pendant tout le mcis de Janvier. Il n'y eut prefque aucun exploit de guer- re dans les mois de Février ôc de Mars : on employa ce tems à faire une refonte àts monoyes que ceux de Languedoc avoient altérées ; ce qui fàifoit naître de grandes difiicultez dans \qs Pro- vinces voillnes , par rapport au commerce. On prit encore ce tems pour diilribuer ks vivres aux troupes , ôc pour ralTemblei: Tome XII, I
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les forces delà Province, afin de faire une tentative fur Moretel:
H E N RI ^^^^^ ^^ deflein n'eut aucune fuite , parce que les habitans dia T Y Dauphiné refuferent de fournir des vivres : Lefdiguieres envoya ^ ^ Q 3 Abel Berenger de Morges , pour tenir en fon abfence les Etats -''^^' de Valence.
Sur ces entrefaites, on envoya de la Cour desEditsau Gé- néral François , pour faire des levées d'argent : ils furent veri-^, fiez au Parlement. Lefdiguieres ayant été averti fur la fin d'A- vril par fes amis , qu'il n'avoit qu'à traverfer les Alpes , pour avoir une conférence avec le duc de Sàvoye , qui fouhaitoit la paix , il partit avec Louis Blain du Poùet , Ôc He£lor de la Fo- reft de Blacons pour Puy-More , ou il ctoit allé quelque tems ^luparavanti ôc ayant paffé par Embrun , Sezannes ôc Feneftrel- les , il arriva à Briqueras le 2^ d'Avril. Amedée deTernavas; frère naturel du duc de Savoye, vint Fy trouver, accompagné du colonel Purpurat. Mais le général François voyant que Ter- navas ne lui difoit rien de pofitif au fujet de la paix, delaparr du duc de Savoye , ôc qu'il ne parloir en aucune manière de rendre les places, dont on s'ctoit emparé avant que la guerre fût déclarée, foupçonna que cette négociation n'étoit que pour tirer les chofes en longueur , jufqu'à ce que les troupes s'étant aflembiées à Vigon , puflent furprendre les François : les Dépu-r tez fe retirèrent deux jours après. Exploits de Lefdiguieres prévoyant les deffeins de l'ennemi , partit le lefdigiueres ^ ^g ]Y]_^i (jg Brioueras, ôc alla camper d'abord àFeneftrellcS;,
contre leduc ^, s ■] J r* v1 J' T1 .J 1
ds ^jayoje. u OU 11 envoya des elpions a la découverte. 11 reçut dans le mê- me tems une lettre du connétable Henri de Montmorenci ; qui le prioit de fe trouver à Beaucaire au plutôt , pour prendre des mefures fur l'état des affaires, avec le duc d'Efpernon, avec d'Ornano, ôc les principaux de la Nobleffe de Provence ôc de Languedoc, qui dévoient fe rendre en cet endroit. Ilrefolut d'abord d'y aller j mais il fut obligé de changer de deflein »parce que le duc de Savoye fe preparoit à tomber fur lui avec toutes fes forces. Leroid'Efpagne lui avoit permis de faire des levées dans le Milanez : le colonel Borfo Acerbo y fit onze compa- gnies d'infanterie : il fit venir outre cela quatre mille SuiiTes commandez par Sebaflien Cuni , vingt-quatre compagnies Na- politaines fous les ordres du marquis de Trevico, ôc trois au- tres compagnies du régiment de Milan , fous la conduite àq
DE J. A. DE THOU, Liv. CVIL -^7
Gabriel Manrique de Lara , de Pierre Camaccio > 6c d'AIfon- fe Pimentel : il avoir çncore le régiment Italien de Barbaro , Henri & neuf compagnies de cavalerie dans fon camp , commandées j y par le marquis dei Vafto ^ par Hercule de Gonzague, par le com- i c o :?; te Troile Sanfecondo , par Roger Marliani , par Cœfar Litta, Rodrigue Venero, Alfonfe Cafato , Bernardin de Velafco, ôc .Gonfalve Oliveira : à toutes ces troupes fe joignirent encore une compagnie d'arquebufiers à cheval , que le comte de Belgiofo avoir levée pour fervir en Flandres , où la compagnie de Litta devoit aufîi fe rendre j mais il changea de deftination ^ & refta en Savoye. Le Duc ayant raffembié fon armée , qui fe trouva forte de dix mille hommes de pié , ôc de quinze cens chevaux, fit occuper par Çqs troupes le pas de Suze, ôc l'entrée de la Sa- voye, avant d'affiéger Briqueras. Enfuite il alla camper près d'Exilles , ôc s'empara d'une petite Eglife dédiée à S. Colom- ban, au-deflus de cette place.
Lefdiguieres ayant été informé des mouvemens du duc de Savoye , partit de Sezannes 5 ôc ayant quitté Briançon , où il avoir envoyé fon bagage , il alla à S. Colomban : il trouva l'Eglife entourée de payifans : de Prebaud reçut au premiec choc une dangereufe bleiïure dans les reins , dont il mourut quelques heures après : les troupes du Roi, encouragées par î arrivée de Lefdiguieres , preflerent le fiége avec tant d'ar- deur, qu'elles délogèrent l'ennemi de ce pofte l'épée à la main : il y en eut foixante tuez , ôc environ trente faits prifonniers. Le général François alla enfuite à Exilles , ôc ayant pris des mefures conformes aux circonftances , il s'en retourna à Brian- çon. Il apprit que les ennemis avoient deifein d'attaquer la ci- tadelle , qui commande Exilles 5 il manda les garnifons voifi- nés , Ôc il écrivit à fes amis de ne pas l'abandonner dans cette occafion. Il fit fçavoir au connétable de Montmorenci le dan- ger où étoit cette place , ôc le pria de lui envoyer des fecours.
Pendant ce tems-là les ennemis reprirent S. Colomban : ils s'emparèrent de tous les paflages , ôc firent même venir du ca- non pour battre la citadelle. De Blacons fe fit jour à travers î'ennemi, fécondé par quelques Gentilshommes à la tête d'une troupe d'élite, ôc il entra le i; de Mai dans la place pour la dé- fendre. Lefdiguieres campa à Ouix , afin d'être à portée de dé- couvrir hs deffeins de l'ennemi : une batterie de quatre pièces
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' g§ HISTOIRE
■ commença îe même jour à tirer contre la citacielle. Eiîe fut
TT augmentée de quatre autres pièces deux jours après j on en-
J V voya dans le même tems un convoi de trente hommes aux ?f- ^ ' ficgez. Le lendemain Nicolas de Bonne d'Auriac bâtit un Fort, par le moyen de ceux de Pragela , fur la montagne de Cre- vafle : enmi les ennemis donnèrent le 20 de Al ai l'affaut de trois cotez ; mais ayant été repoufTez par tout, ils y perdirent beaucoup de monde. L'affaut recommença le lendemain , Ôc fut foutenu avec vigueur par les afliégez, qui repoulTerent en- core l'ennemi. Enfin les aiîiégeans ayant fait mine fur le foir de vouloir monter à la brèche, fe retirèrent en voyant les aiïié^ gez prêts à leur faire tête.
Cependant Blacons ayant fait tout ce qu'il pouvoit faire, & n'efperant plus de fecours^ parce que tous les paflages étoient fermez, ôc d'ailleurs étant beaucoup incommodé d'une batte- rie , qui ét.oit fur une hauteur , jugea à propos de capituler." La plupart des foldats de la garnifon avoient péri dans les af- fauts j il y en avoit un grand nombre de bleffez : toutes ces con- fîderations l'engagèrent à ne pas tenir davantage. On fe donna des otages de part ôc d'autre, Ôcle traité fut conclu le lende- main : Iqs conditions furent : Que les affiégez fortiroient vies 6c bagues fauves, en armes, tambour battant , mèche allumée; baie en bouche : Qu'ils emporteroient les munitions de guer- re ôc de bouche, & que les bleffez feroient conduits en lieu de fureté. Blacon abandonna la place à l'ennemi le 2^ de Mai : il avoit effuyé trois mille deux cens foixante-dix coups de ca- non : le refte du mois fut employé à fortifier les défilez du Mont- Genevre , ôl à élever un retranchement dans la vallée d'Oulx, pour arrêter les courfes de l'ennemi.
Rodrigue de Tolède Général des troupes anxiliairesqui ctoient dans l'armé de Savoye , marcha le 7 de Juin avec un détachement de troupes Milanoifes , Napolitaines & EÇ."agno- les à Oulx , où Lefdiguieres étoit campé. Mais ayant laifTé derrière lui le village de Saîe-Bortian , il s'apperçut qu'il s'é- toit trop avancé dans un payîs montagneux , dans lequel les chevaux avoient de la peine à fe tenir. Il donna donc ordre à fa cavalerie d'aller dans la Vallée , qui ed arrofée par la Doire, au-deifous du chemin Roy ah par oii le refte de fbs troupes paflbit. Les François firent avancer leur infanterie; pour
DEJ. A. DE THOU. Liv. CVIÏ. €9
engager i'a£tion , & s'emprefierent par ce moyen de préve- nir l'ennemi qui quittoit le grand chemin , aiin de pouvoir pj p n R î l'envelopper. \ V.
Le Gcncraî s'étant apperçu du deffein de notre armée, ne 1 ç p 3. fçavoir s'il devoir combattre , ne voyant pas où il pouproit met- tre fes troupes à couvert, en cas qu'il voulût faire retraite. Tan- dis qu'il éroit dans cette perplexité , la cavalerie Françoife s'em- para des déniez : les ennemis prirent enfin le parti de Te retirer 5- ce qu'ils firent d'abord en bon ordre : ils marchèrent jufqu'à Sale- Bortian , en fe défendant à coups de moufquets i mais n'ayant pu reliftcr à Teffort de l'infanterie foutenuë par l'arrivée des détache- mens de chaque compagnie de cavalerie, ils furent rompus & mis en fuite, & jetterent leurs armes pour fuir plus légèrement. Nos troupes femirenràla pourfuite des fuyards', dont on fît un grand carnage : il y périt cinq cens des ennemis, & entr'autres le général Ilodrigue de Tolède. On fit environ cent prifon- niers , dans le nombre defqueis fe trouva Dom Garcie de Mie- à^.s meftre de camp général. Nous n'eûmes qu'un pedt nombre' de foidats tuez , ôc il n'y périt pas un ofFicier de marque jil y eut quelques blefTez , ôc piufieurs chevaux tuez , parce que le îieu de l'adion étoit très étroit. Balthafar de la Flotte comte de la Roche ^ ôc Antoine de la Baume d'Autun , ayant lailTé leurs compagnies de cavalerie à Briançon , arrivèrent en gran- de hâte avec quelques compagnies d'infanterie fur la fin du' combat. I
Le lendemain Lefdiguieres lit rainer les retrancheinens de foncamp d'Ouîx , & alla à Sezanne. Ayant enfuite reçu diffé- rentes nouvelles au fujet de la marche de l'ennemi , il refta trois' jours fans prendre aucune refolution : il ordonna enfin le 1 5 de Juin à S. Vincent, de s'avancer jufqu'à Sale-Bortian : il y al- la iliivant fes ordres , ôc ayant taillé en pièces quelques foidats ennemis , il apprit que le duc de Savoye avoit tiré fon canon ôc fes munitions de guerre d'Exilles , ôc avoit repaffé les Al- pes : on fut bien-tôt informé que l'ennemi faifoit descourfes de differens cotez dans la vallée de Greyfivaudan , à l'entrée de- laquelle il avoit affis fon camp. La ville de Grenoble eftfituéc danscette vallée :-c'efl: pourquoi Lefdiguieres voulant arrêter les ravages de l'ennemi dans ces quartiers , fit prendre le chemin da bourg d'Oyfans à fes troupes j ôc ayant paffé par Embrun ôc * I iij
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- par Grenoble , il arriva après fept jours de marche à laBufTîere.
77Z Ayant fait de vains efforts pour attirer au combat l'ennemi ,
T y qui fe tenoit couvert dans fes retranchemens, il prit enfin le parti de fe retirer le 2 j de Juin à Touvet, où il eut avis que le ton^ ' -^ ^ ^' nerre étoit tombé fur la tour de Moretel, que le feu avoit pris aux poudres, que la citadelle étoit confiderablement endom-ma- gée , que plufieurs foldats de la garnifon avoient été écrafez , & que d'autres avoient perdu leurs armes. Il jugea à propos de faifir i'occafion qui fe prefentoit de s'emparer de ce Fort: en- fuite ayant traverfé l'Ifere, il alTigna des quartiers à fes troupes dans Goufelin ôc Domeyne. Dès qu'il fut arrivé à la vue de la tour de Moretel , il en trouva les ruines reparées , & la place dé- fendue par de nouvelles fortifications. Il fe retira donc à Gre- noble fur la fin du mois de Juin , ôc renvoya fes troupes , afin qu'elles fe remiffent des longues fatigues qu'elles avoient ef- fuyées. Il donna jour à Alfonfe d'Ornano pour fe joindre à lui, afin d'aller à la rencontre de quatre mille SuiiTes. Peliffon prit d'emblée S. Genis. Le château de Mondragon fut pris le 2(5 de Juillet, ôc celui de Murs bâti fur le Rhône du côté de BrefTe , très-commode pour faciUter le palTage du fleuve , fut furpris par le moyen du pétard qu'on y fit jouer. On conftruifit dès le lendemain, de l'autre côté du Rhône, un Fort vis-à-vis de ce château j on y attacha une corde qui traverfant le fleuve, étoit auiTi attachée au Fort pour la comm,odité du bac, fuivant Fufage du payis. Enfuite S. Vincent ayant eu ordre le 6 d'Août, de prendre un détachement de cavalerie ôc d'infanterie, pour faire des courfes dans le payis ennemi , pénétra jufqu'à Belley , où îe marquis de Trefort, qui avoit laiffé fon armée au pont d'Ar- ne , étoit venu peu de tems auparavant. Il faifoit battre avec quatre pièces de canon cette place qui eft voiflne de Genève. Mais ne voyant point paroitre l'ennemi, ôc l'arrivée des Suif- fes étant encore incertaine, on jugea à propos de renvoyer les troupes qui fe feroient ennuyées , ôc qui auroientmêmefouffert d'attendre plus long-tems. Les Ofiiciers généraux fe retirèrent aufTi. D'Ornano tira du côté de Moras , ôc Lefdiguieres alla à Chirene. Ils s'affemblerent enfin le 20 d'Août: on propofa plu- fieurs expédidons, ôc on convint d'aller en Piémont, afin de fecourir à tems la ville de Cavors , à laquelle on fcavoit que l'ennemi en voijloit.
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Lefcliguieres ayant reçu les fecours d'Ornano, vint à Em- brun le 2 8 d'Août. Il apprit dans cette ville que les quatre corn- Henri pagnies, que le connétable de Montmorenci lui envoyoit du J V. Languedoc , Ôc que toutes les troupes s'étoient réunies aux en- 1^03, virons de Gap. Après la prife delà citadelle d'Exillesj le duc de Savoye ayant été joint par Auguftin de Mexia, qui lui aine- noit trois mille Efpagnols, avoit fait fortifier S. Benoît dans la Vallée de Perouze^ afin de fermer de ce côté là les pafTages à nos troupes. Il campa enfuite vers Luzerne :, qu'il trouva dé- poutvuë de garnifon. Il marcha vers Cavors, dont la citadelle lui parut plus difficile à prendre, qu'il ne fe l'étoit imaginés ayant d'ailleurs appris que le General François viendroit au fecours de la place , il profita de la trêve générale, que le Roi 6c le duc de Mayenne avoient faite dans le dernier mois d'Août^ comme d'un prétexte honorable pour lever le fiége.
Le duc de Savoye n'étoitpas cependant compris dans cette Le duc ie trêve , ôc il ne dévoie l'être qu'en cas qu'il le voulut 5 ce qu'il ^^^'^y^ ^^J^^^ feroit tenu de déclarer dans l'efpace d'un mois. Les députez dans' le traué d'Auriac ôc du Villars donnèrent avis à Lefdiguieres que le '^^ ^^ "^^** duc de Savoye vouloit être compris dans la trêve ; ce qui fit cefler les hoftilitez de part ôc d'autre. On avoit arrêté que les articles , dont le Roi ôc le duc de Alayenne étoient convenus j feroient exécutez, à l'exception des chefs qui regardoient fon AltefTe : Que les troupes feroient renvoyées dans